Le samedi, c’est le jour de la Night! Et cette année, elle était particulièrement attendue avec notamment un Toxic Avenger Unrated qui nous promettait une bonne avalanche d’immonde comme on l’aime ! Mais avant ça, on avait un casting XXL pour cette journée avec notamment le très attendu Pinocchio Unstrung et puis surtout Nirvanna The Band, The Show, The Movie qui se pose comme favori au Golden Raven. Rien que ça. Plongée dans une journée aussi longue que jouissive.

Orfeo : un bel objet de cinéma
Il y a des films qui, dès les premières images, imposent une texture. Une matière presque palpable, faite de couleurs, de contrastes, de visages qui semblent déjà appartenir à autre chose qu’au réel. Orfeo, premier long métrage de Virgilio Villoresi, appartient à cette catégorie-là : celle des œuvres qui séduisent d’abord par la rétine avant même de chercher à convaincre l’esprit.
Difficile, en effet, de ne pas penser au cinéma de Dario Argento face à cette manière très affirmée de travailler la couleur, les éclairages, les corps. Moins dans l’outrance, évidemment — ici, pas de débordement gore, pas de violence graphique — mais dans cette volonté de faire de chaque plan un espace presque autonome, un tableau qui respire par lui-même. À cela vient s’ajouter une dimension plus baroque et théâtrale, qui évoque par moments l’ombre de Federico Fellini. Le résultat donne l’impression d’un étrange enfant spirituel, quelque part entre le giallo et un cinéma italien plus traditionnel.
Le film revendique ainsi une identité visuelle forte, très lisible, presque frontale dans sa proposition. Villoresi ne cherche pas à dissimuler ses effets : il les expose, les assume, et parfois les pousse jusqu’à l’incursion inattendue. C’est notamment le cas de ces séquences en stop-motion, qui viennent ponctuer le récit de manière irrégulière. Elles ne s’intègrent pas toujours de façon organique au reste du métrage, mais apportent une étrangeté curieusement bienvenue, comme une rupture de ton qui viendrait fissurer la surface du film.
Reste que cette adaptation du mythe d’Orphée peine, par moments, à soutenir ce déploiement formel. Le récit, souvent relégué au second plan, semble se diluer dans une approche peut-être trop onirique, trop poétique pour véritablement nous atteindre. On se laisse porter, certes, mais sans toujours trouver de prise. Comme si le film refusait, volontairement ou non, de se laisser saisir.
Et pourtant, difficile de ne pas saluer l’efficacité de l’ensemble sur la durée. En à peine 1h15, Villoresi livre une proposition resserrée, précieuse, dans un paysage où les récits tendent parfois à s’étirer inutilement. On y perçoit une volonté claire : ne pas perdre son spectateur. Une attention qui fait du bien, à l’heure où certaines œuvres gagneraient sans doute à accepter la coupe.
Au final, Orfeo s’impose comme une carte de visite plus que prometteuse. Un film en demi-teinte, certes — plus chaud que froid — dont les failles n’annulent jamais totalement les qualités. Il intrigue, parfois déroute, mais donne surtout envie de voir ce que Virgilio Villoresi sera capable de proposer par la suite.
Un bel objet de cinéma, indéniablement.
Il ne lui manque peut-être qu’un récit à la hauteur de ses images pour pleinement s’imposer. Nicolas Vanderstraeten
Animal attrapé pour le BIFFFODEX: la mouche tsé-tsé qui te fait tomber dans les bras d’Orphée.

Sicko : tout ça, c’est la faute du capitalisme
De toute façon, c’est de la faute du capitalisme ! Jugez plutôt: Azamat est conducteur de taxi et un jour, il crashe sa voiture alors qu’il était occupé à insulter un client tout en ramassant sa canette de 8-6 qu’il avait fait tomber à ses pieds. Clairement, le coupable dans cette histoire, c’est le capitalisme ! Et puis, quand il décide de monter une arnaque aux dons en faisant croire à tout le monde que sa femme est atteinte d’un cancer de stade 4, encore un exemple frappant des ravages du capitalisme ! Et ce bouton que j’ai sur les fesses depuis une semaine et qui me fait mal au cul à chaque fois que je m’assied pour voir un film au BIFFF. Encore ce foutu capitalisme !
Dire que le cinéma kazakh arrive de plus en plus à se placer sur la carte du cinéma mondial, ça ressemble vraiment à une réflexion de pète-cul du festival de Cannes. Mais il n’empêche que c’est vrai ! Après l’excellent Zhaza, on en a une nouvelle fois la preuve avec Sicko, un thriller social violent mais réussi. Très loin de la barbarie de son petit frère, la réalisation d’Aitore Zholdaskali tend plus vers la comédie noire avec un soupçon de drame social. Un scénario simple, parfois un peu trop, des personnages ancrés dans leur réel et qui vont s’enfoncer de plus en plus dans une spirale dont ils ne pourront pas sortir, que demander de plus ?
Malgré un final plutôt prévisible, Sicko nous offre un bon moment de cinéma sans d’énormes ambitions mais avec de la générosité et ça, on aime ! Parce que les films radins, c’est encore de la faute du capitalisme ! O.Eg.
Animal attrapé pour le BIFFFODEX : un crabe.

