White God de Kornel Mundruczó

white god affiche

White God

de Kornel Mundruczó

Drame

Avec Zsófia Psotta, Sándor Zsótér, Lili Horváth, Szabolcs Thuróczy, Lili Monori

Sorti le 3 décembre 2014

Lorsqu’elle est envoyée pour trois mois chez son père qu’elle connaît mal, Lili, douze ans, n’imagine pas se séparer de Hagen, son gros chien bien-aimé. Pourtant, son père refuse net de garder sous son toit cet encombrant compagnon et de payer la taxe sur les chiens bâtards récemment instaurée par les autorités pour favoriser les chiens de race. Bien vite, Hagen est abandonné au bord de la route, et le film montre parallèlement les destins séparés de l’animal et de la triste petite Lili : tous deux seront confrontés à la cruauté des hommes. Mais tandis que Lili continue, entre deux cours de musique, à arpenter la ville pour retrouver Hagen, celui-ci, de plus en plus exploité, se transforme en bête sauvage. Une bête sauvage qui montrera les dents, le jour où les chiens errants opprimés se vengeront ensemble de l’inhumanité des maîtres.

S’il y a une chose qu’on ne peut enlever à Kornél Mundruczó, c’est son originalité : un film qui passe d’une atmosphère Disney avec enfant malheureux et toutou mélomane au massacre en bande organisée en deux heures, il fallait le faire. Impossible non plus de lui reprocher ses intentions : on le comprend vite, ce n’est pas vraiment le triste sort des chiens de rue qui le préoccupe. Le titre fait d’ailleurs référence au White Dog de Samuel Fuller, dans lequel une jeune femme se prenait de passion pour un chien dressé pour tuer les Noirs. Le sens de White Dog réside bien dans la parabole à peine voilée sur la répression dont sont victimes les immigrés dans la Hongrie de Viktor Orban et plus largement sur les victimes du racisme. Malheureusement, la métaphore n’est pas des plus fines : les êtres humains de White Dog sont vraiment très, très méchants. Même les hommes de culture, à l’instar du professeur de musique de Lili et de ses condisciples, sont égoïstes, veules et sans cœur. Et, pour tous ceux-là, il n’y a rien de plus haïssable que les chiens de rue.

Difficile, donc, de croire un instant à cette longue répétition de saynètes prévisibles découpées dans une structure bancale : d’un côté, la lente déshumanisation du chien (parce qu’au début, il est quand même du genre à attendre au feu rouge), de l’autre, la solitude de Lili qui n’a de relation authentique avec à peu près personne étant donné que tout le monde se fiche d’elle, de son sweat-shirt bleu et de son amour pour Hagen. Et quand le film tourne à l’horreur, on assiste là encore sans grande conviction à l’élimination méthodique de tous les grands vilains qui ont fait du mal aux animaux. C’est donc avec une même indifférence qu’on suit Kornél Mundruczó jusqu’au bout de sa pesante et maladroite démonstration : seul l’art, s’il est pratiqué dans un esprit pacifique et généreux, pourra par son universalité venir à bout du cycle de la violence et de la haine et sauver les hommes. Si on ajoute à ce subtil message la dramatisation excessive, rehaussée par la musique, de toutes les aventures héroïques ou tragiques du grand Hagen, la naïveté en vient à frôler le ridicule.

À moins que tout cela soit à prendre au second degré : le mélange des genres, l’emphase émotionnelle, les meurtres canins ultra-violents, le manichéisme assumé… L’ironie serait alors bien dissimulée, tant l’humour est absent. Les autres grands absents du film, et c’est bien plus embêtant, ce sont les humains : Kornél Mundruczó est tellement arc-bouté sur sa parabole plutôt grossière et sur ses chiens, dont les aboiements donnent mal à la tête, qu’il ne parvient jamais à faire naître un personnage. Les méchants, les gentils, les intolérants-mais-gentils-au-fond, les enfants, les adultes, ne prennent jamais corps. Le problème n’est donc pas la noirceur du cinéaste, son pessimisme vis-à-vis de l’humanité : le problème, c’est qu’elle semble le dégoûter tellement qu’elle ne l’intéresse plus. On se souvient d’un autre film plein de chiens, Amours chiennes, dans lequel Alejandro González Iñárritu sondait la brutalité des hommes et la sauvagerie de leurs amours. Mais il le faisait avec une sensibilité, certes cruelle, et une puissance d’amour pour l’humanité qui font ici défaut. Un cinéaste peut regarder les chiens tant qu’il veut, mais que reste-t-il s’il n’aime plus suffisamment les hommes ?

Un film sans vibrations ni complexité, en un mot sans humanité, ce qui est bien regrettable au vu de ce que cherche à dénoncer Kornél Mundruczó.

Emilie Garcia Guillen
A propos Emilie Garcia Guillen 113 Articles
Journaliste du Suricate Magazine