
The Tale of Silyan
Réalisateurs : Tamara Kotevska
Genre : Documentaire
Nationalité : Macédoine
Date de sortie : 22 avril 2026
Nikola, son épouse Jana, leur fille Ana et sa famille sont fermières dans un village macédonien qui accueille une grande population de cigognes. Le fils de Nikola a quitté le village, et son père ne lui pardonne pas. De nouvelles mesures du gouvernement rendent la récolte invendable et la famille se trouve en précarité. Ana, sa famille et Jana émigrent alors en Allemagne pour trouver du travail. Nikola, seul, trouve du travail dans une décharge et sauve une cigogne blessée. Ils s’apprivoisent et deviennent inséparables. Nikola décide alors de retourner labourer ses champs. Tout au long du film, une voix off nous raconte le mythe de Silyan : un père, fâché contre un fils qui veut quitter la ferme familiale, le maudit. Ce dernier est alors frappé par la foudre et devient cigogne. Rejeté par les oiseaux, méconnaissable aux yeux de sa famille, il erre autour de la ferme, voulant renouer avec son père.
Voici le nouveau documentaire de Kotevska après Honeyland, recompensé par deux oscars en 2019. On y retrouve son intérêt pour les relations humaines et inter-espèces : les liens familiaux, l’amitié entre Nikola et l’oiseau qu’il soigne, ainsi que le lien entre agriculture et cigognes. En effet, le documentaire montre de façon éloquente comment les pratiques traditionnelles de l’agriculture et la survie des grands oiseaux sont liées. Les cigognes se nourrissent de la faune dont l’habitat principal est les champs cultivés et arrosés. Sans cet écosystème, les volatiles sont résous à manger des détritus dans les décharges et mourir de faim. Nikola, conscient de cet échange, est directement touché par le spectacle des cadavres dans la décharge. Les deux milieux, les champs et la décharge, sont filmés avec la même insistance et rentrent violement en opposition dans une représentation de la vie et de l’anti-vie.
C’est dans son amitié avec la cigogne que Nikola retrouve du sens à son existence. Dans une progression finement représentée, car c’est un dialogue muet entre l’oiseau et l’humain, on saisit le besoin absolu d’être entouré de vie, d’être impliqué dans les interactions entre humains et non-humains. C’est dans le lien que Nikola se retrouve en tant qu’être vivant. Cependant, lors de sa décision de ressemer ses terres, rien ne semble avoir changé en ce qui concerne les mesures gouvernementales et après ce qu’expose le film (d’énormes récoltes invendues gaspillées, la précarité, la migration, les charniers, la pollution, l’aliénation des humains, les cigognes réduites à mourir de faim ou manger leur propre petits…) l’espoir de la fin semble fabriqué pour le spectateur.
On a, en effet, une sensation que l’histoire que raconte le documentaire est trop parfaite, et illustre trop exactement le mythe. Selon un entretien avec la réalisatrice, elle n’a fait que suivre cette famille dans ce qu’ils ont traversé et le mythe serait alors apparu à leurs yeux comme une évidence. Cependant, tout s’emboîte si bien, tout s’explique et se répond si parfaitement bien, que l’on se pose la question : ne fallait-il pas rendre le film un peu moins lisse, moins propre, moins intensément coloré ? Un peu plus comme Honeyland, qui est moins dans une sur-explication du propos. Il est précisé que le film n’utilise pas l’IA. Vu le déferlement d’images montrant des amitiés improbables inter-espèces sur les réseaux, il est rassurant et rafraichissant de savoir qu’ici ce n’est pas le cas. La parfaite narration, servie par des images magnifiques, n’est qu’une histoire de montage et de technique.
Les amateur.ice.s de documentaires plus brouillons, moins lisses, moins construits comme un conte de fée, resteront peut-être sur leur faim. Comme le titre l’indique, ce documentaire est un conte, qui finit sur une note positive, mais dont le propos reste alarmant.