Nirvanna The Band, The Show, The Movie : Retour vers le futur gagnant du Golden Raven
Attention pépite ! On nous avait tellement dit dans toutes les langues que Nirvanna The Band, The Show, The Movie allait être le meilleur film de ce BIFFF, je vous avoue qu’une part de moi espérait qu’il serait décevant. Juste par pur esprit de contradiction. Mais parfois, il faut s’incliner devant les prévisions et reconnaître qu’en effet, ce Nirvanna est une petite pépite qui mérite d’être connue et reconnue hors des frontières du festival. Le genre de film qui te donne la banane et qui arrive dès le départ à t’emmener dans son univers rempli de second degré et d’absurde.
Dans un hommage clair à Retour vers le Futur, on suit les pas de Jay et Matt dont la seule obsession est de jouer un jour au Rivoli, la plus belle salle de Toronto. Mais dans un plan totalement extravagant où Matt construit une fausse machine à remonter dans le temps, les deux amis vont se retrouver en 2008 où ils devront faire attention à ne rien faire qui pourrait modifier le futur. Ce dont ils ne vont évidemment pas tenir compte.
Dans un match de foot, il y a des jours où un joueur sait quand tout va passer et lui réussir. Comme Eden Hazard en 2018 contre le Brésil. Nirvanna, c’est un peu ça. Le film n’essaie pas d’être authentique, beau et d’une délicieuse absurdité, il le réussit. Du début à la fin, on se retrouve happé par son énergie communicative et son ton totalement décalé. Filmé à la manière d’un documentaire caméra à l’épaule, on retrouve un peu de The Office dans le film de Matt Johnson sans le côté cringe. Un excellent moment donc que rien ne viendra gâcher et une promesse tenu par l’organisation du festival. Même si OUI JONATHAN, j’ai quand-même préféré La Città Proibita ! O.Eg.
Animal attrapé pour le BIFFFODEX : une petite pépite.

Pinocchio Unstrung : un film sans langue de bois
Aaaah Pinocchio. On a tous des souvenirs émus de ce genre de dessin animé de notre enfance. Le nez de Pinocchio qui s’allonge quand il ment, la transformation en âne, le personnage de Jiminy Cricket, le radeau avalé par la baleine.
Et Rhys-Frake Waterfield nous vient avec son Pinocchio Unstrung et la ferme intention de ruiner tous ces beaux souvenirs d’innocence. Pour notre plus grand plaisir ! Après Winnie l’Ourson, le Poohniverse (ou Twisted Childhood Universe) continue à faire ce qu’il fait de mieux: déféquer sur les films qui ont fait notre enfance. Au moins, le projet est clairement annoncé et force est de constater que la promesse est largement tenue. Mais quand c’est Richard Brake qui joue Gepetto et quand Pinocchio a la dégaine du bébé de Sylvebarbe et Chucky, ça part très très bien !
Comme Pinocchio Unstrung, on ne va pas tourner autour du pot dans cette chronique. On était venu voir de la violence gratuite et un personnage Disney défoncer des gueules et torturer des gens de manière de plus en plus sadique, et c’est exactement ce qu’on a eu. Bien mieux réussi que Screamboat qu’on avait eu l’an dernier en ouverture de la Night, Pinocchio Unstrung garde son histoire et son déroulé simplet ça, on aime. Réalisé entièrement avec un animatronic pour le personnage de Pinocchio, les effets spéciaux et les scènes gores en font des caisses dans tout ceu qu’on peut avoir de plus jouissif pour le BIFFF. Alors préparez-vous à mettre votre cerveau sur off et à profiter d’1h20 de sangs et tripes aveugle. Nous, c’est tout ce qu’on demande. O.Eg.
Animal attrapé pour le BIFFFODEX : la meilleure des fées de l’univers Disney, la Fée Lation.

