Criss Cross : une chorégraphie de Kyung-A RYu

Photo : © Hichem Dahes

criss cross balsamine 2

Chorégraphie et scénographie de Kyung-A Ryu avec Nora Alberdi et Raffaella Pllastrini

Du 1 octobre au 4 octobre 2014 à 20h30 au Théâtre de la Balsamine

Dans cette création originale, la chorégraphe coréenne Kyung-A Ryu nous livre un tableau extrêmement minimaliste. Au départ de la réflexion, la symbolique de la grille. Un quadrillage fixe mais amovible autour duquel les deux interprètes (Nora Alberdi et Raffaella Pollastrini) se meuvent. De la déambulation reptilienne à l’extraction progressive du corps dans l’espace libre, les fils se mettent eux-mêmes en mouvement et il faut un peu de patience pour que la scène se mette en marche. En effet, l’extravagance réside ici dans la retenue, le condensé ; la répétition, aussi. La métaphore est filée en parabole et on peut greffer à l’enchaînement bien des significations. Il y a beaucoup de latent dans la recherche chorégraphique de Kyung-A Ryu. Formée à l’Université des Arts de Séoul et venue en Belgique perfectionner ses recherches à la Cambre, la scénographe ne se contente pas de mettre en scène les corps mais s’improvise aussi sound designer puisque, en faisant appel à l’artiste du son Slavek Kwi, elle plonge le public dans une atmosphère végétale, minérale, surréaliste.

Les sons se superposent avec un certain mysticisme, inondant la salle d’une impression de régression : comme si tout à chacun, au même moment dans ce même espace, devenait ou redevait pierre. La projection de l’ensemble renvoie à quelque chose de profondément brut, premier, organique. Un avertissement toutefois : que les impatients et les adeptes des rebondissements intempestifs se méfient ; il ne fait pas voir dans le spectacle Criss Cross un show mais bien une performance magnétique et hypnotique qui traîne en longueur tout simplement parce que la lenteur semble inhérente au projet lui-même. Ultra-minimaliste, réducteur à l’excès mais innovant en tous points, Kyung-A Ryu prend des risques mais les avertis y trouveront une source de réflexion enrichissante et sans fin tant le concept d’infini s’évapore du tableau.

Justine Guillard
A propos Justine Guillard 92 Articles
Journaliste du Suricate Magazine

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