[BIFFF 2022 : Jour 3] Un Indien qui ne passe pas, du cinéma belge et un article dont tu es le héros

The Breach : Mangez 5 fruits et légumes par jour

Les connaisseurs du BIFFF le savent, la séance de 14h est risquée. Souvent, elle sert à démarrer sa journée avec la banane grâce à un film plutôt insipide qui se laisse néanmoins voir et qu’on aura oublié deux jours plus tard. Croyez-le ou non, c’est avec ces mêmes termes que mes ex qualifient une nuit passée avec moi. On ne vous raconte pas des salades ici. Et je ne vais pas vous faire poireauter plus longtemps, ce The Breach rentre très clairement dans cette catégorie de film pour lesquels le réalisateur a surtout voulu mettre du beurre dans les épinards. L’histoire commence tranquillement avec un policier au cœur d’artichaut qui découvre avec horreur un cadavre qui ressemble plus à un hachis parmentier (8 tickets dans le stand food truck btw) qu’autre chose. Décidé à élucider cette histoire pour ne pas faire chou blanc à quelques jours de sa mutation, il décide de ramener sa fraise à la maison perdue où habitait notre néo-décédé, le Frankenstein local. Histoire d’être sûr de se prendre le chou il amène aussi avec lui son ex et l’ex de son ex. Pas d’exception. T’as la ref ? Inception, ex-ception. OK, public difficile. Très vite, notre héros va se rendre compte que des choses étranges se passent dans cette maison mais c’est déjà trop tard, les carottes sont cuites pour lui.

Parti à la pêche aux références du genre des années 80, ce The Breach tente de couper la poire en deux en nous livrant quelques éléments plus modernes mêlés à une ambiance très vintage et des références sorties tout droit de Bad Taste. Pas de quoi tomber dans les pommes donc même si on regrettera que le film n’appuie jamais vraiment sur le champignon.

Mangez cinq fruits et légumes par jour. O.E.

Ajagajantharam : À tes souhaits

Certains moments charnières d’une vie servent parfois de points d’ancrage pour une remise en question sérieuse. Pourquoi suis-je resté aussi longtemps avec cette femme ? Est-ce que j’aime mon travail ? Cette 12e Troll de la soirée était-elle bien nécessaire ? Pourquoi ai-je choisi consciemment d’aller voir Jajatharagaja ? Sûrement influencé par la séance épique de Baahubali au BIFFF 2016, c’est pourtant avec enthousiasme que je me rendais à ce Garathajajtha. Un enthousiasme vite douché puisqu’autant vous le dire tout de suite, il ne se passe rien. L’histoire tient en deux lignes :

À un festival en Inde, un dresseur d’éléphant met une tarte à un gars bourré, ses potes vont vouloir se venger et rameutent tout le village pour leur défoncer la gueule. Grosse baston.

Et voilà en 10 secondes ce que Rajajajajaghatha nous livre en près de deux heures. Si au moins le réalisateur avait retiré tous les ralentis inutiles du film censé donner un côté épique (spoiler alert : c’est raté) à sa réalisation, le film aurait duré une heure en moins. Bref, on s’est fait chier malgré quelques chansons plutôt enthousiasmantes pour un public qui a tenté de faire l’impossible : se divertir et passer un bon moment devant ce Thajajagagatumaram. À mi-chemin entre un documentaire LN24 sur la culture indienne et la fête de village beauf des consanguins du coin, le bébé de Tinu Pappachan n’arrive jamais vraiment à démarrer et à offrir quelque chose de cohérent. Heureusement que la baston finale vient nous donner quelques moments magiques comme seul Bollywood peut le faire. Pour le reste, on passe son chemin. O.E.

Moloss : « chien qui aboie ne mord pas »

Maintenant que les films de la journée se passent dans la grande salle du Ciné 1, le Ciné 2 est devenu une salle alternative pour passer des soirées hors des sentiers battus ou découvrir une soirée thématique. Ce mercredi soir sera belge ! D’un côté, un film d’action avec Abdelkrim Qissi (un des antagonistes de Jean-Claude Van Damme dans Full Contact ou Le Grand Tournoi), de l’autre un film poisseux sur le dépeceur de Mons. Si dans les deux cas, production belge oblige, on a eu des salles remplies des équipes des films, le ressenti sera bien différent.

