Un violon sur le toit au Palais des Beaux-Arts de Charleroi

D’après les histoires de Sholem Aleichem, livret de Joseph Stein (adaptation française d’Emmanuel Dell’Erba), musique de Jerry Block, paroles de Sheldon Harnick (adaptation française de Patrick Leterme), direction musicale de Patrick Leterme, direction d’acteurs de Emmanuel Dell’Erba, chorégraphies de Johan Nus assisté de Sabrina Giordano, avec Chris de Moor, Pati Helen Kent, France Renard, Sarah Manesse, Marina Pangos, Jacques Calatayud,…
Du 18 au 21 décembre 2014 à 20h au Palais des Beaux-Arts de Charleroi

Nous sommes à Anatevka en 1905. Tevye, pauvre laitier, vit heureux dans la tradition de son shtetl où il éduque ses trois filles. Elles arrivent à l’âge où la marieuse va devoir leur trouver un mari, mais elles ne l’entendent pas de la même oreille. Elles vont s’émanciper et se choisir un prétendant au grand dam de leur pauvre père. En même temps, la communauté se voit confrontée à la persécution du tsarisme.

Un violon sur le toit, créé à Broadway en 1964, est à n’en pas douter une oeuvre majeure dans l’univers de la comédie musicale. Puisant dans la culture yiddish et la musique juive, elle nous offre des chansons entraînantes qui sont passées dans la culture populaire. On a tous, sans le savoir, une chanson d’Un violon sur le toit quelque part dans la tête.

Retraçant les persécutions du peuple juif au début des années 1900 en Russie, Un Violon sur le toit se fait surtout le miroir de l’exclusion de tout un peuple et raconte le passage d’un monde régi par des traditions à un monde régi par des idéaux révolutionnaires et individuels. Le triomphe de l’amour sur la tradition, même s’il a un goût amer pour l’ancienne génération, annonce un nouvel espoir pour ceux qui ont le courage de se dresser contre le pouvoir en place.

Des murs de bois en arc de cercle tracent un décor mobile dessinant simultanément un théâtre où se jouent les vies des personnages, une arène où s’affrontent deux communautés, un tribunal où se jugent les faits des hommes et sur lequel trône le violoniste, figure surréelle qui anime les danses de son instrument. Un messager de Dieu peut-être mais certainement le faiseur de mélodie qui met Un violon sur le toit en mouvement.

La mise en scène exploite les contraires: lumières bleutées et orangées, couleurs chaudes et froides, formes concaves et convexes sont mises à contribution pour souligner les extrêmes qui s’opposent. Les hommes aux femmes premièrement et l’aspiration de la jeunesse contre les traditions de leurs pères ensuite. Et sous un miroir qui pèse sur la scène pour montrer ce qui se refuse à la frontalité, l’amour lutte pour exister et se dégager du poids de la communauté.

Ce miroir est de loin l’élément le plus intéressant de la mise en scène : il offre à voir la part d’ombre et ajoute une dimension supplémentaire à la comédie musicale. Quand Tzeitel vient supplier son père de ne pas la marier au boucher, ses soeurs sont derrière le mur, épiant la scène, et nous pouvons le voir grâce à ce miroir. Malheureusement le premier acte ne s’en sert pas suffisamment et ne lui donne un rôle réellement important dans la mise en scène que pour une scène de taverne. Des grands murs dressés nous y empêchent d’assister directement au complot qui aurait dû résulter au mariage de Tzeitel avec le boucher. Mais la scène nous est donnée à voir à travers le miroir. Notre regard est délégué et prend donc une dimension voyeuriste, comme si nous assistions à l’échange cachés derrière un mur, renforçant ainsi le secret et la clandestinité de l’échange. Le second acte quant à lui, plus dramatique, intègre le miroir comme un élément actif de mise en scène.

La troupe des comédiens est très convaincante si on met de côté le fait que Chris de Moor (Tevye) n’a pas exactement la voix du rôle et perd à certains moments la puissance qu’il arrive à donner à certaines notes. Et dans la fosse du Palais des Beaux-Arts de Charleroi, l’orchestre nous régale en live de la partition de Jerry Bock menée de main de maître par Patrick Leterme. Nous remarquerons aussi les magnifiques costumes de Gaël Bros Vandyck qui donnent aux chorégraphies de Johan Nus une dimension particulièrement flottante et entraînante. Malheureusement, l’adaptation d’Emmanuel dell’Erba et Patrick Leterme n’a pas la force de l’orginal.

Un violon sur le toit se joue ce dimanche encore au magnifique Palais des Beaux-Arts de Charleroi avant de partir en tournée. Ne manquez pas cette occasion unique de découvrir ou redécouvrir cette grande comédie musicale dans une production qui rend justice à l’original si on met de côté quelques petites imprécisions. Le tout reste néanmoins très réussi et prouve qu’à Broadway-sur-Sambre, on n’a pas froid aux yeux.

Mathieu Pereira
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