Compostelle, un documentaire qui se perd en chemin

Compostelle, le chemin de la vie

de Freddy Mouchard

Documentaire

Sorti le 21 juin 2017

Dans un monde où prime la vitesse, randonneurs et pèlerins sont de plus en plus nombreux à prendre les chemins de Compostelle (et poursuivre jusqu’à Fisterra considérée comme le point le plus occidental du monde jusqu’à l’époque médiévale). L’engouement a démarré fin des années 80 et ne se dément pas depuis lors, bien au contraire. Recherche de sens, quête individuelle, voyage initiatique, renouvellement… Sur sa route, chacun y met bien naturellement ses espoirs et ses envies.

Durant trois ans, Freddy Mouchard est allé sur les chemins de Compostelle à la rencontre des gens qui voyagent à pied. La première année, il est parti avec une caméra sans trop savoir s’il allait pouvoir faire un film. Pour en apprendre plus sur le voyage intérieur des pèlerins, il s’est laissé porter par les rencontres et les événements sans aucune volonté de contrôle. Un procédé qui lui a demandé un long travail de maturation.

Dans son documentaire, les pèlerins ne sont quasi jamais montrés de face. La caméra avance sur la route en leur compagnie. A l’aide de commentaires en voix off, on vit les étapes que traversent ces hommes à pied. Ce qui réjouit l’œil à travers la belle nature, ce qui nourrit l’esprit par le biais de signes ou de rencontres. Freddy Mouchard met en avant leurs questionnements car, évidemment, plus les pèlerins avancent, plus ils prennent du recul.  Confrontés à eux-mêmes, à la solitude, au silence, à la douleur, à la simplicité ou au dépouillement, beaucoup vivent ce cheminement ponctué d’entraves comme une leçon de vie. Ce sont bien souvent des hommes en rupture. Quelles sont leurs motivations ? Elles sont multiples : une envie de liberté totale dans un rapport espace-temps constamment renouvelé, l’espoir de voir un vœu exaucé, une promesse faite, une envie de prendre de la distance pour mieux se retrouver, un lâcher prise bien nécessaire…

L’idée de donner à voir, à capter et à ressentir à travers de belles images fait son chemin et donne (dans ses meilleurs moments) vie aux témoignages touchants de vérité des jacquets. La démarche permet également de rendre compte avec justesse de l’état d’esprit des randonneurs et pèlerins, voire de s’identifier à eux. Cependant, l’approche est trop souvent parasitée par une surcharge symbolique. Des marionnettes, des lettres en train de s’écrire, des citations et des jeux d’enfants (cubes, jeux de l’oie, marelle…) au charme désuet viennent maladroitement s’interférer dans le récit rendant malheureusement l’ensemble pesant. En outre, d’inutiles longueurs parcourent le Camino. Ce documentaire, un peu mièvre, aurait gagné à être mieux taillé.

 

Marie-Laure Soetaert
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Journaliste du Suricate Magazine