Hyperrealism sculpture questionne la représentation humaine

Sam Jinks, Untitled (Kneeling Woman) 2015 © Sam Jinks, Courtesy of the artiste, Sulliva,+Strumpf, Sydney and Institute of Cultural Exchange, Tübingen
Sam Jinks, Untitled (Kneeling Woman) 2015 © Sam Jinks, Courtesy of the artiste, Sulliva,+Strumpf, Sydney and Institute of Cultural Exchange, Tübingen

Après avoir été présentée en Australie, au Mexique, en Espagne et aux Pays-Bas l’exposition itinérante Hyperrealism sculpture, ceci n’est pas un corps vient s’installer à La Boverie à Liège. Avec un titre inspiré de l’oeuvre de René Magritte, l’exposition présente une trentaine d’artistes internationaux du courant hyperréaliste en sculpture.

Le corps comme sujet

L’hyperréalisme en sculpture apparaît dans les années 1960 en réaction à l’expressionnisme abstrait. Dans la suite logique des peintures photoréalistes des artistes américains tels que Chuck Lose ou Ralph Goings, la sculpture hyperréaliste place le corps humain comme sujet principal. Le thème est toujours d’actualité car le corps est de plus en plus sexualisé, banalisé, voir modifié par les médias, ou au contraire caché, minimalisé par certaines croyances. La représentation du corps a évolué depuis ses premières représentations il y a plusieurs siècles. Réaliste et idéalisé durant l’antiquité gréco-romaine, il est soumis aux contraintes religieuses au Moyen-Âge, puis sublimé par les artistes de la Renaissance comme un reflet glorieux de l’amour divin. Ce sont autant de styles qui se sont succédés, parfois influencés, mais jamais en s’imposant définitivement.

Peter Land, Back to square one, 2015 © Peter Land, Photo : Lior Zilberstein. Courtesy of Gallery Nicolai Wallner, Peter Land and Institute for Cultural Exchange, Tübingen
Peter Land, Back to square one, 2015 © Peter Land, Photo : Lior Zilberstein. Courtesy of Gallery Nicolai Wallner, Peter Land and Institute for Cultural Exchange, Tübingen.

Hyperrealism sculpture propose une série d’œuvres du début du mouvement, des artistes fondateurs jusqu’aux artistes influencés par les technologies actuelles, témoignant de l’évolution rapide des techniques et matériaux utilisés. Quelques artistes de l’exposition ont, en amont de leur carrière d’artiste, travaillé pour l’industrie du cinéma. C’est le cas de Jamie Salmon avec X-Men : l’affrontement final, de Ron Mueck avec Labyrinthe, Kazu Hiro avec Le grinch, et plus récemment avec Les heures sombres, un film pour lequel il a gagné l’Academy Award du meilleur maquillage en transformant Gary Oldman en Winston Churchill.

Six thèmes

L’exposition est subdivisée en six thématiques. Répliques humaines regroupe les sculptures des pionniers Duane Hanson et John de Andrea qui représentent des gens ordinaires. La critique sociale est la base de la pratique de Duane Hanson. Il prend comme modèle la classe moyenne américaine. Two workers représente un ouvrier et le concierge de la Fondation Maison de l’Histoire de la République fédérale d’Allemagne de Bonn. L’artiste y étant invité à exposer, il a pu choisir qui seraient les modèles des œuvres. Une fois les copies réalisées, l’artiste les a habillés avec les vêtements que les deux hommes portaient et leur a demandé de se couper les cheveux et la barbe afin de les implanter sur les copies en silicone. John De Andrea évoque le corps nu féminin à la manière des sculptures antiques, mais sans l’obsession d’un canon de beauté idéal. Bien que leurs motivations soient différentes, la technique est la même. Un moule en bronze est créé à partir d’une personne vivante. Une copie en silicone en est ensuite extraite, puis peinte à la peinture à l’huile ou à l’acrylique.

Duane Hanson, Cowboy with Hay, 1984/1989 © Estate of Duane Hanson / VG Bild-Kunst, Bonn 2019. Courtesy of Jude Hess Fine Art and Institure for Cultural Exchange, Tübingen
Duane Hanson, Cowboy with Hay, 1984/1989 © Estate of Duane Hanson / VG Bild-Kunst, Bonn 2019. Courtesy of Jude Hess Fine Art and Institure for Cultural Exchange, Tübingen.

