Monsieur Etrimo

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Monsieur Etrimo

de Matthieu Frances et David Deroy

Documentaire

Sorti le 15 octobre 2014

Co-produit par la RTBF, Monsieur Etrimo est un documentaire qui revient sur l’histoire du Midas de l’immobilier belge Jean-Florian Collin, personnage controversé et passionnant.

Réalisé par David Deroy et Matthieu Frances, Monsieur Etrimo avait connu une diffusion télé l’année dernière. Le cinéma Vendôme offre une sortie en salles à ce film qui explore la grandeur et la décadence d’un personnage qui a fait parler beaucoup de lui dans la Belgique de l’après-guerre jusqu’à son déclin et finalement sa mort dans la misère la plus totale. Jean-Florian Collin est avant tout un personnage complexe. Passionné de luxe, ce grand nom de l’immobilier était avant tout mu par une vision : celle de permettre à tous les belges, quels que soient leurs revenus, d’être propriétaires de leur logement ; étrange rêve social pour un personnage qu’on imagine plutôt féru de soirées mondaines que préoccupé par le sort du peuple. Ce caractère ambigu du personnage, très vite mis en évidence par le film, constitue le premier intérêt du film.

Le deuxième aspect passionnant du documentaire est l’exploration de l’histoire urbaine de Belgique, de Bruxelles plus particulièrement. En effet, on doit à « Monsieur Etrimo » ces imposants immeubles des années 60 qui ont poussé partout dans Bruxelles en déformant le paysage urbain mais tributaire d’une nécessité de l’époque : loger tout le monde et à moindres coûts. Là où le film est vraiment pertinent, c’est dans l’analyse de la déchéance dans laquelle ont été plongés tous les belges qui ont été entraînés dans la chute de l’empire Etrimo. Le film introduit ainsi à la perfection la crise immobilière que nous subissons aujourd’hui.

Dans son déclin, on ne peut manquer de voir derrière les traits de Collin, ceux d’un personnage de cinéma : Kane, le magnat de la presse d’Orson Welles. La comparaison est intéressante car elle vient contaminer le style du film. Deroy et Frances empruntent des effets de montage et d’esthétique à ce qui restera certainement le plus grand film de l’histoire du cinéma. Intelligent clin d’œil, d’autant plus honorable qu’il est discret et qu’il ne dénature pas le film qui garde une allure bien belge sans se prendre au sérieux. En même temps, la ressemblance entre les deux personnages était telle qu’il était difficile de ne pas forcer la comparaison.

Si le ton assurément belge est un atout pour le film, on regrettera la coquetterie des deux réalisateurs d’avoir recours à certains plans de reconstitution mis en scène alors qu’ils développent une structure classique mêlant images d’archive et interviews. Si esthétiquement on comprend leur démarche, elle vient remettre en question la nature du film qui prend alors quelques instants des allures de docu-fiction. Néanmoins, l’ensemble reste tout à fait honnête et interpellant, d’autant plus qu’il illustre et introduit la crise immobilière actuelle. Nous passerons donc aux réalisateurs cet écart stylistique qui n’est, en fin de compte, qu’un détail.

Entre crise immobilière, aspirations socialistes, prestige et déclin, Monsieur Etrimo explore le parcours d’un self-made-man paternaliste, bon vivant et 100% belge. Ni héros, ni arnaqueur, Jean-Florian Collin est un personnage intriguant et complexe qui mérite bien les 60 minutes qui lui sont consacrées et une place sur le grand écran.

Mathieu Pereira
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Journaliste

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