Kinshasa (N)Tonga : entre futur et poussière

Sammy Baloji, Artist Richard Kaumba at his home in Lubumbashi, March 2013 © Sammy Baloji
Sammy Baloji, Artist Richard Kaumba at his home in Lubumbashi, March 2013 © Sammy Baloji

Kinshasa (N)Tonga : entre futur et poussière est la nouvelle exposition de KANAL Centre Pompidou dans le cadre du projet Living Traces. Présentée dans un espace loué à cet effet situé Avenue du Port à Bruxelles, en attendant la rénovation complète du musée, elle jette des ponts entre la capitale belge et la capitale congolaise du 13 septembre au 20 novembre 2022.

Le fruit d’une réflexion longuement mûrie

L’idée de cette exposition est née dès avant l’ère COVID. C’est dire le temps et la patience qu’il a fallu pour amener le projet à sa réalisation ! Kinshasa (N)Tonga vient de l’envie de créer des passerelles, de réfléchir aux liens qui unissent les cultures, et aux rapports qu’entretiennent les Belges et les Congolais de par leur passé commun issu du colonialisme et de l’héritage qu’il leur a laissé. Mais l’exposition est également thématique en regard du centre artistique KANAL actuellement en reconstruction et pour lequel il fallait définir un programme qui ne soit pas « européanocentré » mais véritablement international, à l’image des 190 nationalités habitant la ville de Bruxelles. Ainsi, le local loué pour deux mois est l’antichambre préparatoire au lancement du nouveau musée KANAL Centre Pompidou.

Kongo Astronauts, SCrashed_Capital.exe Untitled [-3], 2021 © Kongo Astronauts. Courtesy Axis Gallery, New York
Kongo Astronauts, SCrashed_Capital.exe Untitled [-3], 2021
© Kongo Astronauts. Courtesy Axis Gallery, New York

Un chantier permanent

D’abord développée à Kinshasa, il était impensable de ne pas donner sa place à Bruxelles dans cette exposition née de l’idée de ponts. (N)Tonga signifie « chantier » en lingala. Un mot qui décrit bien la capitale congolaise, un chantier permanent représenté par de la tôle ondulée que l’on voit s’étendre à perte de vue. Cette impression est renforcée par une mise en scène faite d’armatures recouvertes de ce même matériau, auxquelles sont accrochées les œuvres. La scénographie a été réalisée par Traumnovelle, une faction militante qui utilise l’architecture et la fiction comme outils analytiques. Une approche récompensée par un Lion d’Or à la biennale de Venise en 2015.

Azgard Itambo, CODE KIN, 2018 ©Azgard Itambo
Azgard Itambo, CODE KIN, 2018
©Azgard Itambo

Une scène artistique en plein essor

Pas moins d’une dizaine d’artistes sont ainsi exposés : Bianca Baldi, Sammy Baloji, Filip De Boeck, Godelive Kasangati, Kongo Astronauts, Gosette Lubondo, Mega Mingiedi Tunga, Isaac Sahani et Prisca Tankwey. Tous se questionnent sur l’extension et le développement de leur ville et la prise en charge des constructions par les habitants eux-mêmes. Mais c’est l’angle selon lequel ils observent cette problématique qui est différent, et donc intéressant. L’un se demande du point de vue anthropologique comment les villes se sont développées après l’ère coloniale, une autre ce que signifie encore être congolais aujourd’hui avec ses magnifiques portraits de femmes, un autre encore la projette dans un univers futuriste…

Le tout fait de Kinshasa (N)Tonga une exposition très rythmée et donne un aperçu général d’une scène artistique congolaise bouillonnante de créativité. À ne pas rater non plus : de nombreuses activités telles des conférences, contes coloniaux, projections, performances et même un pop-up bar. Il y en a donc pour tous les goûts et ça vaut le détour.

Infos pratiques

  • Où ? K1, Avenue du Port 1, 1000 Bruxelles.
  • Quand ? Du 23 septembre au 20 novembre 2022, du jeudi au dimanche de 12h à 20h.
  • Combien ? Entrée libre.
A propos Daphné Troniseck 252 Articles
Journaliste du Suricate Magazine