Dès l’entrée de la salle où sera projeté Moloss, on ressent vite qu’on est plus au milieu d’une projection privée pour toutes les personnes qui ont participé au film, avec leurs amis et leurs familles. Tout le monde se connaît, se dit bonjour et l’ambiance n’est que private joke et les habitués du BIFFF semblent fort peu présents. Dès les premières minutes de la bobine, on se rend compte qu’on est réellement pris au piège et que le plaisir des uns sera la corvée des autres. Si pour une majorité de la foule, le plaisir est certain de se voir à l’écran, pour le spectateur neutre, on assiste plutôt à un défilé d’images maladroites accompagnées d’un mixage son assez étrange. Ne voulant pas trop gâcher la fête, je préfère m’éclipser rapidement et rejoindre mes collègues déjà présents pour se préparer à affronter les films de 20h30 et 22h30. Mais ceci est une autre histoire (si tu veux savoir ce qu’il s’est passé durant ces deux séances, je t’invite à te rendre directement aux articles d’American Carnage et de Deadstream). L.S.

Megalomaniac : mon papa à moi, est dépeceur, mon papa à moi est dépeceur…

Cette fois encore, le public a l’air acquis à la cause du film : toute l’équipe est dans le public ! Mais on dirait que les festivaliers ont aussi décidé de se joindre à l’ambiance. Changement total, les invités communiquent avec le public et l’actrice Eline Schumacher remporte même un vif succès en chantant Naître et mourir la paix, une sorte de comptine pour adultes (ça me rappelle quand je chantais ça durant ma vie étudiante…) où vous chantez à chaque fois une syllabe en plus. Je vous laisse essayer, ça donne à chaque fois des résultats assez étonnants (si tu veux savoir ce qu’il s’est passé en Ciné 1, pendant qu’on s’amuse, je t’invite à faire un tour du côté des articles d’American Carnage et de Deadstream).

Mais revenons au film. Megalomaniac raconte, comme Stomy Bugsy braillant que son père est un gangster, la vie d’un frère et d’une sœur, héritiers du tristement célèbre dépeceur de Mons. Ce dernier a placé un peu partout des sacs poubelles avec des bouts de corps de ses victimes et n’a jamais été retrouvé. Autant dire que les deux ne vont pas très très bien. D’un côté Félix (Benjamin Ramon) qui n’arrive pas à contrôler ses pulsions et veut jouer l’homme de la maison en continuant sur les traces de papa. Et de l’autre, Martha (Eline Schumacher) qui est renfermée sur elle-même et travaille discrètement de nuit comme femme de ménage dans une usine. Mais un jour, ses petits copains de l’usine qui la traitent de grosse moche en permanence, décident de la violer chaque nuit. Il n’en fallait pas plus pour réveiller la prédatrice qui dormait en elle. Le film de Karim Ouelhaj réussit brillamment à susciter le malaise dans un public étonnamment calme. Car le bougre sait filmer le poisseux, la folie, la torture, le dégueulasse, bien aidé par l’interprétation impeccable de son acteur et de son actrice. Peut-être que l’on se permettra juste de pointer la surabondance d’artifices divers pour symboliser la folie de la petite famille, pas forcément nécessaire pour renforcer l’ambiance du film. L.S.

 

« American Carnage », la critique dont tu es le héros

20h30, nous voilà devant American Carnage… ou plutôt la salle qui nous accueillera puisque le film commencera avec un léger retard. Pas de quoi nous effrayer, direction le bar pour boire de la Troll en attendant. Une demi-heure plus tard, nous revoilà dans la salle Ciné 1 pour une séance mainstream entre à ma gauche, une dame qui sent le pop-corn chaud (tu souhaites aller t’acheter des pop-corns ? Rendez-vous au paragraphe 4) et à ma droite, l’un de nos journalistes clairement sous influence du houblon (tu désires discuter avec lui ? rendez-vous au paragraphe 3).

Bref, voici American Carnage. Dans ce long métrage made in America, on suit l’histoire de plusieurs jeunes latinos soudainement emprisonnés suite à un décret organisant l’arrestation des enfants d’immigrants sans papiers. A coup d’images d’archives sur les dérives de la politique migratoire des Etats-Unis, la réalisation nous embarque dans un film a priori sérieux. De fait, peu de cris s’échappent de l’assistance. Trois clés de bras, un camp de transit et cinq vannes plus tard, nous voilà dans un home pour personnes âgées. Car oui, pour avoir la chance de rester dans le pays de l’Oncle Sam et travailler comme un forçât dans un McDo jusqu’à leurs 85 ans, nos jeunes ont l’opportunité de changer des couches et servir des panades dans un home. Et là, ça crache ! Non pas les vieux, mais bien les enceintes de la salle (deux portes narratives s’offrent à toi : si tu penses que les vieux vont manger les jeunes, rendez-vous au paragraphe 5 ; si tu penses que les jeunes vont se faire les vieux puis les manger, rendez-vous à l’hôpital psychiatrique).