Toxic Avenger Unrated : Une Night qui commence à la perfection
La Night du BIFFF, ce n’est pas un sprint, c’est un marathon. Un marathon en vomissant, avec une diarrhée explosive et un monsieur qui te fout des aiguilles dans les yeux. Mais un marathon quand-même. Et dans un marathon, la première étape est toujours cruciale. Il s’agit de ne pas commencer trop fort pour ne pas se griller mais d’arriver déjà sur un bon rythme pour pouvoir le garder tout au long de la course.
Alors, quand le BIFFF avait annoncé Toxic Avenger Unrated pour début la nuit, vous vous doutez qu’on avait déjà une grosse bosse dans le pantalon à cette idée ! Alors en plus quand on nous donne Peter Dinklage (Tyrion Lannister) dans le personnage principal, Elijah Wood dans un rôle entre le Pingouin et Gollum et Kevin Bacon en méchant, on est totalement comblé ! Et le public de la Night en a eu pour son argent dès le départ. Parfois un peu lent, ce Toxic Avenger réussit néanmoins sans trop forcer à installer son univers crado et visqueux et à nous donner tout ce qu’on recherchait : un film qui ne se prend pas au sérieux, du gore et du mauvais goût. Beaucoup de mauvais goût. Alors pour débuter ce marathon, c’était exactement ce qu’il nous fallait ! Allez, encore trois films à tenir, je passe le relais à Loïc ! À vous les studios. O.Eg.
Animal attrapé pour le BIFFFODEX : une belle grosse limace visqueuse

Night of the Reaper : un Scream fauché
Ca faisait longtemps que je ne faisais plus la Night, par manque de temps et sûrement par flemme. Mais les circonstances font que parfois, l’occasion fait le larron. Mon autre boulot, celui où je veille sur le monde, au fond de ma tanière, quand les autres dorment, termine à 1h, juste à temps pour rejoindre les BIFFFeurs de la nuit après le premier film. Après une bière bien méritée, il est temps de découvrir cette Nuit de la Faucheuse, un film hommage aux films d’horreur des années 80. On pense instantanément à Red Mask, vu en début de festival et, malheureusement, les défauts sont les mêmes. Le film est lent, il ne se passe pas grand chose. Hormis la scène d’introduction et le dernier quart d’heure, c’est le vide, un vide qui se ressent d’autre plus qu’on est au milieu de la nuit et que la fatigue peut jouer des tours à tout le monde. On entendra d’ailleurs dans le public quelqu’un dire : « ça a changé l’ambiance de la Night, réveillez-vous ! » C’est vrai. Et faux. Car, il ne faut pas grand-chose pour que le meilleur public du monde se réveille : au hasard un talkie-walkie qui t’explose à la gueule ?
Mais ça ne suffit pas à sauver le film qui reste une pâle copie de Scream, sans le fun, qu’importe le twist final, un peu foutraque d’ailleurs. Il faut, par contre, rendre à Brandon, ce qui appartient à Brandon, cela reste un film sincère, un hommage de réalisateur à ce qu’il aime. Pour vous en rendre compte, je vous invite à lire la page Reddit du film où le réalisateur n’hésite pas à interagir avec les utilisateurs. L.S.
Animal attrapé pour le BIFFFODEX : un chien, un chien dans un film est souvent un chient mort et ici y en a beaucoup !

