Children of the Night, vol au-dessus d’un nid de poètes disparus

Children of the Night

d’Andrea de Sica

Drame

Avec Vincenzo Crea, Ludovico Succio, Fabrizio Rongione

On connaissait son grand-père pour Le Voleur de bicyclette (1948), Le Général Della Rovere (1959) ou le bouleversant Umberto D. (1952), voici que Andrea de Sica marche dans les pas de son ancêtre en réalisant son premier long-métrage : I figli della notte. Co-produit par la société de production belge Tarantula, ce premier film mettant notamment en scène Fabrizio Rongione n’aura pas eu la chance de se voir distribuer au sein du Plat Pays…

Héritier d’une grande fortune, Giulio est envoyé dans un pensionnat du nord de l’Italie par sa mère qui cherche à le préparer à sa succession. Mais sa rencontre avec Eduardo l’amènera à réenvisager son avenir. Isolés dans le Tyrol italien, les deux garçons exploreront les alentours, découvrant un strip club dans lequel Giulio trouvera l’amour, et un étage abandonné de leur internat abritant un terrible secret.

Children of the Night dispose d’une belle réalisation : les atmosphères mises en place sont très immersives et le travail sur la lumière impressionnant. Une autre qualité ressort de ce premier film de De Sica : son imprévisibilité. Il évolue ainsi entre cheminement adolescent, meurtre, et histoire de fantômes. Ce qui n’est pas sans rappeler The Strangers de Na Hong-Jin. À cela s’ajoute une belle réflexion sur les prisons que l’on se choisit : si Giulio fera d’une prostituée son obsession, Eduardo se trouvera la sienne dans l’étage abandonné de l’école, habité par des fantômes. La morale qui ressort du film est alors qu’on accepte souvent sa prison et s’en évade comme on le peut. Cependant, malgré ces quelques qualités, cette réalisation très académique et quasiment parfaite d’un point de vue formel ne parvient pas à donner naissance à un film habité.

Andrea De Sica semble tellement désireux de faire ses preuves qu’il intègre à son film quantité d’éléments qui le rendent trop condensé. S’en dégage une volonté d’avoir l’air qui ôte au final toute identité propre au long métrage. Tour à tour, on pensera alors à Shining pour l’atmosphère oppressante de l’internant, au Cercle des poètes disparus pour la personnalité perturbée de Giulio, à Salò ou les 120 jours de Sodome pour le pensionnat dans lequel les esprits sont formatés ou à Vol au-dessus d’un nid de coucou pour l’évasion hors de la réalité sociétale.

Dans sa dernière partie, Children of the Night plie son intrigue de façon abrupte. On sent alors que le réalisateur avait dès le départ un dénouement bien établi en tête. Désireux de boucler la boucle, le dénouement est ainsi amené de façon artificielle. Le film souffre alors d’une fin bâclée au profit d’une morale forcée. Reste un film relativement intéressant du point de vue de la forme mais particulièrement creux et peu original en terme de fond.

Alexandre Alvarez
A propos Alexandre Alvarez 145 Articles
Journaliste du Suricate Magazine