Les enceintes crachent, le film s’arrête, les lumières s’allument, le couple en pleins ébats se rhabille au fond de la salle et je demande à mon collègue et voisin si le monsieur bottoxé à l’écran n’est pas Eric Dane de la série Grey’s Anatomy, alias Dr Glamour. Celui-ci me répond : « je n’en sais rien du tout, je n’ai jamais regardé cette série, je ne sais même pas de qui tu parles ! D’ailleurs, je vais me chercher une Troll, j’ai soif, ce n’est que la quinzième de la journée. Au fait, tu savais que Trump est un extra-terrestre venu sur Terre pour… ». Ce monsieur est critique cinéma. Tout est dit.

Nous voilà donc parti vers la cour centrale et le bar où, comble du désespoir, il n’y a pas de pop-corns mais bien des foods trucks à l’ardoise alléchante. Vu que le film est arrêté et que la reprise se fera à une heure incertaine, nous décidons de nous sustenter. Au final, le film ne redémarrera pas, ni même celui qui le suivra. La tristesse dans l’âme, nous vous proposons dès lors une suite logique.

(suite espérée) Nos jeunes latinos arrivent dans le home où tout le monde est louche. Logique ! Ce sont en réalité de vieux cannibales, des viandosaures, qui commencent à trouver la panade boulgour-panais un tantinet dégueulasse et décident de se faire livrer un menu tex-mex par Uber Eats. Ils mangent tous les ados, sauf un. Celui-ci tue tous les vieux grâce à un pangolin magique, s’en va, vécut heureux et eut beaucoup d’enfants pour voler la sécurité sociale. On rigole, il n’y a pas de sécurité sociale pour les pauvres aux USA. M.M.

Deadstream : Rendez-vous en terre d’un con nu

Après les octogénaires cannibales fantasmés par mon collègue Matthieu dans American Carnage (oui oui, il a des fantasmes bizarres et vous devriez voir son historique internet c’est pire), c’est avec une bonne dizaine de Trolls supplémentaires dans le pif que je me rendais à la séance de 22h30 et à un Deadstream qui s’annonçait épique. Le BIFFF nous promettait même « l’équivalent d’Evil Dead à l’époque de Youtube ». Rien que ça ! Ignorant les avertissements douteux de ce qui ne pouvait être que des SDF sous crack qui me disaient que le film était annulé, je me mettais à la recherche du Ciné 1 dans une quête longue et semée de Bush. Si tu penses que j’ai trouvé le Ciné 1, va au paragraphe 2. Si pour toi je ne l’ai jamais trouvée, va au paragraphe 3. Si tu penses que j’ai un problème avec l’alcool, va te faire foutre, t’es pas mon père.

C’est après un vortex temporel de quelques minutes que je réussis enfin à rentrer au Ciné 1 ! Exploit d’autant plus apprécié qu’il n’y a aucune file pour rentrer dans la salle. C’est rare au BIFFF, donc on ne va pas cracher dessus. C’est donc avec délectation et rempli d’espérance que je m’installais dans le fond de la salle au balcon pour pouvoir poser ma tête en cas de (légère) somnolence. Après quelques minutes d’attente, toujours pas de Stéphane à l’horizon. Je quitte donc la salle en prenant soin de réserver ma place en y laissant mes sous-vêtements, je passe devant le ciné 2 et descends les escaliers pour me rendre au bar. Et là, stupéfaction, personne. Paniqué à l’idée de me retrouver dans un mauvais remake de 28 jours plus tard, je me rends au fumoir pour trouver âme qui vive. Désert. Même Loïc n’y est pas, c’est que quelque chose cloche. Même chose à l’étage supérieur des Bozar. Rien. Wahlou. Je me rends à l’évidence, j’ai sûrement dû ouvrir une porte vers un univers parallèle où le BIFFF n’existe pas. C’est la seule chose qui explique ce Bozar entièrement vide. Ne supportant pas la vacuité de cette existence où le BIFFF n’est pas, je décidais donc d’aller faire un tour dans le canal à trottinette. Chiasse, encore raté. Avec les déviations du plan Good Move, je me retrouvais à La Panne quelques heures plus tard. Soirée de merde.

Y a pas de paragraphe 3, t’as pas compris que le film il a pas été projeté ? Alors maintenant tu rentres chez toi et tu arrêtes ces conneries Olivier. Comment ça t’es à Bozar et y a personne ? T’es débile, le BIFFF est revenu au Passage 44 cette année. Une pandémie ? Faut vraiment que t’arrêtes de boire hein t’inventes n’importe quoi. Comment ça faut sauver l’Ukraine ? Allez je viens te chercher t’as l’air plus défoncé que la tête de Steve Buscemi. O.E.

Matthieu Matthys, Olivier Eggermont et Loïc Smars

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Journaliste du Suricate Magazine