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    [BIF Market 2026 Jour 2] Provoquer la rencontre, semer des graines

    Cette seconde journée au BIF Market démarre sur les chapeaux de roue. Pas le temps de s’échauffer, ici, ça enchaîne directement avec les rencontres professionnelles organisées par Amplo, une structure belge un peu hybride — à la fois agence d’intérim artistique, bureau social, et véritable pont entre les artistes et les structures de production — qui s’inscrit depuis maintenant trois ans dans la dynamique du BIF Market.

    Sur place, j’ai l’occasion d’échanger avec Anaïs Pirenne, responsable de l’événement pour Amplo. Elle me confirme ce que l’on ressent assez vite en mettant un pied dans la salle : ces rencontres, organisées sous forme de speed dating, sont pensées comme un accélérateur de connexions. Réalisateur·ice·s, scénaristes, producteur·ice·s s’y croisent, parfois pour la première fois, parfois pour prolonger des discussions entamées la veille. On reconnaît d’ailleurs certain·e·s visages déjà aperçus lors de la première journée — preuve que les trajectoires commencent à se croiser, à se recroiser.

    Amplo ne se contente pas d’organiser ces rencontres. La structure est également impliquée dans le programme Pitch Box, dont le palmarès sera dévoilé vendredi, en clôture de cette dixième édition du BIF Market. À la clé pour le ou la lauréat·e : une aide concrète à l’écriture de scénario, accompagnée des services d’un script doctor, afin de permettre au projet de franchir un cap décisif. Une condition cependant : qu’au moins un·e artiste du projet entretienne un lien direct avec la Belgique. Pour le reste, la démarche se veut ouverte — inutile d’être inscrit chez Amplo, ni même accrédité au BIF Market pour participer à ces rencontres. Une volonté claire d’élargir l’accès, de décloisonner un milieu qui peut parfois donner l’impression de fonctionner en vase clos.

    Dans cette logique d’ouverture, Anaïs Pirenne évoque également Crew Booking, une plateforme en ligne qui permet aux professionnel·le·s de l’audiovisuel de rester informé·e·s de ce type d’événements. Là encore, l’idée est simple : multiplier les points d’entrée, rendre les rencontres possibles, accessibles, presque naturelles. Et surtout — point non négligeable — l’inscription est ouverte à tou·te·s.

    Mais au-delà des structures, ce sont surtout les trajectoires individuelles qui donnent chair à ces rencontres. J’ai ainsi pu échanger avec Emilie Millot (@emilie_millot_real), réalisatrice belgo-française venue défendre un projet en cours. Ses attentes sont précises : trouver un accompagnement à l’écriture — un regard extérieur capable de faire évoluer son scénario — mais aussi rencontrer des producteur·ice·s minoritaires, dans une volonté affirmée de préserver une certaine liberté artistique. Travailler avec des structures plus petites, moins dirigistes, pour rester au plus proche de sa vision.

    Elle pose également un regard lucide sur les dynamiques de production actuelles. Selon elle, la Belgique apparaît aujourd’hui comme une terre plus accueillante que la France pour le cinéma de genre. Plus ouverte, plus curieuse, peut-être. Mais sans pour autant être totalement affranchie de certaines réticences : des deux côtés de la frontière, les propositions restent encore relativement sages, parfois prudentes. Une ouverture, oui — mais mesurée.

    Dans tous les cas, rien ne se fait dans la précipitation. Les rencontres s’enchaînent, les discussions s’amorcent, mais les collaborations, elles, prennent du temps. Un constat partagé par Aymeric Bolé (@aymeric_bole), producteur, scénariste et réalisateur, croisé à la fin de la matinée. Présent pour la troisième fois à ces rencontres — cette fois à l’initiative directe d’Amplo — il insiste sur l’importance de ces espaces d’échange. Non pas comme des lieux où tout se décide immédiatement, mais comme des terrains où l’on plante des graines.

    Le cinéma, ici, est envisagé comme un art de la patience. Les projets se construisent sur la durée, parfois sur plusieurs années. Les rencontres d’aujourd’hui ne donneront peut-être rien demain — mais elles peuvent devenir, à terme, le point de départ de collaborations inattendues. Aymeric Bolé le souligne d’ailleurs : certaines rencontres passées ont déjà débouché sur des engagements concrets. Preuve que ces moments, aussi fugaces soient-ils, laissent des traces.

    Ce qui se joue ici dépasse donc largement le simple cadre du speed dating. Il s’agit de créer des ponts, de favoriser l’entraide, de multiplier les occasions de dialogue dans un milieu où l’isolement peut vite devenir la norme. Permettre, aussi, à une pluralité de cinémas de genre d’exister — au-delà des formats attendus, des circuits traditionnels.

    Après une matinée dense, rythmée par ces échanges à la chaîne, le BIF Market se transforme dans l’après-midi. Place aux présentations de projets. Les participant·e·s sélectionné·e·s défilent, pitchent, défendent leurs films face à une assemblée attentive.

    Certains projets arrivent déjà partiellement financés — souvent autour de 20 % — et cherchent à compléter leur budget via des coproductions. D’autres, au contraire, partent de zéro, portés uniquement par une idée, une envie, une énergie à partager. Tous ont en commun cette même nécessité : trouver les bonnes personnes, au bon moment.

    L’après-midi se déroule ainsi sous le signe de la curiosité et de l’échange. On écoute, on prend des notes, on imagine, parfois. On sent aussi que derrière chaque présentation se cache un parcours, une attente, une forme d’urgence discrète.

    Reste à savoir quelles rencontres, parmi toutes celles amorcées aujourd’hui, trouveront un prolongement concret dans les mois ou les années à venir.

    Bonne pêche à elleux !!



    Nicolas Vanderstraeten

    Propos recueillis auprès de Anaïs Pirenne, experte commerciale et stratégique chez Amplo, Emilie Millot, réalisatrice belgo-française, ainsi que Aymeric Bolé, producteur chez Colgado Productions et Kong Films.

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