Mademoiselle, thriller érotico-paranoïaque au pays du matin calme

Mademoiselle

de Park Chan-wook

Drame, Thriller

Avec Kim Min-hee, Kim Tae-ri, Ha Jung-woo, Cho Jin-woong, Kim Hae-sook

Sorti le 14 décembre 2016

Reparti bredouille du dernier Festival de Cannes, le dixième film du coréen Park Chan-wook est le premier de celui-ci à s’aventurer sur les terres du film d’époque mais reste très ancré dans son cinéma de la virtuosité technique, fait de scénarios complexes et retors, aux rebondissements se voulant étourdissants.

Dans une Corée colonisée par le Japon, au milieu des années 30, Sookee est engagée comme servante auprès d’une jeune femme fortunée, Hideko. Pilotée par un escroc qui en veut à l’argent de Hideko, Sookee a pour mission de pousser sa maîtresse à épouser celui-ci. Mais Sookee tombe sous le charme de Hideko et les choses ne se passent pas vraiment comme prévu.

Scindé en trois parties – tout comme le roman Du bout des doigts de Sarah Waters, dont il est l’adaptation –, Mademoiselle fait reposer tout son enjeu dramaturgique et son principal effet de surprise dans la transition entre sa première et sa seconde partie, laquelle opère un changement de point de vue après un « twist » mémorable.

Park-Chan-wook met en place un petit jeu de manipulations entre trois personnages centraux dont on ne sait plus, à mi-parcours, lequel manipule quel autre. Lorsque le spectateur pense avoir compris de quoi il retourne et mis à plat les tenants et aboutissants d’une intrigue à tiroirs, la répétition du même récit sous un point de vue différent vient lui montrer que les apparences sont encore plus trompeuses que ce qu’il pensait.

Si le film tire une grande partie de son efficacité jouissive de son scénario à double tranchant, la mise en scène ostensiblement virtuose de Park Chan-wook abonde dans le sens de cette idée d’un cinéma de la maîtrise et de la direction du spectateur. Si l’on peut lui préférer un cinéma qui laisse une plus grande marche de manœuvre à celui qui le regarde, une plus grande part de réflexion et de liberté, on ne peut que se laisser porter et manipuler par un film qui se veut un spectacle total, traversé çà et là par des accès de folie dus à sa dimension de thriller érotico-paranoïaque.

Thibaut Grégoire
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Journaliste du Suricate Magazine

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