Moutoufs, la recherche d’identité des enfants de couples belgo-marocains

Du collectif Kholektif Zouf, mise en scène de Jasmina Douieb avec Myriem Akheddiou, Monia Douieb, Jasmina Douieb, Hakim Louk’Man et Othmane Moumen. Du 22 février au 24 mars 2018 au Théâtre Le Public.

Cinq comédien(ne)s de père marocain et de mère belge s’interrogent sur leur identité marocaine. Un spectacle polyphonique très réussi qui part du registre intime pour aborder la question universelle de la transmission de la culture.

Moutoufs, c’est la façon dont on les appelait dans la cour de récré, à cause de leurs « têtes d’Arabes ». « Eux », ce sont Jasmina, Monia, Othmane, Myriem et Hakim, tous nés en Belgique de père marocain et de mère belge. Le spectacle est le fruit de leur écriture collective, mise en scène avec brio par Jasmina Douieb

Pendant une heure et demie, les témoignages de chacun évoque la difficulté à renouer avec ses racines marocaines alors que les pères, immigrés de la première génération dans les années 1960, ne leur ont transmis ni la langue, ni la culture, ni la religion de leur pays d’origine. Cette assimilation totale au pays d’accueil contraste avec la consonnance de leur nom et avec l’image que les autres leur renvoient d’eux-mêmes. Naissance, éducation, mariage, décès… Les habitudes quotidiennes comme les grandes étapes de la vie exacerbent souvent les tensions entre les cultures, celle du père et de la mère, avec des enfants qui cherchent leur place entre les deux.

Mêlant témoignages personnels et fictifs, alternant entre l’expérience d’immigrés des pères et celle de leurs enfants, Moutoufs est en quelque sorte une « thérapie de groupe » pour aider chacun à trouver et à assumer sa part de marocanité. Les témoignages vidéo et audio des pères eux-mêmes, très bien intégrés dans le spectacle, ajoutent une touche d’émotion à travers l’évocation des souvenirs de jeunesse, l’enthousiasme de l’aventure européenne, mais aussi les regrets et la nostalgie liée à l’exil…

L’utilisation créative de cabines de photomaton mobiles comme principal élément de décor permet de nombreux changements d’ambiance qui, renforcés par les effets de lumière, donnent à la pièce un bon rythme. Chaque scène évoque une palette de sentiments contradictoires face à l’héritage culturel (non)transmis : Peut-on être musulman en mangeant du porc et en buvant de la bière ? Peut-on soi-même transmettre une part de la culture marocaine à ses propres enfants sans parler un mot d’arabe ? Les couples mixtes ne peuvent-il réussir que si l’un des deux renonce à sa propre culture ?

À travers une mise en abîme du processus de création collective, le spectateur découvre par ailleurs au fil des témoignages la genèse du projet et les choix qui ont été effectués. Quelle place accorder à l’Islam dans l’identité marocaine ? Faut-il également donner la parole aux mères belges qui ont choisi d’épouser un marocain ?

Autant de questions auxquels chacun-e apporte sa réponse personnelle. Des destins individuels uniques, touchants, et pourtant si proches qu’ils en deviennent universels. Un beau moment de théâtre qui touchera sans aucun doute particulièrement ceux dont les parents ont connu l’exil.


Moutoufs se joue dans la Grande Salle du Théâtre Le Public du mardi au samedi à 20h30 jusqu’au 24 mars 2018.

Jasmina Douieb sera par ailleurs « L’invitée du Public » le samedi 17 mars 2018 de 18h à 19h30. Elle y parlera du spectacle et répondra aux questions d’Eric Russon. La participation est gratuite mais il est vivement conseillé de réserver sa place !

Soraya Belghazi
A propos Soraya Belghazi 93 Articles
Journaliste - Responsable Arts/Expos/Musées du Suricate Magazine