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    [BIFFF 2026 Jour 6] Italie, Finlande, Kazakhstan, trois pays qui ne seront pas à la Coupe du Monde

    Mon BIFFF tout seul jour 1. On y est, excédés par mon humour, l’équipe du Suricate m’a abandonné à mon triste sort. Mais ce qui est bien avec le BIFFF, c’est qu’on voyage. Des montagnes italiennes aux steppes kazakhs en passant par la forêt finlandaise, le BIFFF c’est un peu comme un road trip de la noirceur humaine. Et les étapes de cette sixième journée ont été corsées avec un Ron Weasley en papa d’un petit troll, un revenge movie kazakh qui dégomme des gueules et un cult movie italien qui ne laisse pas indifférent. Je suis seul mais avec des bons films et c’est ça qui compte !

    The Holy Boy : madre de dio Santa Lucia de Galbani !

    Quand un film dure 2h au BIFFF, vous savez que vous prenez un risque en allant le voir. Bah oui, contrairement aux pizzas qui même quand elle sont mauvaises sont bonnes quand-même, un film de merde ça reste un film de merde. Mais là, il y avait un je-ne-sais-quoi dans l’affiche du film qui m’attirait, m’aimantait. Ah oui, carrément, je choisis mes films juste en regardant les affiches. Regarder les bandes annonces, c’est tricher. Et là, il y avait comme une voix qui m’appelait dans ma tête. Me commandait d’aller voir La Valle Dei Sorrisi, de son petit nom transalpin. C’est donc curieux mais légèrement farouche que je me glissais (en retard, merci la STIB) dans le ciné 1 pour voir l’arrivée de Sergio dans la petite ville de Remis.

    Terrassé par la troisième non-qualification de suite de l’Italie pour la Coupe du Monde ou par la mort de son fils, selon les versions, Sergio va aller donner des cours de gym dans cette petite ville de Remis où flotte une atmosphère ténébreuse. Et là, la petite voix dans ma tête se fait plus pressante. Ainsi, je me souviens qu’en latin, « remissus » signifie « relâché, adouci ou pardonné ». Merci monsieur Xhardez. Mais qu’est-ce qui me lie donc à cette petite ville de Remis ? Aurais-je des chose à me faire pardonner ? Vous avez la journée ? Bref, Sergio fait vite la connaissance de Matteo, un adolescent à qui il donne cours et qui a la faculté d’absorber les douleurs des personnes qui lui font un petit câlin. Plutôt pratique ! Sauf que Sergio va vite découvrir que toute la ville est complètement accro à Matteo.

    « Matteo, Matteo », me répète la voix dans ma tête. Je me souviens alors de mes cours d’étymologie des prénoms et que Matteo vient de « mattan » qui signifie don et de « Yahu » qui une abréviation pour Yahweh donc dieu. Matteo est donc un don de dieu. Merci monsieur Dusausoit. Mais quel rapport avec cette bande de toxicomanes accros aux câlins à un adolescent qui leur permet de se vider de…ok ok dis comme ça, ça la fout mal, je recommence. Mais quel rapport avec ces villageois qui ne peuvent pas s’empêcher de toucher un adolescent…non non toujours en fait.  

    Voyage transcendantal poignant, ce Holy Boy réussit très vite à nous emmener dans son univers brumeux coincé entre le drame social et le film de genre. Au final, on n’aura pas vu les 2h passer et le film nous amène un vrai questionnement sur la nature de nos addictions et notre incapacité à affronter en face nos souffrances. Sans être d’une originalité folle, il reste simple dans son traitement et malgré quelques longueurs on se prend très vite au jeu. Une preuve de plus que le cinéma italien est un bijou qu’il faut préserver (T’AS CAPTÉ GIORGIA ???)

    Et la petite voix dans ma tête ? Oh c’était le fantôme de Matthieu qui me poussait à prendre de la drogue au final. Rien de neuf sous le soleil. O.Eg.

    Animal capturé pour le BIFFFODEX : un gros cafard.

    Nightborn : première cuvée des trolls

    Qu’on se le dise en préambule : ce Nightborn n’est pas à mettre entre toutes les mains. Déjà parce qu’il y a un roux au casting (Rupert Grint alias Ron Weasley) mais aussi et surtout parce que le sujet traité peut être traumatique ou traumatisant. Parce que vous, vous feriez quoi si votre enfant sortait du ventre de sa mère avec la dégaine de Chewbacca et l’agressivité de Marco Materazzi ? C’est exactement ce qui arrive à Saga et John. Perdus dans la forêt finlandaise, ils tentent d’élever leur petit monstre et de sauver leur couple du naufrage. Sauf que vous vous en doutez, ça ne va pas être de tout repos et ils ne s’en sortiront pas indemnes.

