Ajax au Varia

Texte de Yannis Ritsos, conception de Marianne Pousseur, Enrico Bagnoli, mise en scène de Enrico Bagnoli

Du 06 au 17 octobre 2015 à 20h30 au Théâtre Varia

Et revoilà Marianne Pousseur après Antigone aux Tanneurs la saison dernière, elle s’attaque à Ajax du poète grec Yannis Ritsos. Là où Phèdre explorait de nombreuses dimensions scéniques, notamment la musicalité d’un décor qui, à lui seul, créait une partition musicale étrange, Ajax se penche plus précisément sur la dimension visuelle et le prisme de la lumière.

La poésie au théâtre n’est pas toujours affaire facile. En effet, la littérature, et spécialement la poésie est une forme qui existe par elle-même sans avoir besoin d’ajout. Greffer une scénographie trop appuyée ou un jeu emphatique donnerait vite l’impression d’une redondance ennuyeuse ou parfois ridicule.

Marianne Pousseur a une approche très intelligente du texte qu’elle hachure par des noirs, comme on scanderait un vers. Son ton monocorde et grave apporte une distance froide et cruelle par rapport au texte apportant une virilité confondante à son interprétation. Et comme un poète, elle joue avec le mot dans sa dimension plastique et transforme la tension entre les mots victoire et défaite en une sorte d’incantation chamanique envoûtante.

Le texte n’a pas d’accroche narrative, c’est une litanie, un courant de pensée, une analyse philosophique presque et il est extrêmement difficile de s’y rattacher. Mais si on se détache de la dimension explicative du texte, on se laisse porter par la présence écrasante de Marianne Pousseur dont l’incroyable voix est posée au centre de cette mise en scène minimale et magique.

Cette dimension poétique du texte rendra certainement la pièce difficile d’accès et il n’est pas inconcevable que son hermétisme en rebute plus d’un. On pourrait reprocher à Pousseur et Bagnoli de livrer là encore une production trop complexe, voire ésotérique. Mais n’est-ce pas là l’apanage de la poésie? D’utiliser le mot à la fois pour son sens et pour sa « plastique »? En effet, la poésie ne se livre pas aussi facilement qu’un texte ordinaire et la sensation, la matérialité des mots et des sons a une place toute aussi importante que la signification. En cela, Pousseur et Bagnoli ont encore réussi le pari d’une poésie théâtrale.

Si Ajax n’est pas accessible à tous, et peut déconcerter, il reste néanmoins un tour de force tant la présence de Marianne Pousseur est magnétique et puissante et la mise en scène embrasse une poésie presque magique.

Photo: (c) Anthony Malamatenios, Olga Bagnoli

Mathieu Pereira
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