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    The Rock, le seul bon film de Michael Bay ?

    Il y a 30 ans, lors de la quatrième semaine de juillet 1996, sort The Rock, le deuxième film de Michael Bay qui doit prouver à tout le monde que le succès de Bad Boys n’est pas un hasard. Et si ce film au duo légendaire était le dernier grand film de son réalisateur ?

    The Rock, au départ, est un script spéculatif (c’est-à-dire un scénario non commandé et non sollicité et écrit indépendamment par un scénariste qui tente de le vendre à un producteur ou à un studio) écrit par David Weisberg et Douglas S. Cook. Celui-ci est récupéré par la société de production Simpsons/Bruckheimer qui a déjà signé de gros succès populaires comme Flashdance, Le Flic de Beverly Hills, Top Gun ou plus récemment, a parié sur le succès de Bad Boys, le premier film de Michael Bay. Si Don Simpson décédera d’une overdose peu avant la fin du tournage de The Rock, Jerry Bruckheimer continuera sur sa lancée, devenant le roi des producteurs indépendants de blockbusters. Il sera à la base de gros succès comme Con Air, Armageddon et Pearl Harbor (avec à nouveau Michael Bay), La Chute du Faucon noir ou la saga des Pirates des Caraïbes.

    Jonathan Hensleigh

    Mais revenons un moment sur ce fameux scénario qui a vu défiler les réécritures ! Si les deux scénaristes originaux sont bien crédités au générique, d’autres ont aussi collaboré sur ce film. Mais la Writers Guild of America, le syndicat des scénaristes américains a des règles très strictes et au final, seul Mark Rosner verra son nom apparaître au générique. Pourtant, Jonathan Hensleigh (qui a entre autre écrit le scénario de Jumanji, dont on a parlé en février), qui a grandement contribué à la réécriture, ne pourra pas être crédité, ce qui entraîna un conflit avec le syndicat qui recevra une lettre ouverte de Michael Bay qualifiant cette décision de mascarade et de parodie de justice. 

    Quentin Tarantino

    Mais en dehors des scénaristes principaux, des script doctors (personnes auxquelles on fait appel pour améliorer un scénario) sont aussi appelés en renfort car malgré les multiples réécritures, le scénario est considéré comme plutôt con (spoiler : il le restera malgré son efficacité). Aaron Sorkin (The Social Network) est le premier et a sûrement apporté son expertise pour les parties politiques du film. On retrouve aussi Quentin Tarantino, pourtant déjà auréolé du succès de Pulp Fiction, dont on peut décrypter la patte sur le personnage et les dialogues de Stanley Goodspeed, le personnage interprété par Nicolas Cage. Enfin, Sean Connery, l’autre vedette du film a insisté pour avoir l’expertise de Ian La Frenais et Dick Clement, deux scénaristes anglais, afin que son personnage soit moins “américain”. Et ils en auraient aussi profité pour réécrire une bonne partie des dialogues du film. 

    Michael Bay

    Si le scénario a été une épopée, les autres postes n’ont pas été aussi compliqués. Si au départ le film doit être réalisé par Tony Scott, l’Anglais préférant aller faire The Fan avec Wesley Snipes et Robert De Niro, c’est finalement Michael Bay qui est appelé à la barre du navire, ayant déjà persuadé Bruckheimer de parier sur lui pour Bad Boys. Pour le casting, Sean Connery est directement impliqué dans le projet, étant aussi producteur et cela sera bénéfique à Michael Bay quand celui-ci sera inquiété par le studio, prenant sa défense. Pour son acolyte, Goodspeed, c’est au départ Arnold Schwarzenegger qui est envisagé mais il trouve le scénario très con (a-t-il tort ?) et laisse sa place à Nicolas Cage (ce qu’il regrettera par la suite vu le succès). L’acteur récemment oscarisé pour Leaving Las Vegas n’est pas considéré comme un acteur de film d’action à cette époque mais plutôt comme un original incapable de s’intégrer dans une grosse machine hollywoodienne. S’il n’a jamais perdu son excentricité, ce film a donné à Nicolas Cage l’aura d’un héros de film d’action, genre dont il deviendra un des plus grands représentants par la suite. 

    La prison d’Alcatraz

    Le choix de l’équipe est bouclé, il est temps de commencer le tournage. Le studio, économe, veut faire tourner le film à Los Angeles avec seulement des plans de San Francisco et de la prison d’Alcatraz (le fameux rocher du titre). Ce n’est évidemment pas au goût du réalisateur qui pense que la prison est un personnage principal du film et qu’il faut tourner au maximum sur place. Si cette demande lui est accordée par le studio, il faut à présent se battre avec le Service des parcs nationaux qui gère le site de l’ancienne prison et qui ne veut pas fermer le site au public. Tant pis, l’équipe s’adaptera aux groupes de touristes et fera l’aller-retour matin et soir en bateau. Si tout le monde accepte cette routine, Sean Connery n’a aucune envie de faire l’aller-retour entre le rocher et son hôtel à San Francisco. Après qu’on lui ait refusé d’ancrer son yacht à côté de la prison, il décide alors de profiter de sa caravane les fois où il n’a pas envie de rentrer sur le continent. Comment ne pas écouter une star mondiale absolue qui est aussi coproducteur du film ? 