Monochromes, avec entre autres Golttlied’s Wishing Well, une œuvre de George Segal. À l’inverses de ses prédécesseurs, l’artiste américain représente le corps à l’extérieur du moule, ayant été préalablement recouvert de tissus recouverts de plâtre. Fabien Mérelle joue sur la métamorphose de sa propre personne en arbre, inspiré des Métamorphoses d’Ovide. Il prend la nature comme sujet dans son œuvre Tronçonné, réalisée en bronze.

Morceaux de corps propose des parties de corps humains, tels les torses des nageuses de Carole A. Feuerman, un moment capturé d’un sentiment heureux et paisible, ou encore Ave Maria, œuvre encore une fois provocatrice de Maurizio Catalan, montrant trois bras sortant du mur et effectuant le salut nazi.

Carole A. Feuerman, Catalina, 1981 © Carole A. Feuerman, Courtesy of the artiste and Institute of Culturel Exchange, Tübingen
Carole A. Feuerman, Catalina, 1981 © Carole A. Feuerman, Courtesy of the artiste and Institute of Culturel Exchange, Tübingen.

Dans Jeux de taille, les artistes jouent avec la taille des représentations. Ron Mueck choisit de représenter les êtres qui nécessitent beaucoup d’attention et d’espace en très grand format, et ceux qui sont plus discrets en petit format. A Girl, la sculpture d’un bébé de cinq mètres de long, et Man on a sheet, représentant un homme recroquevillé et enroulé d’un drap blanc mesurant cinquante centimètres, suivent cette idée de modification de taille. Le travail de l’artiste est impressionnant, tant en taille que par la minutie des détails dont il fait preuve.

Ron Mueck, A girl 2006, © Ron Mueck, Scottish National Gallery of Modern Art. Purchase with the assistance of the Art Fund 2007.
Ron Mueck, A Girl, 2006, © Ron Mueck, Scottish National Gallery of Modern Art. Purchase with the assistance of the Art Fund 2007.

Réalités difformes pose la question de la modification, la difformité que le corps peut subir. Evan Penny génère des distorsions semblables aux effets de Photoshop ou des images numériques de manière général, appliqués en 3D et en grand format. Il pose la question de la perception de l’oeuvre, qui est déformée ou non selon le point de vue du spectateur. Il met en garde sur des changements de perception induits par les médias numériques. Ses représentations semblent complexes à réaliser tant la déformation est forte. Elles sont parmi les plus réalistes de l’exposition.

Composés de matériaux organiques tel que le bois, la cire, la laine ou le crin de cheval, les installations de Berline De Bruyckere ont le pouvoir de toujours générer un sentiment chez le spectateur, que cela soit une forme de malaise, de dégoût, ou de fascination. Ici, les corps Elie et Robin V sont déformés à l’extrême, décapités et ont parfois les os apparents, dans les teintes rose, bleu et gris clair à l’image d’un corps froid dont la vie s’échapperait.

Frontières mouvantes, la dernière thématique de l’exposition, offre une vision encore plus numérique. Entre la sculpture, l’installation et la vidéo, le duo d’artistes Glaser et Kunz questionne la frontière fine entre l’homme et la sculpture en créant une œuvre troublante. Issu de sa série des One minute sculpture, Idiot II d’Erwin Wurm invite le spectateur à performer durant soixante secondes, en bloquant une chaise dans ses bras, devenant lui-même la sculpture hyperréaliste.

L’exposition Hyperrealism Sculpture, ceci n’est pas un corps offre une vision complète du courant hyperréaliste en sculpture, du début jusqu’aux œuvres actuelles. Les représentations du corps, qu’il soit nu, modifié, déformé, ou agrandi, y sont toutes impressionnantes, tant leur texture semble réelle. Regroupant une sélection d’œuvres jouant sur l’humour, la perspective, la provocation ou encore le malaise, l’exposition ne manquera pas de générer une réflexion chez le visiteur.

Infos pratiques

  • Où ? Musée de La Boverie, Parc de la Boverie 3, 4020 Liège.
  • Quand ? Du 22 novembre 2019 au 3 mai 2020, du mardi au vendredi de 9h30 à 18h et le weekend de 10h à 18h.
  • Combien ? 15 EUR au tarif plein. Différents tarifs réduits possibles.
Anaïs Staelens
A propos Anaïs Staelens 18 Articles
Journaliste du Suricate Magazine