National Gallery de Frederick Wiseman

national gallery affiche

National Gallery

de Frederick Wiseman

Documentaire

Sorti le 17 décembre 2014

National Gallery est un très long documentaire de trois heures autour de la vie du musée londonien dans tous ses aspects connus ou moins connus : séances et réunions de travail où l’on parle des relations avec le public, de la publicité, des budgets et des coupes dans le personnel ; la restauration des peintures et des cadres avec le travail du bois, nettoyage des vernis, visites guidées pour les enfants et les adultes, prélèvements de pigments, prise de photos à rayon X, présentations d’œuvres filmées, travail muséologique, surveillance des œuvres pendant les heures d’ouverture, nettoyage des salles, recherches et études scientifiques des pigments ou des vernis, cours d’histoire de l’art, formations, dessins sur modèles réels ou encore personnes qui dorment dans les salles, élèves étudiant en dessin qui travaillent leurs esquisses d’après le modèle original, visiteurs qui campent devant les portes en attendant l’ouverture d’une exposition, etc. Bref, c’est toute la vie du musée qui est passée en revue. Enfin presque, parce que trois heures n’y suffiraient certainement pas.

Malheureusement, on a l’impression de suivre un mauvais cours universitaire d’histoire de l’art car on ne va jamais en profondeur des sujets présentés, on ne fait que les survoler. Il n’est évidemment pas possible de passer une heure sur une seule œuvre.

Si le sujet est extrêmement intéressant, par ce biais, il devient vite barbant, surtout pour les connaisseurs. De plus, il n’y a aucune musique de fond ni de voix off, on ne fait que suivre les spécialistes dans leur quotidien au travail. Les seules explications ou bruitage proviennent donc de tournages durant les visites guidées et de la vie générale du musée comme les gens qui se déplacent. Néanmoins, il y a quelques bons points aussi, les regards béats, passionnés, ennuyés, expectatifs, impressionnés ou dubitatifs, comme si les visiteurs ne se doutaient pas qu’ils étaient filmés, répondent à des points de détails dans les tableaux. Il y a également de très beaux plans des chefs d’œuvres ainsi que de nombreux détails filmés. Mais si la qualité de l’image est bien présente, le temps de pose est trop long pour un documentaire mais absolument pas suffisant pour un amateur d’art qui aime avoir le temps de promener son regard sur les toiles.

Le National Gallery of Art, comme tous les musées anglais qui ne sont pas privés : ils appartiennent à l’État. Il n’y a en effet aucune entrée à payer, un grand récipient en verre attend les donations à l’entrée mais chacun est libre de donner quelque chose ou pas, c’est donc l’État qui alloue aux musées une partie de leurs subsides. Si le concept est génial, la culture devant être accessible à tous, il est vraiment regrettable que cette institution soit obligée d’en arriver à un film de propagande pour remplir ses caisses.

C’est dommage car l’idée de montrer la vie réelle d’un musée était très bonne au départ, de donner une ouverture sur des chefs d’œuvres qu’on n’a pas l’occasion d’aller visiter soi-même à Londres ou ailleurs, mais la durée et le survol des sujets donne une idée générale qui paraît très ennuyeuse.

Il manque quelque chose qui donne vie à ce documentaire : un peu de musique, un peu de cinéma, tout cela semble extrêmement vide… À croire qu’il n’y a que les érudits qui peuvent y comprendre quelque chose. On reste dans la superficialité avec pour résultat, une vulgarisation exagérée de l’art.

C’est désespérant en un sens parce que l’art, on le confronte soi-même. On n’a pas besoin de voir comment les autres y réagissent, c’est une impression qui vient du cœur, une vibration de l’âme. Quelque chose qui vient du tréfonds des entrailles et chacun le vit différemment. Devant Les Noces de Cana de Véronèse, La Vierge aux Rochers de Leonardo da Vinci ou la Vénus de Botticelli, personne ne réagira de la même manière, pour la simple raison que les goûts et les couleurs ne se discutent pas, même si cette affirmation est encore bien légère par rapport à ce que peut engendrer une sensation d’admiration ou de répulsion devant un chef d’œuvre.

Ce n’est pas l’objet ici de discuter des sentiments que peuvent engendrer les œuvres d’art aux yeux d’un public averti ou non, il n’en reste pas moins que l’art n’a pas besoin de paraître ennuyeux ou destiné uniquement à des spectateurs avertis pour prouver qu’il est intéressant. On râle parce que ce documentaire n’est pas du tout à la hauteur de ses promesses.

Daphné Troniseck
A propos Daphné Troniseck 250 Articles
Journaliste du Suricate Magazine

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