Jimmy’s Hall de Ken Loach

jimmys hall affiche

Jimmy’s Hall

de Ken Loach

Drame, Historique

Avec Barry Ward, Simone Kirby, Andrew Scott, Jim Norton, Francis Magee

Sorti le 27 août 2014

En 2006 sortait The Win That Shakes the Barley. Quelques années après ce film qui s’attachait à suivre le destin de deux frères irlandais durant la guerre d’indépendance et la guerre civile qui s’en suivit, c’est encore en Irlande que Ken Loach campe son histoire en se focalisant cette fois-ci sur un activiste républicain du nom de Jimmy.

Après un exil forcé de 10 ans aux États-Unis, Jimmy rentre au pays. S’il souhaite passer une existence paisible dans la ferme familiale, il sera rapidement rattrapé par son passé. En effet, encouragé par les jeunes du comté de Leitrim et avec l’aide de ses amis d’autrefois, Jimmy ne tarde par à rouvrir le dancing Pearse-Connolly, un lieu de rencontre où tout le monde peut danser, apprendre à lire, dessiner ou boxer et où l’on peut discuter en toute liberté. Effrayé par ses idées communistes, le père Sheridan, soutenu par la communauté ecclésiastique se rallie aux grands propriétaires terriens et aux autorités pour s’opposer à la réouverture du dancing…

D’une exécution classique et sobre, Jimmy’s Hall pousse, conformément à la volonté de Ken Loach, à s’intéresser davantage au contenu qu’à la forme. Cela commence dès l’évocation du contexte historique. Inspiré de faits réels, ce film donne tout d’abord une idée de l’amertume qu’a pu ressentir une population en porte à faux avec les pouvoirs en place. Une situation qui n’a rien d’étonnant au vu des événements. En effet, bien que le traité de 1921 mette fin à la guerre d’indépendance, il donne naissance à un État libre d’Irlande toujours sous domination britannique. Si cette situation convient aux nationalistes, elle n’est guère au gout des indépendantistes. La guerre civile éclate, mais n’aboutit à aucune modification…

Affaibli par les conflits, le peuple doit de plus s’agenouiller sans broncher devant la toute puissance église et des propriétaires fonciers. Ceux-ci ne se contentent pas d’une révérence muette et évince toute possibilité d’éducation, d’ailleurs considérée comme apanage de l’église et terreau de la révolte. Toute tentative de sortir de sa misère quotidienne ou de s’en évader est de plus moralement condamné, comme c’est notamment le cas pour la danse. Pourtant, si le jazz pousse au rapprochement des corps selon le père Sheridan, c’est bien ce corps à corps qui, une nuit, sauve les âmes d’Oonagh et Jimmy de l’adultère… Vue du haut de notre époque où la séparation des pouvoirs est consommée, l’influence de l’église parait redoutable et son emprise sur le peuple révoltante…

Elle n’est cependant pas le seul point de comparaison avec notre société qu’appelle ce film historique. Si nous sommes bien heureux de notre démocratie, on regrette d’avoir perdu ce vivre-ensemble de la communauté de Leitrim qui dénote avec notre individualisme. De même, l’espoir de changement, la foi en un avenir meilleur et la force de se battre pour ses idées retentissent avec spleen dans nos esprits. Elles ne trouvent cependant pas d’échos et s’éteignent dans la noirceur de nos désillusions et désabusements.

Au-delà de toutes les réflexions qu’il peut susciter, Jimmy’s Hall vous fera également gouter à l’injustice sans excès, à la fatalité du pouvoir narguée par la jeunesse à bicyclette, à un amour aussi vrai qu’inaccompli, à l’intolérance et l’obstination reconnues mais assumées, à la nostalgie du pays natal retrouvé et perdu… Simple mais touchant.

Nassima Cherke
A propos Nassima Cherke 42 Articles
Journaliste du Suricate Magazine

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