
Yellow Letters
Réalisateur : İlker Çatak
Genre : Drame
Acteurs et actrices : Özgü Namal, Tansu Biçer, Leyla Smyrna Cabas
Nationalités : Allemagne, France, Turquie
Date de sortie : 22 avril 2026
Grand adepte de drame social, Ilker Çatak nous livre ici un film fort en revendications politiques. L’histoire mise en scène par le réalisateur a su résonner en de nombreux·ses spectateur·trices, puisqu’il lui a valu le prix du meilleur film à la Berlinale.
La vie est belle pour Aziz (Tansu Biçer) et Derya (Özgü Namal). Lui, scénariste de renom ; elle, comédienne acclamée. Avec leur fille Ezgi, le couple vit dans un bel appartement à Ankara. Leur quotidien stable va s’effondrer sous leurs pieds lorsque deux lettres, une pour chacun, apparait dans leur boîte aux lettres. Les lettres jaunes, peu évocatrices chez nous mais qui, en Turquie, signifient une chose terrible : le renvoi. Sans emploi du jour au lendemain, ils n’ont pas d’autre choix que de déménager chez la mère d’Aziz, à Istanbul. C’est leur vie entière qui bascule.
Yellow Letters est un long-métrage profondément politique. L’élément déclencheur, certes futile en surface, met à vif tout un système antidémocratique. Les personnages, tous et toutes animé·es par leurs idéaux, se mettent ainsi injustement en danger. Cette situation pèse sur leurs épaules tout le long du film. Au cœur du récit, on trouve finalement un dilemme, celui de parler et de se mettre en danger, ou bien se taire et vivre aussi paisiblement que possible dans un pays où le pouvoir ne fait que s’approcher du totalitarisme. Il s’agit là d’une question qui résonne immanquablement en énormément de monde, de l’Allemagne à la Turquie.
Le film est par ailleurs intelligemment mis en scène. À la manière d’une pièce de théâtre, les deux villes principales, soit Ankara et Istanbul, sont interprétées par deux villes allemandes. Le scénario est également écrit pour faire ressortir ce sentiment de théâtralité, jouant avec des protagonistes qui subissent un destin plus fort qu’eux. Ce sont cette pression et cette incertitude permanentes qui parviennent à rendre les personnages et les péripéties non seulement réalistes, mais auxquelles nous pouvons aisément nous identifier, à des degrés différents.
Le bémol de Yellow Letters arrive quand l’histoire tend davantage vers le drame familial. Certains passages, notamment en lien avec la crise d’adolescence d’Ezgi, alourdissent le rythme jusqu’ici bien maîtrisé, et efface la tension précédente. De plus, la fin tombe malheureusement à plat, contraste énorme avec l’ouverture sur une scène explosive de la pièce écrite par Aziz et jouée par Derya. Ne pas avoir de résolution à une situation si complexe est terre à terre, mais manque tout de même d’une certaine satisfaction. Malgré tout, il s’agit d’une œuvre importante sur la liberté et les façons cruelles dont elle nous est arrachée.
