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    Bichette, une apprentie jardinière qui a la fleur au fusil

    Pas l’ombre d’un nuage à Monmignon-Sur-Seine. Un soleil constant éblouit les passants qui en profitent pour se rendre au parc. Et si dans ce chaleureux écrin de nature, l’herbe n’est pas moins verte qu’ailleurs, ce n’est certainement pas grâce au travail du jardinier municipal. Gui n’est pas une bonne recrue. Si vous demandez à Nadine, la mannageuse, elle vous dira même que c’est une mauvaise herbe. Il a tendance à s’enraciner quelque part, à l’abri des regards, et à laisser son travail en friche. En fait Gui est la paresse incarnée. Et pour ce professionnel de la glande, esquiver les responsabilités est tout un art qui demande parfois certaines connaissances en manipulation.

    Doucement, le mode de vie de Gui commence, pourtant, à atteindre ses limites. Sa relation amoureuse s’essouffle. Nadine est sans cesse sur ses côtes. Mais, heureusement, alors que tout semble basculer pour Gui, le destin lui file un coup de pouce en mettant sur sa route Bichette, un petit bout de femme hirsute. Bichette – sa naïveté confondante, son amour pour la jardinerie et sa loyauté frôlant l’asservissement – fait d’elle une parfaite recrue pour Gui qui peut lui refiler tout son travail. La petite vingtaine, cette jeune femme, qui ressemble à un enfant, est engagée comme stagiaire bénévole et prend sa tache très à cœur. Entre les deux, naît une relation toxique dans laquelle le bourreau et sa victime endossent parfaitement leur rôle.

    Après s’être attaquée au sucre avec Junk Food, c’est une autre addiction – une addiction relationnelle – qui intéresse ici Emilie Gleason. On a tendance à rendre coupable Gui, cette espèce de version souillée de Popeye qui se pavane, la clope au bec, dans une salopette trop occasionnellement nettoyée. Pour le lecteur, mais surtout pour les colocataires de Bichette, il profite de cette jeune fille aux intentions trop pures. Il lui raconte des salades. Mais en creusant un peu, on se rend compte qu’il s’agit aussi d’un rapport malsain et déséquilibré que les deux personnages ont laissé s’installer entre eux. Pour l’un comme pour l’autre, cette relation devient alors isolante. Asphyxiante. L’aspect négatif est évident, mais aucun des deux ne parvient à se sortir du problème.

    La force d’Emilie Gleason, c’est bien sûr son humour. Le sujet ne favorise pourtant pas le rire. Relation toxique est souvent synonyme de souffrance et de tragédie. Mais Emilie Gleason en enrobant le tout d’une dose de fraîcheur et de dérision fait resplendir son récit comme le soleil de Monmignon-Sur-Seine. Elle tire profit de son dessin coloré et cartoonesque pour créer du comique. Et même s’il y a peut-être quelques longueurs dans l’histoire, on s’amuse toujours autant des trognes que peuvent avoir les différents personnages, tous plus loufoques les uns que les autres. Bichette est un petit condensé de plaisir qui fleure bon l’herbe fraîchement tondue et l’exploitation moderne.

    Cheyenne Quévy
    Cheyenne Quévy
    Responsable littérature

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    BichetteScénario : Emilie GleasonDessin : Emilie GleasonÉditeur : CastermanDate de parution : 1er avril 2026Genre :Roman graphique Pas l’ombre d’un nuage à Monmignon-Sur-Seine. Un soleil constant éblouit les passants qui en profitent pour se rendre au parc. Et si dans ce chaleureux écrin de nature, l’herbe n’est...Bichette, une apprentie jardinière qui a la fleur au fusil