Peux-on tout accepter à cause d’un grand amour ? Une pièce du Rideau de Bruxelles au Théâtre des Martyrs

De Nicole Malinconi, mise en scène de Jean-Claude Berutti, avec Janine Godinas. Du 26/10 au 19/11/2017 au Rideau de Bruxelles en résidence au Théâtre des Martyrs. Crédit photo : Alice Piemme.

Il est toujours ardu de traiter du sujet de la Shoah, d’autant plus dans un seul en scène au théâtre. C’est pourtant le défi que se sont lancés Nicole Malinconi (l’auteure), Jean-Claude Berutti (le metteur en scène) et Janine Godinas (l’interprète) qui tentent par le biais de l’histoire de cette femme, de découvrir les limites de la complicité passive et du déni de l’horreur.

Nicole Malinconi a écrit ce monologue sur base des écrits de Gitta Sereny, une journaliste qui est la dernière personne a avoir interviewé Franck Strangl, policier autrichien, devenu commandant des camps de Sobibor et Treblinka et des entretiens qu’elle a eu avec sa femme Theresa, restée au Brésil où le couple s’était caché pendant plusieurs années. C’est d’ailleurs dans ce pays qu’on retrouve Theresa Strangl, qui tente d’exprimer, dans son salon, comment elle a traversé cette époque mouvementée. Elle se cherche alors des excuses comme l’amour, la vérité qu’on lui a cachée, etc. avant de se rendre compte, qu’en fait, elle a toujours su, qu’elle a refusé de voir l’horreur en face.

Si la pièce dénonce évidemment cette complicité passive caractéristique de cette époque (se taire et fuir la réalité du génocide), elle dénonce ce comportement de manière plus large : pouvons-nous rester à nous taire par amour ? Par exemple : est-ce que Michèle Martin peut se retrancher derrière l’amour qu’elle porte à Marc Dutroux (ce qui est d’ailleurs le nouveau sujet traité par Malinconi) pour supporter l’idée que son époux torture et tue de jeunes enfants dans sa cave ? Est-ce que les femmes de ces hommes importants du troisième reich, n’étaient pas finalement heureuses de côtoyer le pouvoir que détenait leur mari, quitte à rester aveugle à l’horreur sous-jacente ?

C’est grâce à la réunion des différents talents que Le Grand amour passe d’une pièce au message essentiel à une véritable réussite théâtrale : la mise en scène précise de Berutti, le texte magnifique de Malinconi, la scénographie de Rudy Sabounghi et l’interprétation intense et sans filet de Godinas laissent le public K.O. par l’intensité du moment qu’il vient de vivre.

Loïc Smars
A propos Loïc Smars 308 Articles
Fondateur et rédacteur en chef du Suricate Magazine