Entretien avec Philippe Taszman de Factory

Entretien avec Philippe Taszman, co-fondateur de Factory au Festival de Liège.

Philippe Taszman est un des co-fondateurs de Factory, nouvelle section du Festival de Liège lancée hier, véritable révélateur de projets belges, en cours ou terminés, à destination tant du public que de programmateurs internationaux. Nous avons eu le plaisir de nous entretenir avec lui à deux semaines du lancement de l’événement.

Philippe Taszman, où en est l’organisation de Factory, à quelques jours de son lancement ? Êtes-vous nerveux ?

Un peu nerveux mais confiant. Le théâtre c’est de la cuisine basse température. On est toujours un peu nerveux quand des projets qu’on a vu mijoter longtemps sont sur le point d’être lancés.

C’est la première édition de Factory. Quel a été le moteur de cette section pas vraiment parallèle mais plutôt imbriquée ?

C’est le résultat de plusieurs années de travail de trois partenaires : le Conservatoire Royal de Liège et sa section Arts de la Parole, Théâtre & Publics, une asbl qui s’occupe d’insertion professionnelle et qui a monté depuis 2008 une formation à la production avec l’aide du fonds social européen et le Groupov qui est habitué à des productions parfois très importantes. Le projet de ces trois partenaires est de pouvoir s’inscrire dans toute la filière de création pour aider au décloisonnement et permettre que les productions théâtrales vivent le plus longtemps possible et soient le plus professionnelles possible.

En quoi Factory se démarque d’autres projets qui donnent déjà une tribune à des spectacles en cours comme par exemple le Furious Festival du Théâtre de Poche ?

En fait, nous sommes un plateau. Nous offrons un accompagnement ainsi que des moyens financiers. Le Furious Festival donne accès à une scène, ce qui est une très bonne démarche. Nous avons vraiment un travail en amont et en aval. Factory est une structure de conseil, un centre de ressources et une structure de production qui s’occupe également de la diffusion.

Comme la programmation du Festival de Liège, on remarque une préoccupation politique et sociale, tournée vers l’international : le conflit israëlo-palestinien (L’impossible neutralité), le génocyde rwandais (9h05, le finisseur est de retour), les rapports Nord-Sud (La Rive), etc. La programmation s’est elle concentrée sur ces aspects-là où est-ce une caractéristique vraiment incontournable des spectacles aujourd’hui en Belgique ?

Je pense que dans les périodes très perturbées qu’on traverse, les artistes sont des plaques sensibles. Ils sont terriblement concernés par leur environnement : ils l’interrogent, le questionnent, s’en inquiètent et ces thématiques reviennent systématiquement. Il est vrai que le conflit israëlo-palestinien est très peu exploré au théâtre. C’est un conflit sur lequel on s’avance avec beaucoup de prudence. Il est important que le Groupov s’en empare car ça fait partie de notre actualité de tous les jours.

Quelle empreinte Factory veut-elle avoir sur le paysage théâtral belge ?

On cherche d’abord une complicité avec le public et les professionnels. C’est intéressant pour le public de voir des étapes de travail pour comprendre comment naît un spectacle. Il est aussi important pour les artistes d’avoir la réaction de ce public. C’est pour cela qu’il y a encore des formes courtes. Factory exprime également un désir de décloisonner. La Chaufferie travaille également dans le domaine audiovisuel. Nous avons la présentation d’un spectacle de trois humoristes belges qui ont fait leurs études au Conservatoire de Liège. Ce spectacle, Lapines, aborde une forme suffisamment intéressante pour en faire des petits clips vidéo, ce qui est une opportunité de production économique. Il va de soi que si les gens de théâtre peuvent peu à peu investir la télévision et faire des web-magazines, les retombées sont plus importantes pour eux et la visibilité est plus grande.

Factory vous permet donc une plus grande liberté dans la forme…

En effet. Ca permet une plus grande liberté et un travail en profondeur. On peut s’accorder un temps de recherche car une oeuvre est une création qui prend du temps. La maturation doit se faire et il faut un encadrement professionnel. On peut conseiller une série de personnes par des experts et par la diffusion. Sur les 3 jours de Factory, il y a toute une série de diffuseurs internationaux qui ont été invités pour voir des spectacles afin que nos artistes puissent exister internationalement.

Vous attendez un public plus professionnel ou un public plus large ?

Je crois que Factory va attirer un public relativement jeune car c’est le public du Festival de Liège et parmi eux il y aura des professionnels. Les professionnels ne peuvent pas remplir une salle, ce ne serait pas juste pour le public et l’ambiance serait différente. Nous aurons quand même des diffuseurs français, italiens, et canadiens qui viendront assister aux spectacles, mais ils ne constitueront pas la majorité du public.

La programmation à l’étranger de spectacles terminés est-elle l’élément qui a motivé la programmation dans le cadre de Factory ? Je pense à des spectacles comme Je vous envoie comme des brebis au milieu des loups ou Going Home, déjà présentés au Théâtre National par exemple ?

Ce sont des choix de programmation. Pour Going Home, la thématique était particulièrement intéressante. C’est l’histoire d’un immigré qui veut retourner chez lui. Son histoire va à contre-courant de l’image qu’on nous donne habituellement de l’immigration. C’est une très belle fable avec Dorcy Rugamba, un artiste d’origine rwandaise, entouré de musiciens et elle nous a paru tout à fait intéressante. Nous espérons en effet que ce spectacle puisse bénéficier de sa présence à Factory et connaître une plus grande diffusion a posteriori.

Que peut-on vous souhaiter pour la première édition et pour les prochaines ?

La Chaufferie sera un des éléments importants de cette opération. Nous allons développer des actions pour les années paires. Le Festival a lieu toutes les années impaires et nous voulons dépasser ce cadre afin d’exploiter au mieux ce superbe lieu qu’est la Caserne Fonck à Liège et permettre de présenter des spectacles au public également les années paires.

Mathieu Pereira
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