Titre : Ils n’ont pas peur des hommes dans les bois
Auteur.ice : Gretchen McNeil
Editeur : 10/18
Date de parution : 3 septembre 2026
Genre du livre : Roman
Avec plus d’une dizaine de romans horrifiques à son actif, Gretchen McNeil est l’une des autrices américaines les plus acclamées en littérature « jeunes adultes ». Ils n’ont pas peur des hommes dans les bois se veut alors comme son premier livre à destination d’un public plus adulte. On y retrouve tout de même son style d’écriture particulier, ainsi que son amour pour le polar et l’horreur, le tout sur fond de réflexion écologique.
L’intrigue du roman se situe à Barrow, petite bourgade américaine où notre héroïne a grandi. Très vite, les enjeux environnementaux qui traversent cette ville nous sont présentés : Paulsen Timber, entreprise d’abattage d’arbres et de constructions urbaines, détient un pouvoir que des groupes d’activistes contestent. Une tension subsiste alors, et ce, pendant tout le long du récit, entre les personnages travaillant pour cette entreprise et ceux· et celles révolté·es par l’exploitation forestière. Cette deuxième catégorie concerne la protagoniste, Jen, une jeune trentenaire très proche de la nature de par son métier mais surtout par son père. En tant que bon ranger, il lui a transmis son amour pour les arbres. C’est alors une véritable lettre d’amour à la forêt qui se dessine dans Ils n’ont pas peur des hommes dans les bois. Le commentaire sur la déforestation et l’impact écologique de celle-ci n’est certes pas très subtil, mais on ne lui demande pas de l’être. C’est cette destruction de la nature, en antagoniste, qui effraie plus que les étrangetés se produisant dans les bois. Ces bois sont par ailleurs personnifiés de manière sublime ; les arbres, les feuilles, la terre, les racines, tout est décrit d’une façon particulièrement incarnée. Cela participe à l’implantation d’un décor tangible, dont on sentirait presque l’odeur à travers les pages.
L’autre bon point à retirer de cette lecture est retrouvé dans ses éléments horrifiques et fantastiques. Ils ajoutent un mystère qui, une fois présent, donne envie de continuer à lire, page après page, pour découvrir jusqu’où l’autrice a décidé de pousser le macabre. Le suspense, dès qu’il survient, ne s’arrête que très peu pour une immersion dans un climat angoissant. Malheureusement, et c’est là que le bât blesse : ce suspense prend trop de temps à arriver. Il est nécessaire de planter le décor, cependant le premier tiers du livre est alourdi par les quantités de blagues cyniques intégrées à la narration – écrite à la première personne – et de romance n’apportant, au final, pas grand chose. Le style propre à une littérature « jeunes adultes » n’est pas, en soi, quelque chose de négatif si on sait à quoi s’attendre. Le marketing s’est donc légèrement fourvoyé en le qualifiant de roman à destination d’un public adulte. Les retours qualifiant cet ouvrage de féministe sont également à revoir. En effet, si l’héroïne – et donc, par extension, l’autrice – pointe du doigt le mansplaining, l’égo masculin et autres témoins d’un système patriarcal, elle passe plus de temps à se définir à l’opposé des autres femmes. Ici et là, elle en critique plusieurs, pour leur choix de vêtements, leur intérêt pour une vie de couple hétérosexuelle ou pour n’importe quel comportement qu’elle jugerait « trop féminin ». Cet aspect n’aide pas à rendre le personnage attachant, bien qu’on puisse admirer son franc-parler et son militantisme écologique.
Ils n’ont pas peur des hommes dans les bois est, en définitive, une lecture plutôt sympathique interrogeant la relation entre les êtres humains et la nature. Un roman sans prise de tête, dont il ne faut pas attendre grand chose d’autre qu’un bon petit divertissement.
