Miss Sloane, la fin justifie-t-elle les moyens ?

Miss Sloane

de John Madden

Drame

Avec Jessica Chastain, Mark Strong, Sam Waterston

Sorti le 8 mars 2017

Miss Sloane appartient aux « films de bureaux » où des gens en costards qui parlent beaucoup et très vite, avec des mots plus ou moins compliqués, passent leur vie dans des bâtiments vitrés. En plaçant l’action dans le monde du lobbyisme – un univers contre, tout contre, la politique – le réalisateur John Madden ne déroge donc pas à ce schéma. Encore que, pour une fois, le personnage influent avec beaucoup de pouvoir et d’ambition est une femme… Et elle a la niaque !

Lobbyiste de renom, Miss Sloane surprend son entourage professionnel lorsqu’elle invoque un cas de conscience et refuse de défendre le lobby pro-armes. Dans la foulée, elle quitte son employeur et passe à la concurrence. Le contrôle des armes à feu devient alors le prétexte d’une lutte d’influence où tous les coups sont permis. Jusqu’où Miss Sloane est-elle prête à aller pour gagner ?

La première partie du film n’est pas des plus digeste. Au bout d’une heure, le personnage autoritaire et super-performant de Miss Sloane-jamais-sans-ses-talons-aiguilles-et-son-rouge-à-lèvres-intense fatigue. Pourtant, au moment où notre intérêt commence à faiblir, les éléments de l’histoire s’amalgament et le suspense émerge. C’est également à ce moment que le personnage de Miss Sloane s’humanise et laisse enfin apercevoir des failles çà et là. La fin du film récompense finalement notre patience et nos efforts avec un dénouement à la hauteur de nos attentes.

Sujet touchy par excellence au pays des cow-boys, la question (de la limitation) des armes à feu est ici un prétexte pour parler des relations entre lobbying et politique et surtout pour mettre en scène l’énigmatique Miss Sloane. Certains spectateurs américains y ont vu une propagande pro ou anti-armes. Toutefois, le film fournit tellement d’arguments de poids aux deux camps, du moins dans un contexte américain, qu’il devient difficile d’y voir une prise de position.

Seule actrice envisagée pour le rôle, Jessica Chastain porte avec brio le film sur ses épaules du début à la fin. Les rôles secondaires ne déméritent pas, mais la présence et le charisme de l’actrice s’avèrent déterminants. Elle incarne parfaitement Miss Sloane et réussit à associer dans son personnage une personnalité intransigeante et dure à une vulnérabilité cachée, sous-jacente.

Jessica Chastain tient donc le haut du pavé dans ce thriller politique sobre mais bien ficelé.

A propos Elodie Mertz 118 Articles
Journaliste du Suricate Magazine