« Origine paradis », chronique d’une France orpheline

Titre : Origine paradis
Auteur : Thierry Brun
Editions : Hors d’atteinte
Date de parution : 4 février 2021
Genre : Roman

Thomas Bral est orphelin et il plane sur le double suicide de ses parents un voile inquiétant qu’il ne parvient pas à lever. Elevé par sa tante, placé en internat à l’adolescence, il tente de survivre à la colère qui le gagne et le persuade de rester fermé à la perspective d’un avenir serein. Au cœur de l’institution qui l’accueille, il retranche ses ressentiments, se forme à une existence de galères à laquelle aspirent, selon la société, toutes les âmes délaissées. Fraîchement rejeté dans le monde réel, empreint à la dure réalité qui impose de s’assumer face à soi et face aux autres, Thomas se retrouve intégré par La France réelle, un organisme politique aux aspirations souverainistes nationalistes et aux méthodes périphériques.

C’est le portrait d’une jeunesse revancharde mais écartelée que Thierry Brun livre dans son dernier opus. Échoué puis rapatrié par la haine, le personnage de Thomas est une personnalité peu divergente, une entité malheureusement peu originale car au-delà de la souffrance liée au deuil, au-delà de l’incompréhension qui creuse les perspectives futures, il s’agit bien d’une chronique de la réappropriation : comment un obscur groupuscule d’extrême droite tisse sa toile au sein des cicatrices, comment il referme son piège sur ceux à qui on ne donne pas de réponse, peu d’options sinon celle de la colère et de la violence.

Sujet plus que jamais de circonstance, c’est bien du danger populiste qu’il est question dans cette œuvre mais pas uniquement : c’est également un jeu, pour le coup subtil, auquel s’adonne l’auteur car, en plus d’interpréter les rouages pervers de telles constitutions ténébreuses, il déjoue le cliché pour romancer la réalité et la mettre au jour. De ce récit, éclot un écho nauséabond ayant, pour sûr, la vocation d’alerter sur une époque qui bascule, un danger sournois et tapi dont il faudra toujours se méfier.

A propos Justine Guillard 96 Articles
Journaliste du Suricate Magazine