Dolly : mais tu vas l’achever, bordel ???
Pour le film suivant, on reste en Amérique du Nord. Et si il fut une époque où l’estampillage étatsunien d’un film était signe d’un minimum de qualité au BIFFF, le monde a bien changé. Le travail de programmation qui a été fait ces dernières années nous permet de découvrir autre chose que des débilités fauchées venues de pays exotiques mais plutôt des pépites venues tout droit de fin fond du Kazakhstan, d’Italie ou de Scandinavie. Donc, les films d’horreurs indépendants américains souffrent de la comparaison et semblent bien faiblards en comparaison. Un peu comme pour la bière. Si la Belgique reste maître en la matière, tout le monde en fait et on sera sûrement plus surpris par une brasserie confidentielle d’un pays balte que par des bières industrielles qui ont perdu leurs âmes (au hasard le trio Leffe-Grimbergen-Affligem).
Pour Dolly, on est dans les mêmes standards que Night of the Reaper : un réalisateur amoureux du genre a réussi à monter un film en hommage à ces prédécesseurs (comme Terrifier ou Massacre à la tronçonneuse) et, si on apprécie la sincérité du geste, on ne peut que souffrir devant le résultat final. Oui, il y a quelques scènes bien glauques, surtout grâce au personnage de cette poupée à la taille de golem, jouée par la star du catch non-binaire, Max The Impaler, mais on retient surtout que tout le monde plonge la tête la première dans les stéréotypes du genre, au premier degré. Certes, ça fait réagir le public du BIFFF qui tente de faire comprendre aux protagonistes ce qu’ils doivent faire, mais hormis cette tentative héroïque de changer le cours des choses, le film continue son petit bonhomme de chemin dans la médiocrité. Jusqu’à une fin totalement ratée, même pas sauvée par sa scène post-générique totalement inutile. L.S.
Animal attrapé pour le BIFFFODEX : des centaines de poupées au milieu de la forêt

Hold the Fort : une promesse presque tenue
6h du mat’, il nous faut garder quelques forces pour affronter le dernier film de la sélection, Hold the fort. Et c’est encore un film américain. Toxic Avenger était un remake ; Night of the Repear, une tentative de faire un film comme dans les années 80 ; Dolly un hommage moyen à d’honorables prédécesseurs ; Hold the Fort est plutôt la parodie, le film qui se prend pas au sérieux. Comme Friday the 69th, lors de la Z Movie Night, le meilleur moyen de faire passer la pilule des films de genre sans essayer de le renouveler, c’est de jouer sur l’aspect comique des choses. Et autant le dire, je suis plutôt friand de ce genre de propositions, le premier film mentionné étant, n’en déplaise à ceux qui ont voulu le programmer comme une grosse connerie, dans mon Top 3 du festival cette année.
Dans le cas de Hold the Fort, on nous promet du lourd quand même. Un couple, s’installant en banlieue, est convié à un apéro au club house de l’association des riverains dès leur arrivée. Tout le monde semble plutôt sympa, hormis leurs allusions à cette fameuse nuit de l’équinoxe qui va bientôt commencer et la bataille qui va suivre. Est-ce une blague ? Le fusil à pompe que le héros gagne à la tombola semble prouver le contraire. Et effectivement, un trou venu de l’enfer s’ouvre au loin et ils vont devoir affronter des vagues de monstres : sorcières, loups-garous, zombies kung-fu, chauves-souris kamikazes, etc.
Ne tournons pas autour du pot trop longtemps, il est passé 7h du matin et il est temps d’en finir et d’aller manger le croissant des héros qui sont restés jusqu’au bout. Le film commence très très bien, est plutôt drôle et certains protagonistes sont vraiment géniaux (poke Jerry, le président de l’asso qui ressemble à Ned Flanders). On peut même signaler quelques effets spéciaux fauchés mais sympathiques. Mais le soufflet finit par retomber. Par manque de moyens ou d’idées, on sent vite que les 1h10 du film ne sont pas une promesse d’intrigue à 1000 à l’heure mais plutôt du remplissage pour atteindre la durée minimum d’un long-métrage à coups de scènes trop longues ou de dialogues inutiles manquant plus d’une fois de nous sortir totalement du film où nous plonger dans le fond de notre siège pour piquer un petit roupillon. L.S.
Animal attrapé pour le BIFFFODEX : une chauve-souris kamikaze
Conclusion de la Night
Mais on a été plus fort que ça et je peux vous annoncer que ni Olivier ni moi n’avons dormi de toute cette Night ! Vous êtes fiers de nous ? Finalement, cette nuit n’a pas été si difficile à vivre : on a tellement de souvenirs de trouducuteries déglinguées ou de films trop longs ou trop bizarres lors des Night précédentes, qu’on ne peut qu’applaudir une sélection qui nous a permis de tenir. Mais, comme on l’a lu avant, c’est au détriment de l’originalité et du fun, car tout est resté finalement plutôt convenu, à l’image de ces films de genre indépendants qui nous viennent chaque année des USA.
Olivier Eggermont, Loic Smars et Nicolas Vanderstraeten