    Nightborn a un gros défaut : traiter du même sujet que l’excellentissime Huesera de Michelle Garza Cervera présenté au BIFFF 2022, un chef d’œuvre d’horreur maîtrisée. Le sujet en question : la dépression ou la psychose post-partum et le rejet du nouveau-né par la mère. Heureusement, le film d’Hanna Bergholm choisit une voie totalement différente pour traiter du sujet. Avec une approche très frontale reposant sur une base mythologique tribale, Nightborn nous offre un magnifique huis-clos qui arrive à alterner violence et humour noir d’une bien belle façon et porté par un casting absolument parfait. Je l’avoue, j’étais plutôt mitigé en sortie de salle. Parce que la comparaison avec Huesera (qui n’a pas lieu d’être) était encore présente dans mon esprit. Avec la tête reposée, l’expérience digérée et le flingue de Jonathan pointé sur ma tempe, je dois bien reconnaître que Nightborn apporte un véritable plus-value à la thématique et nous offre un film sombre mais parfaitement maîtrisé.

    Alors, si votre pire ennemi va avoir un enfant, n’hésitez pas à lui conseiller Nightborn. Avec un peu de chance, son bébé sortira poilu comme Kuura ou pire, roux. O.Eg.

    Animal attrapé pour le BIFFFODEX : un petit troll tout poilu.

    Zhaza : This is niiiiiiice

    Autant vous prévenir tout de suite, aller voir un film kazakh qui m’a été fortement conseillé par Jonathan (le co-big boss de cette merveille qu’est le BIFFF) ne me laisse pas un bon souvenir. Parce qu’il y a deux ans, je dois bien avouer que je n’avais pas du tout accroché à Steppenwolf. Alors oui, il avait gagné le Golden Raven. Mais j’étais resté totalement hermétique à ce déchainement de violence dans une ambiance morne et lente. Peut-être le fait d’avoir été le voir avec mon ex à ce moment ou l’état d’esprit dans lequel j’étais. Cependant, mon père m’a toujours dit qu’il ne fallait pas rester sur nos premières impressions. Et que même si ça ne rentre pas la première fois, ça ne coûte rien de retenter l’expérience.  Alors contrairement à mon ex, j’étais prêt à donner au cinéma kazakh une seconde chance avec Zhaza. D’autant que Jonathan m’avait assuré : « Mais non, c’est totalement différent de Steppenwolf t’inquiète. » Excuse-moi Jonathan mais un vieux briscard qui déglingue tout ce qui bouge dans un déchainement de violence c’est pas ce que j’appelle totalement différent ! Mais soyons de bon compte, il avait raison au final. Parce que loin de la lenteur contemplative de Steppenwolf, ce Zhaza nous emmène dans un revenge movie sordide, poisseux et au chaos parfaitement maîtrisé.

    On suit Aslan, un vétéran de la guerre d’Afghanistan, qui aide les pontes de la police locale totalement corrompue. Car c’est bien simple : dans Zhaza, tous les personnages sont des enflures. Sauf Assel, la fille d’Aslan. Pas de chance, quand t’es le seul slip propre dans un panier plein de traces de freinage, tu finis aussi par sentir la merde. C’est ce qui va arriver à Assel, ce qui va déclencher la rage vengeresse de son paternel qui va entrer en mode berzerk.

    Autant vous le dire, Zhaza n’est pas le film joyeux qui va vous donner la banane. Si oui, faut consulter. Mais avec son film, Darkhan Tulegenov nous livre une prestation magistrale de revenge film. Une sorte de Irréversible à la sauce Borat qui nous happe directement dans une univers glauque, malsain et terriblement toxique. Un monde dans lequel les hommes (toujours les hommes) sont tous des ordures parce que les hommes avant eux l’ont toujours été et que ceux après eux le seront aussi. Sans aucune place pour la rédemption.

    Alors au final, merci Jonathan de m’avoir fait changer d’avis sur le cinéma kazakh. Et merci Tulegenov de donner une si belle image du Kazakhstan. On comprend mieux pourquoi Borat voulait se barrer de là ! O.Eg.

    Animal attrapé pour le BIFFFODEX : un petit Quokka tout mignon pour contraster avec la noirceur du film.

    Olivier Eggermont

    Olivier Eggermont
    Olivier Eggermont
    Journaliste du Suricate Magazine

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