D’après le roman de Dostoïevski
Mise en scène Karine Birgé
Jeu Cyril Briant, Marie Delhaye
Du 4 avril au 11 avril 2026
Au Théâtre des Tanneurs
La compagnie Karyatides propose une version très particulière de Crime et châtiment, l’œuvre de Dostoïevski, à la fois claire, charmante, musicale, épurée et finalement très accessible. Deux comédiens très talentueux, Cyril Briant et Marie Delhaye, endossent les rôles des nombreux personnages du roman, tout en manipulant des statuettes, poupées et autres représentations des différents protagonistes. Le résultat est époustouflant. Du théâtre d’objet comme on l’aime, où chaque figurine est manipulée avec une telle dextérité qu’elle semble prendre vie, et où les sentiments sont maîtres du récit. Une véritable réussite.
Le décor est simple mais remarquablement pensé (mise en scène par Karine Birgé). À l’avant-plan, la barre : on pressent déjà que tout cela se terminera par un procès. Ensuite, différents éléments — un banc, un samovar, un petit comptoir, une table — apparaissent, chacun ayant sa fonction. Fumigène compris, l’atmosphère slave est restituée avec justesse.
Raskolnikov, personnage central, jeune, intelligent et tourmenté, a décidé d’arrêter l’université. Il ne supporte plus la misère ni « l’arrogance des puissants ». N’ayant aucune ressource, il est contraint de fréquenter une vieille femme, Aliona Ivanovna, prêteuse sur gage, qui n’a aucune pitié pour les pauvres bougres dont elle exploite la détresse.
Dans le café, lieu de rencontres et de débats, les idées germent, et pas toujours les meilleures. Différents personnages orientent le récit : la pauvre Katerina Ivanovna, qui a trois enfants à nourrir, son mari Marméladov, trop porté sur la boisson, et Sonia, contrainte de se prostituer pour subvenir aux besoins de sa famille. Même s’ils ne sont que deux sur scène, les acteurs font également apparaître la sœur de Raskolnikov, Dounia, le futur mari de celle-ci, Loujine, ainsi que bien d’autres figures encore.
La psychologie des protagonistes est mise en avant, certains étant intéressés ou tiraillés entre le bien et le mal, dans une société qui n’offre aucune échappatoire à la misère. Bien que l’intrigue soit ici condensée, elle est rondement menée par deux interprètes en pleine maîtrise de leur art : la synchronisation des changements de rôles et la gestuelle des figurines sont exceptionnelles. Il convient également de souligner l’interprétation des chansons, qui rythment le récit tout en atténuant son aspect dramatique. Cet apport musical, à la fois charmant et inattendu, confère à l’ensemble une dimension singulière. Tout cela est mené tambour battant en 1 h 15. À ne pas manquer.
