TENET, la machine à inverser le temps

Tenet
de Christopher Nolan
Action, Science-fiction
Avec John David Washington, Kenneth Branagh, Robert Pattinson
Sorti en DVD/Blu-Ray et en 4K UHD le 21 décembre 2020

Si nous avions raté Tenet lors de sa sortie en salles, l’occasion nous est donnée de nous rattraper en chroniquant aujourd’hui la sortie Blu-Ray du dernier né de Christopher Nolan !

Tenet a déjà fait couler beaucoup d’encre tout en polarisant les opinions, certains estimant qu’il s’agissait d’un film indigeste et incompréhensible, tandis que d’autres auront loué l’intelligence et la complexité de son scénario.

En réalité, la vérité se trouve quelque part entre les deux : si ce nouveau film constitue probablement l’un des moins bons du réalisateur, il possède tout de même certaines qualités qui auront su trouver un public.

D’entrée, on ne sera pas dépaysés par le thème du film, qui reprend une fois encore la grande obsession de Christopher Nolan : le temps ! Le carré SATOR qui sert de point de départ à Tenet est ainsi associé à la roue du Temps déjà présente dans l’Antiquité et parfois représentée sous la forme d’un ouroboros, un serpent se mordant la queue. Dans cette roue, « Sator » est en réalité Saturne – ou Kronos chez les Grecs –, le dieu du temps.

Dans le récit qui nous intéresse ici, le personnage de Sator, interprété par Kenneth Branagh sera capable de manipuler le temps par le biais d’une technologie révolutionnaire, à charge pour le Protagoniste (John David Washington) de contrecarrer ses plans.

Une fois assimilé ce principe de l’éternel recommencement symbolisé par le carré SATOR, Tenet s’avère assez facile à comprendre, parfois même jusqu’à en devenir prévisible. On trouve par exemple une séquence importante située dans un opéra – mot qui figure dans le carré magique, comme si Nolan remplissait un cahier des charges. La fin du récit est en réalité son commencement, et inversement.

Ainsi, la complexité de Tenet n’est qu’apparente et, une fois dépassé ce principe de l’ouroboros, il devient relativement aisé de cerner son intrigue et ses retournements. C’est d’ailleurs ici que réside l’un des principaux problèmes du film : la marque de fabrique de Christopher Nolan consiste à égarer le spectateur pour le récupérer au moment du dénouement final, ce qui fonctionnait parfaitement dans Le Prestige (2006) ou Interstellar (2014). Cependant, Tenet souffre parfois d’un problème de rythme qui fait que ce même spectateur pourra rapidement se désintéresser de l’intrigue au point de ne plus se soucier du dénouement final.

D’aucuns ont ainsi défendu l’idée selon laquelle plusieurs visionnages seraient nécessaires pour apprécier pleinement le principe fondateur de Tenet. Reste à savoir si le spectateur en aura réellement envie, tant peu de personnages sont réellement attachants et tant le film est inégal. Sans compter certaines facilités scénaristiques, notamment dans les motivations de l’antagoniste Sator qui semblent relativement bancales.

Il semble ainsi que Christopher Nolan ait péché par orgueil, en livrant une intrigue alambiquée comme pour se conformer aux attentes du public face à son cinéma, sans pour autant parvenir à faire honneur à sa propre réputation.

À côté de cela, Tenet dispose des mêmes qualités que les précédents films du britannique : une réalisation maîtrisée, une musique signée Hans Zimmer et un casting solide. Exception faite de l’interprétation parfois caricaturale de Kenneth Branagh ou de John David Washington qui, s’il brille réellement dans les scènes physiques et possède une belle présence à l’écran, fait ici preuve d’un jeu monolithique, voire rigide et robotique à certains moments.

Reste le principe original d’offrir un palindrome cinématographique – procédé déjà expérimenté par Gaspard Noé dans son célèbre Irréversible (2002), dans Prédestination de Michael et Peter Spierig (2014) et, d’une certaine façon, par Orson Welles dans Citizen Kane (1941) qui mettait déjà en place un ruban de Möbius narratif.

Cependant, dans le cas de Tenet, force est de constater que le scénario alambiqué cache parfois pas quelques manquements scénaristiques. Le tout néanmoins contrebalancé par les qualités certaines inhérentes au cinéma de Christopher Nolan, ainsi que par les scènes d’action inversées qui constituent une excellente trouvaille visuelle.

En résumé, Tenet n’est pas le meilleur film du Britannique mais possède tout de même suffisamment de qualités pour ne pas faire de ce visionnage une perte de temps.

A propos Alexandre Alvarez 198 Articles
Journaliste du Suricate Magazine