In Another Life : la prochaine fois que je viendrai au monde

In Another Life
de Philippe de Pierpont
Documentaire
Sorti le 13 novembre 2019

Il y a 30 ans, le cinéaste belge Philippe de Pierpont rencontre six enfants des rues au Burundi et leur promet de les filmer à chaque étape charnière de leurs vies. Aujourd’hui, il les retrouve pour la quatrième fois : ils ont quarante ans et ne sont plus que trois. Sorte de Boyhood africain, le film nous expose crûment face à la difficulté de vivre, de survivre même, dans un état failli, en l’occurence le Burundi.

À travers ce film, le spectateur est confronté à la pauvreté crasse et à la dureté de la vie pour ces enfants des rues devenus des adultes en marge de la société. La guerre, l’alcool, les femmes reviennent souvent dans leurs conversations tout comme leur profond désir de mener une vie digne, avec un toit au-dessus de leur tête, de quoi manger et se vêtir. On en ressort secoué, plus reconnaissant et les yeux grands ouverts sur l’extrême confort de nos vies occidentales.

Ces hommes se considèrent et sont traités comme des déchets de la société. Ils font nombre de références à la difficulté de vivre quand la faim les tenaille et que chaque jour est une course à la survie.

Enfants des rues, parfois par choix face à des familles démunies, ils étaient rieurs. Adultes, toute joie de vivre semble avoir disparue, même si subsiste toutefois l’espoir d’un avenir meilleur. Le plus optimiste d’entre eux veut y croire et reste tourné vers le futur : “l’avenir est plus important que le passé et le meilleur est à venir”. Le plus pessimiste aurait préféré ne pas naître.

Leur rapport à la paternité est très présent dans le film. Le désir profondément humain de se continuer par un enfant est exprimé, tout comme la nécessité de le réprimer pour ne pas mettre au monde un autre enfant qu’ils ne sauraient pas nourrir. Le film évoque souvent la guerre, à laquelle ils rendent grâce à dieu d’avoir échappé.

Les protagonistes manquent de tout mais pas de réflexion profonde sur leur vie, ni de mots puissants pour l’exprimer.

Quand le réalisateur Philippe de Pierpont les a rencontré enfants, ils se sont faits une promesse : pour les protagonistes qu’ils restent en vie et pour le réalisateur, qu’il vienne les voir regulièrement pour les filmer.

Suite au tournage, les trois survivants ont reçu une petite maison, un geste qui aura certainement soulagé la conscience de l’équipe de tournage et qui soulagera sans doute celle des spectateurs de ce désastre humain.

Ce film a été produit par Dérives, un atelier de production de films documentaires basé à Liège et a reçu le soutien de la coopération belge pour le développement et du programme Creativeurope de l’Union européenne. Certainement pas pour tous les goûts, il est une oeuvre utile pour comprendre le quotidien des plus pauvres dans les pays en voie de développement. Leurs rapports humains, empreints de violence, misère et désespoir nous sont révélés sans faux-semblants.

Les étudiants et personnes intéressées par l’aide au développement et l’impact de la gouvernance sur la vie des gens retireront des bénéfices certains à le visionner. Et pour tous, il résonne comme un appel à plus de justice sociale et de dignité humaine.

Myriam Watson
A propos Myriam Watson 35 Articles
Journaliste du Suricate Magazine