Grant Orient, un témoignage drôle et critique sur la franc-maçonnerie

Extrait de la BD « Grand Orient » (Soleil, 2020)

Couverture de la BD « Grand Orient » (Soleil, 2020)

Scénario : Jérôme Denis
Dessin : Alexandre Franc
Éditeur : Soleil  
Sortie : 27 mai 2020
Genre : Roman graphique, témoignage

Philippe, la quarantaine, est professeur de mathématiques à Paris. Initié à la franc-maçonnerie, il découvre un univers loin de l’image prestigieuse et sulfureuse colportée par les médias. La bande dessinée Grand Orient raconte son parcours avec humour.

Un témoignage « de l’intérieur »

Jérôme Denis est un pseudonyme. Dans Grand Orient, l’auteur s’inspire de sa propre expérience de la franc-maçonnerie parisienne pour livrer un récit personnel et drôle sur cette institution si mystérieuse qui reste l’objet de nombreux fantasmes. De l’initiation à la désillusion, il évoque la vie quotidienne d’une loge et de ses membres. Au passage, il démystifie de nombreux termes du jargon franc-maçon (les « planches », les soirées « tenue blanche ouverte », etc.).

Dès les premières pages, l’ouvrage s’interroge sur les motivations qui poussent les individus à rejoindre la franc-maçonnerie. Quête de sens ? Arrivisme social ? Ambitions politiques ? Alors que Philippe, le personnage principal, porte un regard curieux mais somme tout assez cynique sur l’institution, son « jumeau » Cao Son représente la figure de d’adepte idéaliste et admiratif. En jouant du décalage entre les représentations populaires (secret, influence…) et la réalité, nettement plus prosaïque (problèmes logistiques, rivalités entre personnes…), Jérôme Denis offre une comédie sociale sur les aspirations de la classe moyenne contemporaine. Les dialogues, très drôles, sont portés par un dessin simple mais efficace aux couleurs pleines et au trait de crayon net.

Une aventure humaine à la rencontre de soi-même

En dévoilant l’envers du décor, Grand Orient n’hésite pas à écorcher l’image de la franc-maçonnerie. Racisme, sexisme, snobisme, condescendance des grandes loges envers les petites… le portrait n’est pas flatteur. Heureusement, les francs-maçons, comme les auteurs de BD, aiment se moquer d’eux-mêmes :

Le meilleur moyen de cacher une conspiration, c’est de s’en moquer au grand jour. C’est classique, les conspirateurs qui ridiculisent leur propre conspiration dans un livre, ou une BD par exemple… (p.90)

En définitive, l’expérience maçonnique se révèle avant tout être une expérience humaine. Derrière la fraternité proclamée, les membres d’une loge donnent chacun un sens différent à leur engagement. Comme dans toute aventure collective, c’est à travers la rencontre avec l’autre et la confrontation des idées qu’ils apprennent, au fil du temps, à mieux de se connaître et à trouver leur place dans la société en tant qu’individus.

Soraya Belghazi
A propos Soraya Belghazi 155 Articles
Journaliste - Responsable Arts/Expos/Musées du Suricate Magazine

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  1. Une BD "Grand Orient" - Hiram.be

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