Batman : Return of the Caped Crusaders, The Dark Grandpas !

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Batman : Return of the Caped Crusaders

de Rick Morales

Animation

Sorti le 6 octobre 2016 au Comic Con de New York

Tout le monde se souvient encore de la célèbre série télévisée Batman qui fut diffusée à la fin des années 60 et qui donna lieu à un long métrage devenu culte au fil du temps. À cette époque, Batman n’était pas encore le justicier sombre que l’on connaît depuis les années 80. Les comics révolutionnaires de Frank Miller (Year One, The Dark Knight Returns) ou Alan Moore (The Killing Joke) n’avaient alors pas dépoussiéré le personnage et Tim Burton n’avait pas encore érigé celui-ci en icône cinématographique sombre et tourmentée. Mais nous étions pourtant également loin du serial de 1943 dans lequel notre chauve-souris préférée arborait un collant et un masque aux cornes tombantes pour combattre un espion japonais désireux de contrôler les esprits américains.

Si ce dernier exemple, diffusé en plein cœur de la Seconde Guerre mondiale, était bien le reflet de son époque, le feuilleton télévisé de 1966 l’était tout autant. La Guerre Froide était alors dans une phase de Détente, l’économie en croissance permanente depuis 1946, le Flower Power en plein essor et nous vivions alors dans une société qui ne connaissait pas le chômage. Les héros de l’époque devaient donc devenir le reflet de ce monde moderne et lumineux. Par la même occasion, cette époque était également celle du rock psychédélique et des psychotropes. C’est ainsi que Batman entrera dans cette modernité de plein pied ! Le Pingouin n’était alors pas un enfant difforme abandonné à la naissance et élevé dans les égouts (Batman : Le Défi, Tim Burton, 1992), ni le Joker un anarchiste rêvant de voir le monde brûler (Batman : The Dark Knight, Christopher Nolan, 2008). Seule Catwoman était déjà sexy ! Loin des Michael Keaton, Val Kilmer, George Clooney, Christian Bale ou Ben Affleck, Bruce Wayne/Batman était alors interprété par le sage Adam West. Quant à Dick Grayson/Robin, dénué du tempérament frondeur de Chris O’Donnell dans Batman Forever en 1997, c’est Burt Ward qui lui donnait corps dans son mini short moulant.

Les méchants, quant à eux, n’étaient pas bien menaçants. Le Joker, interprété par César Romero – qui refusait de raser sa moustache apparaissant alors sous le maquillage – était purement et simplement un clown, bien loin de la menace que l’on connaît désormais, les énigmes de l’Homme Mystère ne volaient pas bien haut (« – Qu’est qui pèse six onces, s’assied dans un arbre et est très dangereux ? – Un moineau avec une kalachnikov – Mais bien sûr !!! »), Catwoman faisait des jeux de mots affligeants (« It’s Purr-fect ») et le Pingouin parlait d’oiseaux à longueur de temps. Quant aux autres dangers que devait affronter le « Dynamic Duo », tout le monde se souvient du Marsouin qui a sacrifié sa vie pour sauver nos héros (http://www.dailymotion.com/video/x77sa1_batman-1966-le-sacrifice_fun), du bat-spray anti-requins ou de la célèbre scène de la bombe (https://www.youtube.com/watch?v=IIPZROBiNik).

En somme, la série Batman de cette époque était un gigantesque trip naïf sous acide qui, contrairement à ce que l’on pourrait désormais croire en la regardant, rencontra un succès immense lors de sa diffusion… Dès lors, on pourrait aujourd’hui se demander pourquoi avoir cherché à la ressusciter tant elle est le produit d’une époque disposant de ses propres codes et de sa mentalité. Pourtant, afin de célébrer le cinquantième anniversaire de la série, Warner Bros a lancé la production d’un métrage animé d’1h30 visant à remettre, le temps d’un film, ces personnages sur le devant de la scène. C’est ainsi qu’Adam West et Burt Ward reprennent leurs rôles respectifs et prêtent leur voix au casting, rejoints par Julie Newmar qui interpréta Catwoman durant les deux premières saisons du show.

La première chose qui frappe durant les premières minutes, c’est la voix d’Adam West, hésitante et vieillie. La chose était bien sûr à prévoir dans la mesure où l’acteur est aujourd’hui âgé de 88 ans mais cela donne néanmoins à Batman une tonalité grabataire. En dehors de ça, rien ou presque n’a changé : la célèbre musique est toujours là, les onomatopées (ou Bat-Fights Words) apparaissant encore à l’écran lors de chaque combat, l’accès à la Batcave et le changement de costumes se fait toujours au moyen d’une barre de pompiers, et les punchlines cheap et le boy-scoutisme de Batman n’ont pas disparu (« Noone should break the Law. Quickly Robin, to the Crosswalk ! »). Le film se permet également de jouer avec les codes et références culturelles tant de la série originale que de l’entièreté de l’univers imaginé par Bob Kane et Bill Finger. Ainsi, on peut voir des références à l’homosexualité supposée des deux héros (« – What secret Madam ? – You really don’t see it ?! »), des renvois vers d’autres versions de Batman (la réplique culte « This is the operating table, and I’m the surgeon » créée par Frank Miller en 1986 dans son « Dark Knight Returns »), des évolutions dans le caractère du personnage (« Very dramatic indeed but not like him at all » après que Batman soit sorti par la fenêtre sans que personne ne remarque sa disparition, procédé mis en place dans les années 80 pour renforcer le côté mystérieux du personnage), des références au casting original (avec un clin d’œil fait à Lee Meriwether, Eartha Kitt et Julie Newmar, les trois interprètes de Catwoman dans la série originale) ou aux serials de 1943 et 1949, des véhicules plus inimaginables les uns que les autres (la bat-fusée : « I’d never thought we’d need a rocket ! ») et même des références à d’autres films (« Holy Faster Pussycat Kill Kill ! » en regard de la célèbre réalisation de Russ Meyer lorsque Robin voit la voiture de Catwoman).

Tout cela donne corps à l’hommage recherché mais fini malheureusement par s’essouffler rapidement et, après vingt minutes, le spectateur se trouve déjà fatigué à force d’être asséné par les clins d’œil, le kitsch ressuscité et l’humour peu subtil. Ce qui fonctionnait en 1968 en raison de la culture pop de l’époque fonctionne moins aujourd’hui. D’autant que la série originale ne se prenait pas au sérieux et l’on pouvait ainsi se prêter au jeu. Ici, au contraire, on sent la sobriété des scénaristes et les efforts faits pour donner vie au récit.

En somme, ce Batman : Return of the Caped Crusaders constitue un bel hommage et a le mérite d’exister. Mais il est bien difficile de rester attentif tout du long. Comme le film de 1966, cette nouvelle réalisation est donc un film à voir selon un prisme particulier, de préférence entre amis, d’un œil inattentif et avec un bat-casier-de-bière à proximité !

Alexandre Alvarez
A propos Alexandre Alvarez 138 Articles
Journaliste du Suricate Magazine

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