Nous y sommes. Les quatre cavaliers de l’Apocalypse rédactionnelle sont enfin réunis au complet. On s’était promis, la main sur le foie, que cette deuxième journée allait nous transporter vers des sommets de génie horrifique. Sur le papier, la programmation vendait du rêve : du frisson, du bon nanar, des effets spéciaux visiblement réalisés sous Windows 95 par un stagiaire non rémunéré,… Mais il faut l’admettre, on était venus pour se faire retourner les tripes, on s’est parfois tourné les pouces. Attachez vos ceintures (et vos sacs à vomi), voici le récap’ en chanson de ce deuxième jour, garanti avec 0% d’objectivité et 100% de mauvaise foi !

Mārama, l’inceste tant que ça reste en famille…
Tout d’abord, une musique bien connue à mettre en fond pour vous mettre dans l’ambiance :
Pour les puristes, bien que la chanson évoque bien les chasseurs de baleines du 19ème siècle en Nouvelle-Zélande, je dois admettre que j’ai cédé au populisme en mettant cette chanson devenue culte sur TikTok, car le film est censé se dérouler en 1859 et la chanson semble avoir été écrite entre 1860 et 1870. Mais c’est chouette de lire une critique tout en écoutant une chouette musique non ? Allez, tous en chœur : 🎶 Soon may the Wellerman come, to bring us sugar and tea and rum… 🎶
Je viens de me rendre compte que le lecteur doit se sentir floué en passant d’un titre sur l’inceste et au final, un paragraphe complet sur un Sea shanty (chanson de marin). Donc revenons au film : pour débuter mon BIFFF, rien de mieux qu’un film néo-zélandais sur la culture maorie. Mais avec quelques pincettes tout de même, je me souviens vaguement de Dead Lands, diffusé au festival en 2015 qui m’avait épuisé, tant les codes de cette culture me semblaient étrangers, à coups de hakas trop longs, de cris et de tirages de langue.
Alors, on ne va pas le nier, dès le début, le réalisateur inaugurera sa présentation par un haka et le film n’en sera pas exempté, mais on est sur un style très différent de ce qu’on avait pu voir. Cette histoire familiale bien glauque, se déroulant dans un magnifique château anglais bien gothique comme il faut, a des qualités ! Tout n’est pas parfait et semble parfois utiliser des ficelles un peu faciles (à défaut de nous faire peur, c’est très beau visuellement) mais le parallèle entre inceste, colonisation et au final domination, est fort. Si on prend en compte que les films sur la culture maorie ne sont pas légion et que c’est le premier film de son réalisateur, il me semble important de jeter un œil à ce dernier. L.S.
Animal attrapé pour le BIFFFodex : la baleine chassée en Nouvelle-Zélande.

Vieja Loca, le torture porn sans porn-corns de ta grand-mère
Direction le Ciné 1, autrement dit l’endroit où nous étions juste avant et où nous serons également juste après puisque – by the way – il n’y a plus qu’une salle cette année. Une expérience immersive : tu ne choisis plus les films, c’est eux qui te choisissent !
Voici Vieja Loca, un film espagnol qui, au regard de ses scènes pluvieuses, a probablement été tourné à Charleroi.
Vieja Loca (non, nous ne ferons pas de blague avec Ricky Martin, tu nous prends pour des petits comiques ?), c’est l’histoire d’Alicia, une vieille folle qui appelle sa fille Laura toutes les dix minutes pour connaître la recette de la tortilla. Le problème ? Les EPHAD affichent complet et la baraque – l’héritage – tombe en ruine. Une seule solution s’offre à Laura : appeler son ex Pedro pour « gérer » l’ancêtre (parce que dans les moments critiques, rien ne vaut un type qui te l’a déjà fait à l’envers).
Uno, dos, tres… segundos después, Pedro débarque et en moins de temps qu’il n’en faut pour dire olé, il comprend deux choses essentielles. D’une part, Alicia était une bomba latina dans sa jeunesse et a vécu la vida loca avec son défunt mari, César, un aficionados du BDSM, cette catégorie réservée aux bricoleurs et aux esprits créatifs. Et de l’autre, Alicia est convaincue que Pedro est César. Pas “ressemble un peu”. Non. Est. César. Réincarné. Livré à domicile. Et comme toute bonne histoire d’amour toxique qui se respecte, elle est bien décidée à régler ses comptes. Tous ses comptes. Avec intérêts, pénalités de retard et supplément humiliation. Mais aussi – parce que la libido d’Alicia n’a, elle, pas encore pris sa retraite – à enfin rendre rigide le tiche de César !
En somme, un rape and revenge version troisième âge. Et franchement, au BIFFF, est-ce que ce n’est pas exactement ça qu’on est venu chercher ? Une expérience profondément inconfortable, vaguement obscène, et impossible à expliquer à ses proches. Bref : la verdadera copa de la vida ! M.M.
Animals attrapés pour le BIFFFODEX : un iench nommé Ricky et un piaf nommé Martin.