    Nicolas Cage et Sean Connery dans The Rock

    Malgré tout, lorsqu’il demande à ce que l’eau dans laquelle il tourne soit chauffée, l’équipe du film sera vite obligée de lui refuser ce confort car, l’eau chaude étant un environnement propice à la propagation des bactéries, plusieurs membres du casting et de l’équipe sont tombés malades. Si le reste du tournage semble avoir été sans heurt, on peut tout de même parler de la scène où le personnage joué par Sean Connery envoie le patron du FBI par-dessus un balcon d’un hôtel, seulement attaché au poignet par une corde. La scène a été réellement tournée à l’Hôtel Fairmont de San Francisco et la population a appelé en masse les secours car elle voyait un homme suspendu au balcon. 

    Nicolas Cage et Sean Connery dans The Rock

    A sa sortie, ce film de prise d’otages à la prison d’Alcatraz avec le duo Connery et Cage qui tente d’empêcher le méchant, joué par un Ed Harris génial, d’envoyer des bombes bactériologiques sur les grandes villes américaines, est un vrai succès commercial, rapportant plus de 330 millions de dollars au box-office mondial. Du côté de la critique, plutôt réfractaire à ces films d’action un peu cons, il n’est étonnamment pas totalement détruit, celle-ci acceptant l’efficacité de ce qu’ils voient à l’écran et l’alchimie entre l’action, les moyens techniques et les acteurs principaux. Le duo Connery-Cage gagnera d’ailleurs le prix du meilleur duo aux MTV Movie Awards et les techniciens obtiendront une nomination à l’Oscar des meilleurs effets sonores (qui sera obtenu par Le Patient anglais, le grand gagnant de cette édition). 

    Nicolas Cage dans The Rock et l’arme chimique sous verre

    Mais le film a eu une autre influence moins glorieuse. En effet, lors de la publication du rapport Chilcott, en 2016, on s’est aperçu que le film a servi d’inspiration à un agent des renseignements britanniques pour justifier l’utilisation d’armes chimiques en Irak en 2002, alors dirigé par Saddam Hussein. L’agent parlait de récipients en verre pour les armes chimiques alors que l’utilisation de ce matériau est de la pure fiction créée pour le film. Le scénariste de The Rock, David Weisberg, déclarera : « Ce qui était sidérant, c’est que n’importe quel spécialiste des gaz toxiques aurait immédiatement compris que c’était du pur mensonge, un mensonge flagrant ». Il ajoutera qu’il n’était pas surpris qu’un agent désespéré puisse se tourner vers le cinéma pour trouver l’inspiration, mais consterné que les autorités « n’aient apparemment même pas effectué les vérifications les plus élémentaires. Il aurait suffi de consulter un expert en armes chimiques pour se rendre compte immédiatement de l’absurdité de la situation ». Car le plus grave dans cette histoire, c’est que ces affabulations ont contribué à justifier l’entrée en guerre du Royaume-Uni en Irak. 

    Transformers : le commencement (2024)

    Cette dramatique histoire montre que beaucoup de gens peuvent croire, sans remise en question, ce qu’ils voient à l’écran. The Rock n’a rien de crédible et il faut le voir pour ce qu’il est : un film d’action hyper efficace avec des personnages forts, interprétés par des comédiens au meilleur de leur forme. Mais c’est aussi le chant du cygne de Michael Bay qui exploitera surtout son talent pour tout faire exploser dans la suite de sa carrière. Si Armageddon, son film suivant, est encore un peu sympathique, il deviendra vite sa propre caricature. La sortie, en 2001, de Pearl Harbor, n’aura déjà plus la faveur de la critique, tout comme la saga Transformers qui suivra. Mais ce seront tout de même des films qui obtiendront une réelle ferveur populaire qui ne faiblira pas pendant les vingt années qui suivent. Malgré tout, et ce n’est peut-être pas anodin, The Rock reste, selon les dires de Bay lui-même, son film préféré à ce jour, et on est plutôt d’accord avec lui !

    Sean Connery dans La Ligue des gentlemen extraordinaires (2003)

    C’est aussi le film post-James Bond préféré de Sean Connery et aussi, peut-être, le chant du cygne de sa carrière. S’il obtient encore le succès avec Haute Voltige, ses choix sont plutôt mauvais. L’adaptation cinématographique de la série Chapeau melon et bottes de cuir est un échec et son choix de refuser le rôle de Gandalf dans Le Seigneur des anneaux au profit de La Ligue des gentlemen extraordinaires est encore, à ce jour, un cas d’école d’erreur d’appréciation de projets cinématographiques. Après ce film, il décidera d’ailleurs de mettre un terme à sa carrière. Il aurait peut-être accepté de sortir de sa retraite si la suite de The Rock, envisagée par Michael Bay, avait pu voir le jour. Cette suite avait pour thématique la poursuite par le gouvernement de Goodspeed et Mason, en raison de la possession du microfilm dévoilant tous les secrets gouvernementaux américains que Mason donne à Goodspeed. Si revoir le duo Connery-Cage aurait été évidemment très attendu, on peut se dire aussi que certains films ne doivent jamais connaître de suite et que la mystérieuse alchimie qui leur a permis de fonctionner ne se reproduira sûrement pas une deuxième fois. 

    Loïc Smars
    Loïc Smarshttp://www.lesuricate.org
    Fondateur, rédacteur en chef et responsable scènes du Suricate Magazine

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