Astrid Whettnall : « Dans Baron noir, on ne quitte jamais la politique et la réalité »

Suivant la volonté des consommateurs, les séries télévisées ont aujourd’hui pris le pas sur les produits cinématographiques. Par conséquent, le nombre de séries diffusées ou produites a lui aussi augmenté, provoquant quelques fois une saturation du marché. En effet, il n’est pas rare de voir débarquer sur le petit écran une série soi-disant novatrice mais qui, en réalité, ne fait que réchauffer un plat maintes et maintes fois travaillé.

Baron noir de Jean-Baptiste Delafon et Eric Benzekri, avec son scénario politico-polémique, aurait pu lui aussi sentir la sauce déglacée. En regardant son protagoniste principal, le maire de Dunkerque Philippe Ryckwaert, impossible de ne pas faire de lien avec Frank Underwood de House of Cards ou Josiah Bartlet de The West Wing. Pourtant, au regard de sa première saison et de son succès, Baron noir est bien plus qu’un thriller politique à la française, c’est le miroir de notre propre société et le reflet de certains potentats bien établis.

Pour en parler, nous avons rencontré l’actrice belge Astrid Whettnall. Une rencontre sympathique et conviviale avec celle qui incarne la première adjointe au maire de Dunkerque, Véronique Bosso.

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La série a été co-écrite par Eric Benzekri, scénariste mais aussi ancien militant du PS. Il est donc assez conflictuel de le voir mettre la gauche en avant dans la série, ne trouvez-vous pas ?

Oui, on parle du PS dans la série, mais on y parle surtout de politique générale. Très honnêtement, le PS en prend autant dans la figure que la droite ou le centre. Ce qui ressort surtout de la série, c’est la passion qu’ont les hommes politiques pour leur métier, quel que soit leur parti. Tous les hommes politiques vivent la politique vingt-quatre heures sur ving-quatre, c’est un engagement total. Et sans la politique, ce serait l’anarchie !

Dans Baron noir, on voit effectivement cet engagement politique, mais on y voit aussi l’ivresse du pouvoir, le fait d’être au plus haut et de ne pas vouloir redescendre…

Exactement ! On y voit également comment on fait sa place… et c’est là qu’on se rend compte que l’ennemi n’est pas toujours dans le camp opposé, mais bien au sein de son propre parti.

Ce qui n’est pas le cas de votre personnage…

Ce que j’aime dans mon personnage de Véronique Bosso, c’est qu’elle reste fidèle à ses idéaux socialistes. Elle a un caractère affirmé, mais reste juste et droite. Elle est dunkerquoise et se bat tous les jours pour les Dunkerquois. Elle n’a pas la soif du pouvoir… du moins pour l’instant. C’est quelqu’un pour qui je voterais !

Comment êtes-vous arrivée dans Baron noir ? Car, même si vos films précédents parlaient indirectement de politique, rien ne laissait présager que vous puissiez participer à ce genre de série.

Cela s’est passé de manière très surprenante. Ziad Doueiri – qui est le réalisateur de la série – avait vu Au nom du fils à Paris. Plus tard, lorsque Rachid Bouchareb cherchait son actrice pour La Route d’Istanbul, Ziad lui a dit : « Regarde dans la boîte des César, il y a un film belge dont l’actrice pourrait correspondre ». Sans jamais avoir rencontré Ziad, je suis donc partie sur La Route d’Istanbul. Et deux jours avant de partir pour le tournage en Algérie, Ziad m’a appelée en disant : « Je suis sur une série et, même si on ne se connaît pas, je souhaiterais te parler d’un personnage ». Je l’ai donc rencontré le lendemain à Paris après avoir lu deux épisodes et il m’a proposée le rôle. Mais pour répondre à la question, je ne me suis en effet pas tout de suite intéressée à la politique de l’histoire mais plutôt au personnage de Véronique Bosso.

Vous intéressiez-vous à la politique avant cette série ?

Avant j’allais voter, mais la politique – surtout belge – me paraissait compliquée. Maintenant, je suis pleinement consciente qu’un vote est important.

Pourriez-vous nous parler de Dunkerque, puisque vous y avez tourné de nombreuses scènes ?

C’est une ville ultra-généreuse. Les gens sont très accueillants et sont fiers de montrer à quel point Dunkerque est beau. C’est très beau et très cinématographique. Tourner là-bas, c’est vraiment génial !

Avez-vous eu des retours politiques sur la série ? Qu’en disent-ils ?

Oui, on a eu quelques visites de politiques sur le plateau. Puis, on a fait quelques avant-premières publiques où des politiciens étaient présents. Et il s’avère que les politiques suivent la série et l’adore. D’ailleurs, vous n’avez jamais entendu une critique négative de la part d’un politicien.

Peut-on comparer Baron noir à House of Cards ?

J’adore House of Cards ! Mais House of Cards, c’est plus du cinéma avec de l’amour, des crimes, etc. Ca n’est pas tout à fait la réalité. Dans Baron noir, on ne quitte jamais la politique et la réalité. Toutefois, grâce à Ziad Doueiri et Antoine Chevrollier, il y a une vraie dimension cinématographique. En ne parlant que politique, ils arrivent à insuffler une tension digne d’un film d’action ou d’un thriller. Même si tu te fous de la politique, tu n’arrives pas à lâcher les personnages.

Pour en revenir à votre propre carrière, nous avons lu que vos premiers amours étaient destinés au théâtre. Auriez-vous envie de revenir vers cet art ?

Oui, tout à fait. J’ai commencé par le théâtre et c’est grâce à Vincent Lannoo que je me suis dirigée vers le cinéma. Alors, je ne peux pas encore trop en parler, mais je reviendrai probablement au théâtre l’an prochain, en Belgique.

Prochainement, vous serez également présente au casting de l’adaptation cinémagraphique du roman de David Foenkinos intitulé Le Mystère Henri Pick…

Oui, je viens de commencer le tournage avec Rémi Bezançon. C’est très drôle ! C’est l’histoire d’un critique littéraire – incarné par Fabrice Luchini – qui ne peut pas croire qu’un pizzaïolo ait pu écrire un chef-d’oeuvre de littérature découvert dans une bibliothèque de livres refusés par les éditeurs. Moi, je jouerai la directrice des éditions Gallimard, une intello de gauche, un peu Saint-Germain-Des-Prés.

Matthieu Matthys
A propos Matthieu Matthys 744 Articles
Omniscient avorté, avide de nouveautés et en recherche perpétuelle du pourquoi du comment, je suis fondateur, directeur de publication et responsable cinéma du Suricate Magazine.