Plus forts que le diable : dis, je savais pas que tu roulais dans un kinder !?
Et toi, c’est quoi ta relation avec ton papa ? Moi perso, on a parfois eu une relation conflictuelle, mais en général, ça va plutôt pas mal. Mais si un jour je le voyais mendier devant l’entrée du Carrefour de Berchem Sainte-Agathe, je lui dirais clairement : « Papa, c’est la troisième fois de la semaine que tu viens demander de l’argent aux passants pour payer ta kétamine, mais vu que cette fois t’as mis des vêtements, je te laisse l’opportunité de rentrer avant que j’appelle les messieurs en blanc ». Et Joseph lui, il a carrément été jusqu’à accueillir son père chez lui quand il l’a vu. Ce que j’aurais été incapable de faire. Bah oui, mon appartement c’est pas l’Arche de Noé ! Mais Joseph lui, il a Alice dans sa vie. Mais bon, quand son paternel et ses potos du CPAS vont kidnapper sa copine pour la vendre à la bande à Epstein, c’est abuser légèrement de l’hospitalité des gens.
Les prémices de Plus forts que le Diable laissaient entrevoir un très beau potentiel. Et bon, en plus, Asia Argento hein. Mais au fur et à mesure que l’intrigue se met en place, ça cafouille. Et même, comme l’enchanteur, ça gatouille. Plus forts que le Diable, c’est un peu la version Tarantino de Dikkenek écrite par un Français. Bah oui, on savait pas ce qu’il voulait faire de Mélanie Laurent, notre Claudy national, après l’avoir mise dans le coffre de sa voiture.
Malheureusement, et malgré la bonne performance des acteurs et en particulier Melvil Poupaud, le film a parfois du mal à tenir la longueur et s’installe dans un chaos pas assez déstructuré que pour être jouissif mais suffisamment que pour être déconcertant. En bref, on aura passé un chouette moment général devant ce Plus forts que le Diable mais sans plus. Mais Asia, on t’aime ! O.Egg.
Animal attrapé pour le BIFFFODEX : un papaoutai.

The Red Mask, deux paires de slashes parlent de slasher
Allina est noire, lesbienne et scénariste ET américaine. Autant dire qu’elle se fait allumer sur les réseaux sociaux par les haters alors qu’elle est en pleine écriture de la suite de la franchise à succès Red Mask.

Elle décide donc de s’isoler au fin fond de nulle part avec sa meuf pour jouer les scènes du futur film et peaufiner l’écriture. C’est alors qu’un couple de blancs frappe à leur porte.

