Et les mistrals gagnants : aimer la vie, l’aimer même si

Et les mistrals gagnants

d’Anne-Dauphine Julliand

Documentaire

Sorti le 19 avril 2017

Ce sont cinq enfants, entre six et neuf ans, dont le quotidien est pavé de soins, de précautions, de jargon médical, d’allers-retours entre la maison et les centres médicaux, parce qu’ils portent des maladies avec des noms très sérieux, comme neuroblastome, épidermolyse, cancer, hypertension artérielle pulmonaire, insuffisance rénale. Il faut dire « portent », parce qu’il apparaît clairement qu’ils ne « sont » pas leur maladie : elle est là, comme un bagage parmi beaucoup d’autres bagages, elle influence le cours de leur vie mais ne semble pas le déterminer pour autant. En tout cas, pas si nous les écoutons. « Pour moi, c’est pas difficile. Mais pour vous, je sais, c’est difficile » (Imad). Voilà le genre de dicton que ces enfants égrainent tout au long du film, avec force, courage et humour, en nous renvoyant à notre propre compassion avec la distance juste et bienveillante de ceux qui ont compris. Ce qu’ils essaient de nous faire comprendre, c’est que leur vie n’est en rien amoindrie : ils poursuivent leur vie jour après jour et y cultivent leur passion pour le théâtre, les plantes, les pompiers ou encore le foot, non pas pour échapper à la maladie, mais parce que ces passions font partie du quotidien de n’importe quel enfant, et qu’avant tout, c’est ce qu’ils sont : des enfants.

Si l’on peut s’étonner à loisir de ce qu’ils ont à nous montrer, c’est sans doute grâce au parti pris de la réalisatrice qui a choisi de laisser ces petits-bouts d’hommes et de femme nous prendre par la main pour nous emmener marcher dans leurs pas, à leur hauteur, pour adopter pendant quelques instants leur vision de la vie. Ils y sont les héros et les conteurs d’un voyage qui n’a rien de tragique, car tout ce qui est filmé, presque étonnement, fait partie intégrante de leur quotidien. Ils nous guident dans les lieux qu’ils fréquentent et nous présentent tour à tour les membres de leur entourage, qu’il s’agisse de la famille, du personnel soignant ou des instituteurs, mais ces derniers restent toujours en second plan : à aucun moment la focale ne se déplace sur une autre expérience que celle que vivent les enfants et c’est sans doute ce qui permet au film de ne pas tomber dans l’apitoiement. Le récit des enfants fait barrage à ce qui aurait pu inspirer une forme de pitié larmoyante en nous surprenant par la lucidité, la simplicité voire la légèreté de leurs propos. Certaines séquences ont beau nous faire rentrer dans la dureté de leur traitement ou nous confronter à l’issue incertaine de leur histoire, il n’est jamais question d’en faire une calamité : ils acceptent de les partager avec nous car ces moments existent et qu’ils ont leur importance. Ce ne sont jamais plus que des mauvais moments à passer avant de retourner jouer, découvrir, rire.

En décidant d’échanger un film sur les pathologies infantiles pour une suite de portraits intimes sur des existences en creux et en plein, le propos d’Anne-Dauphine Julliand peut à juste titre se targuer d’être d’une grande honnêteté. Cette volonté de placer l’Enfance au centre, au-delà de toutes les vicissitudes de la maladie, nous permet à nous spectateurs de prendre toute la mesure de la sagesse dont ces enfants témoignent et de poser sur eux un regard ébloui, plein d’admiration.

Marie Lemot
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Journaliste du Suricate Magazine