Les Hommes d’argile : au cœur du désespoir et de l’incompréhension

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Les Hommes d’argile

de Mourad Boucif

Drame, Guerre

Avec Miloud Nasiri, Magalie Solier, Tibo Vandenborre

Sorti le 18 novembre 2015

Dès les premières secondes du film, l’émotion frappe au visage. Le dernier film de Mourad Boucif, à qui l’on doit Kamel et Au-delà de Gibraltar, nous ramène une fois de plus à son sujet de prédilection : la condition humaine.

Pendant la seconde guerre mondiale, lorsque le Maroc passe un accord avec la France, échangeant ses hommes contre l’indépendance du pays, le jeune Sulayman est enrôlé de force dans l’armée française, loin de sa femme et de sa nature qui l’a vu naitre et grandir.

C’est d’ailleurs son amour pour ces derniers qui permettra à Sulayman, jeune homme naïf à la personnalité un peu molle, de garder son humanité car en réalité, ce n’est pas une bataille contre les allemands qui l’attend: c’est une bataille contre un climat, contre une mentalité inconnus jusqu’alors. Dans cette guerre qui ne le concerne pas, avec ses frères d’armes réquisitionnés comme lui, ces hommes se battront mentalement contre cette injustice, apprenant à se nourrir de la douleur afin de surmonter les épreuves infligés par la guerre.

Malgré un jeu moins crédible de la part de certains acteurs francophones, avec un ton trop hésitant et faussement autoritaire, c’est la sincérité que dégage ce groupe d’hommes marocains qui nous séduit et qui mène l’histoire. Car en prenant conscience de l’impact de la guerre, ils se découvrent une rage de vivre et de se défendre.

A travers une esthétique de l’image parfaitement maitrisée et des dialogues forts et profonds qui alimentent cette unité marocaine, Mourad Boucif nous emmène au cœur du désespoir et de l’incompréhension, nous obligeant, ainsi, à nous questionner sur la force et la place qu’ont la foi et la nature. Le côté poétique du film, maitrisé lui aussi, semble marteler que la vie est courte, trop courte. Par la détresse de la jeune épouse de Sulayman et de ce dernier, toujours liés en dépit de la distance, le spectateur plongera sans aucun doute dans cet univers déboussolant, marquant un profond décalage entre la mentalité de la France et celle du Maroc dans les années 40.

L’air simplet du personnage principal, non sans rappeler Candide de Voltaire, est une bonne leçon de force d’esprit et d’optimisme comme l’on en voit rarement au cinéma de nos jours. Entre nature et culture, guerre et amour, on en ressort la tête pleine.


Cliquez ici pour découvrir l’interview de Mourad Boucif, le réalisateur

Raphaëlle McAngus
A propos Raphaëlle McAngus 49 Articles
Journaliste du Suricate Magazine

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