Et nos deux comparses s’exécutent ! S’entame alors une discussion entre nos paires de tourtereaux sur ce que devrait être le slasher dans un univers Woke.
En effet, il est devenu presque banal, dans certains cercles critiques en mal de transcendance, de réduire le slasher à une simple mécanique pulsionnelle : une succession de meurtres ritualisés, articulés autour d’une figure monstrueuse et d’une jeunesse condamnée par ses excès (de chirurgie). Comme le souligne très justement Allina, une telle lecture, bien que séduisante dans sa clarté, trahit pourtant une incompréhension fondamentale de ce que le slasher met véritablement en jeu : une métaphysique du retour, une phénoménologie de la répétition, voire, osons le mot, une ontologie du tranchant.
A cet égard, Deetz, la femme d’Allina, ajoute que le tueur masqué ne saurait être réduit à une entité diégétique. Il constitue plutôt ce que l’on pourrait appeler un opérateur de vérité. À travers lui, le film ne raconte pas une histoire, il révèle une structure. Celle-ci repose sur une tension essentielle entre visibilité et invisibilité. Le tueur est toujours déjà là, hors-champ, avant même d’apparaître. Il incarne une présence antérieure à la narration elle-même, comme si le récit n’était qu’un dispositif destiné à retarder l’inévitable surgissement de sa figure.
« OOOHHH NNNOOO » dit Greggy « Ryan » Bovino, regardant sa femme et ses gros seins siliconés. Lui s’interroge que, dépouillé du vernis théorique dont on l’affuble, que reste-t-il du tueur ? Une silhouette fonctionnelle, grossièrement motivée, dont la persistance tient davantage à la commodité scénaristique qu’à une quelconque profondeur ontologique.
Le prétendre « toujours déjà là » relève d’un tour de passe-passe critique : il n’est pas une présence primordiale, mais une entrée en scène différée, laborieusement orchestrée pour produire un effet, somme toute prévisible, de surgissement, ajouta Claire, dans une fulgurance dont elle seule a le secret.
Et au fond, que représente vraiment ce Red Mask dans l’histoire du BIFFF et du cinéma de genre ? La question mérite d’être posée, chers lecteurs. Car si l’on évoque le slasher, force est de constater que celui-ci demeure ici davantage une promesse qu’une réalité tangible. Et comme le résume si justement Olivier, plongé dans un état second quasi permanent : « C’était vraiment de la merde, je vais chercher une bière ! » M.M.
Animal attrapé pour le BIFFFODEX : une mouchette protéinée dans le verre d’Olivier.

Friday The 69th, Ôde à l’amateurisme !
Le BIFFF sait faire plaisir à son public et quoi de mieux qu’une deuxième night pour le faire fondre d’amour ? Sous le joli nom de la Z Movie Night, on s’apprête à découvrir deux films où le cerveau sera mis au vestiaire. Mais les gars sont malins, quand ils ont en bonus, un film au titre accrocheur avec des nazis africains adeptes de kung-fu, ils le mettent en deuxième partie de nuit et on doit d’abord voir Friday the 69th, sans craquer sous la pression (de la bière) et plonger dans les bras de Morphée. Tout semblait être un plan sans accroc. La seule chose qu’on n’avait pas prévue, c’était que ce Friday the 69th, soit un bon film ! Tourné à l’iPhone en compagnie de ses potes, Alex Montilla décide à un moment dans sa carrière « d’abandonner le perfectionnisme qui caractérisait mes courts métrages et embrasser l’imperfection créative » et réussit son pari.
Quitte à ne pas avoir de budget, autant l’assumer. Le gars décide donc de situer son film dans les années 80 et suivre une équipe de tournage, habituellement spécialisée dans le porno, de créer un slasher, genre à la mode depuis peu, afin de gagner plus de pognon en élargissant son public. Tout en suivant la lecture du scénario, on voit aussi le film se dérouler sous nos yeux et c’est hilarant. Les stéréotypes et les codes des slashers sont respectés à la lettre et le film est truffé de purs moments de comédies et de techniques dignes des meilleurs films suédés (si vous ne connaissez pas, je vous invite à découvrir au plus vite Soyez sympa, rembobinez ! de Michel Gondry.
Comme quoi, après une journée avec beaucoup de « pfff, c’est nul », on peut toujours tomber sur la pépite inattendue. Et c’est aussi ça le BIFFF. L.S.
Animal attrapé pour le BIFFFodex : la magnifique araignée en plastique qui fait hurler de peur tout le monde, sauf l’héroïne.

