Motherless Brooklyn, dé…dé…dé…détective pe…pe…privé !

Motherless Brooklyn
(Brooklyn Affairs)
d’Edward Norton
Policier, Drame
Avec Edward Norton, Gugu Mbatha-Raw, Alec Baldwin
Sorti en DVD/Blu-Ray et VOD le 27 mai 2020

Dix-neuf ans après Au nom d’Anna, Edward Norton repasse derrière la caméra pour livrer une enquête policière située dans les années 50 et mettant en scène rien moins que Bruce Willis, Willem Dafoe ou encore Alec Baldwin.

Lionel Essrog (Edward Norton) est un détective privé atteint du Syndrome Gilles de La Tourette. Après la mort de son mentor Frank Minna (Bruce Willis), Lionel tentera d’éclaircir les circonstances de cet assassinat, allant jusqu’à faire face à l’homme le plus puissant de New York.

Mettant en scène un héros hors du commun, Motherless Brooklyn est un film relativement rafraîchissant, dans la mesure où il s’éloigne largement des carcans habituels du genre. Dans une certaine mesure, le film d’Edward Norton se rapproche d’un monument comme Le Privé de Robert Altman dans lequel le héros semble totalement dépassé par la situation à laquelle il se retrouve confronté. La force du long-métrage réside ainsi dans sa capacité à inverser les codes, tandis que les faibles deviennent puissants.

En parallèle, Norton parvient à nous plonger dans l’univers de la ségrégation raciale avec assez de subtilité pour ne pas perdre le fil de son intrigue policière, tout en injectant les codes habituels du genre : boîte d’allumettes contenant un indice, femme fatale, corruption, etc. Le tout servi par des atmosphères travaillées, rappelant les meilleures adaptations de Raymond Chandler.

Néanmoins, le réalisateur consacrera par moments trop de temps au pendant social et racial de son intrigue, ce qui pourra légèrement pousser le spectateur à décrocher. Edward Norton semble parfois intégrer une trop grande réflexion à son histoire, avec pour corollaire quelques baisses de rythme et un manque de profondeur chez certains protagonistes.

Motherless Brooklyn est donc un film rempli de qualités mais qui perd parfois de son énergie en s’éparpillant de trop. Il possède néanmoins un casting trois étoiles et des prestations remarquables (Edward Norton en tête), tout en mettant l’accent sur des thématiques raciales. Par la même occasion, il ne manque pas de souligner les ravages du pouvoir, tant sur le plan sociétal que sur le plan humain.

Soutenu par une très belle bande son mettant à l’honneur certains standards du jazz, Motherless Brooklyn possède un style familier mais néanmoins rafraîchissant, tout en remettant à l’honneur la figure du détective privé absente de nos écrans depuis trop longtemps !

Alexandre Alvarez
A propos Alexandre Alvarez 181 Articles
Journaliste du Suricate Magazine