African Kung Fu Nazis II – Bum Bum ! : Ouilouillouillouillouillouillouille
Faut-il vraiment en dire plus ou bien le titre d’African Kung Fu Nazi 2 : Bum Bum se suffit-il à lui-même ? Car cette production ghanéo-germano-japonaise est porteuse d’une promesse, mais elle est également une réponse d’espérance tragique. Laissez-moi vous raconter.
BIFFF 2016. Bozar. Toute l’équipe du Suricate est réunie dans son lieu de prédilection : le fumoir. L’ambiance est joyeuse et le houblon coule à flots alors que nous venons de clôturer le visionnage d’un des plus gros nanars que nous ayons jamais vus. Au fur et à mesure de la soirée, l’ivresse du compagnonnage s’empare de nous et nous rend euphoriques. En particulier un membre de l’équipe : Matthieu Matthys. Jamais avare de bons mots et toujours prêt à godelurer, notre coquin cacographe lance d’une voix tonnante : « Eh bien moi, je vous parie tout ce que vous voulez que jamais on n’aura un plus gros nanar que ça au BIFFF ! Et si y en a un, je veux bien me faire fourailler par une troupe de gnous cannibales dysmorphiques séropositifs ! ». Ce beuglement à l’apparence anodine contenait pourtant une importance que nul, dans l’allégresse de notre amitié partagée, ne pouvait percevoir alors.
Mais ça, c’était jusqu’à hier. C’est approximativement à la quatrième séquence de bataille de kung-fu, avec des effets spéciaux dignes du diaporama de vacances au Cap d’Agde de mon grand-oncle, que ce moment m’est revenu avec toute la gravité qu’il portait. À partir de là, une angoisse sourde m’empêchait de profiter de ce chef-d’œuvre de cinéma contemporain qu’est African Kung-Fu Nazi 2 : Bum Bum. Avec une question lancinante : Et si c’était vrai ? Et si tu n’existais pas, dis-moi pourquoi j’existerais ? Mon trajet de retour ne fut que questionnement du même acabit. Et c’est dans mon insomnie que je décidai d’en avoir le cœur net. Mais avant que je ne puisse prendre les devants, mon téléphone sonna. DRIIIIIIIIIIING. « Allô Matthieu ? » ; « Non, c’est Maïté. » ; « Maïté, est-ce que quelque chose est arrivé à Matthieu ? » ; « Je ne sais pas Olivier, il n’est jamais rentré à la maison. Mais je viens de recevoir un message de son téléphone qui dit : « Matthieu ne rentrera pas. Dites à Olivier que le coupable, c’est gnous. » » Glacé, je laissa tomber mon téléphone. C’était donc bien réel. Mais la malédiction des gnous cannibales dysmorphiques séropositifs ne faisait que commencer son triste tour. Car bientôt, elle allait frapper à nouveau.
Si vous avez détesté ce scénario, dites-vous qu’il m’a pris 5 minutes à pondre. Ce qui est certainement cinq fois plus de temps que pour le scénariste de Kung-Fu Nazi 2 : Bum Bum.
Alors oui, si vous aimez les gros nanars, vous allez beaucoup rire… pendant 20 minutes. Après, quand on se rend compte que ça ne dépasse jamais le stade de la bonne blague entre potes, on commence légèrement à se faire chier. Clairement à réserver à un public averti qui sait à quoi s’attendre. Ces trois dernières phrases peuvent également s’appliquer à une chronique sur ma sex-tape. O.Egg.
Animal attrapé pour le BIFFFODEX : un gnou cannibale dysmorphique séropositif.
Loïc Smars, Matthieu Matthys et Olivier Eggermont
