Wim Delvoye : un lien entre art contemporain et art ancien

expo Wim Delvoye aux Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, mars 2019

Affiche de l'expo Wim Delvoye aux Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, mars 2019

La nouvelle exposition des Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique (MRBAB) est une projection futuriste de ce que pourrait être une rétrospective de l’artiste belge Wim Delvoye. Figure majeure de la scène artistique belge et internationale, il parvient avec cette exposition à créer un lien réussi entre l’art contemporain, trop souvent incompris et mal jugé, et l’art ancien, trop souvent oublié et banalisé.

Une quinzaine des œuvres de l’exposition, qui compte plus de 70 pièces au total, sont des nouveautés présentées pour la première fois en Belgique, certaines d’entre elles ayant été créées pour l’exposition. Leur concepteur, Wim Delvoye, est un artiste observateur de son époque qui transmet son art avec humour ou poésie. Il s’intéresse à la sociologie, à l’histoire et aux formes d’art du passé. “Tous les artistes étaient contemporains dans leur temps” dit l’artiste.

L’un des objectifs de l’exposition est d’amener un public intéressé par l’art contemporain dans un musée d’art ancien. Objectif atteint puisque la scénographie est faite de telle sorte qu’une partie des sculptures de Wim Delvoye est présentée dans les salles des collections permanente.

Love Letter I, 1998–1999 36 impressions Cibachrome sous plexi Parlement bruxellois
Love Letter I, 1998–1999. 36 impressions Cibachrome sous plexi, Parlement bruxellois.

Quelques œuvres en détail

Parmi les œuvres récentes, on compte la série des bas-reliefs en marbre inspirés des jeux vidéo, déjà présentée à la foire de Bâle. L’artiste s’inspire de la dimension sociologique de ces jeux, dont certains sont suivis par des milliers de personnes, à l’image des jeunes joueurs qui en ont fait leur métier. Les marbres sont réalisés sur base de captures d’écran de parties de Counter Strike et Fornite, gravées par des machines. Elles rappellent les bas-reliefs antiques glorifiant des scènes de combat de l’histoire. L’œuvre questionne sur la relation passé/présent et le lien entre Occident et Orient, comme bien souvent dans l’œuvre de Delvoye (le jeu Counter Strike se déroule au Moyen Orient).

Wim Delvoye, Untitled (Fortnite 01), 2018, marbre, 64 x 38,5 x 10 cm © Courtesy Wim Delvoye / photo: Studio Delvoye
Wim Delvoye, Untitled (Fortnite 01), 2018 © Courtesy Wim Delvoye / photo: Studio Delvoye

Dans une des salles de l’étage est installée la série Tapisdermy qui reprend une image déjà présente dans la pratique de Wim Delvoye : le cochon. Avec toute la symbolique dont il fait preuve, la notion de saleté qu’on lui porte, le fait qu’il soit proche de l’homme sur différents points, c’est autant d’idées qui motivent l’artiste. Les cochons sont recouverts de tapis fabriqués en Iran, dont les motifs et les couleurs varies en fonction des cochons, ceux-ci portant les noms afin de marquer leur singularité. L’œuvre est réalisée en suivant le processus de la taxidermie : la forme de l’animal est réalisée en résine, sur laquelle le tapis est appliqué. La série à précédemment été présentés au Louvre.

Cette série fait directement penser à la série Art Farm China, débutée à la fin des années 1990 dans une ferme en Chine, fermée depuis. À la base, l’artiste tatouait des peaux de cochons récupérées après l’abattage et les encadrait. Par la suite, son travail a évolué vers le tatouage sous anesthésie de petits cochons vivants qui grandissaient avec le tatouage. Bien que cette œuvre ait été mal vue et ait fait l’objet de beaucoup de critiques, on évoque peu souvent l’idée que, grâce à ces tatouages, qui les élèvent au rang d’œuvres d’art, les cochons évitent l’abattoir.

Au mur de la pièce se dressent les impressionnantes peintures de Rubens, Jordaens ou Van Loon, ce qui génère un dialogue intéressant et réussi entre les deux univers, contemporain et oriental d’un côté et ancien et occidental de l’autre.

La série Helix DHAACO / Holy Family se penche sur la représentation du Christ sur la croix, objet intéressant car possédant une grande symbolique tout en étant devenu un objet commun présent dans beaucoup de lieux religieux et de foyers. L’artiste joue ici sur la forme de la croix, en la modifiant de manière à en créer un cercle dont le christ est l’élément extérieur ou intérieur.

L’objet devient dynamique mais le motif reste identifiable. Une des sculptures reprend la forme du ruban de Möbius, représentant la rencontre de deux symboles de l’infini. Une autre évoque la forme d’une double hélice d’ADN ou d’un bretzel. Autant de formes circulaires et tordues qui sont présentes dans l’œuvre de Wim Delvoye. Pour lui, l’art doit tenir compte du débat religieux-scientifique, à une époque où le courant créationniste reste fort dans certains pays.

Wim Delvoye, Dual Möbius Quad Corpus, 2010, bronze poli, H 167 x 93 x 124 cm © Courtesy Wim Delvoye / photo: Studio Delvoye
Wim Delvoye, Dual Möbius Quad Corpus, 2010. © Courtesy Wim Delvoye / photo: Studio Delvoye

En conclusion, on peut s’attendre à ce que l’exposition Wim Delvoye soir un succès, et on espère qu’elle amènera beaucoup de gens au musée, notamment grâce à toute la communication autour de l’évènement. L’exposition parvient à établir une connexion efficace et justifiée entre art ancien et art contemporain, orient et occident, art artisanal et technique mécanique.

Infos pratiques

  • Où ? Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, 3 rue de la Régence, 1000 Bruxelles.
  • Quand ? Du mardi au vendredi de 10h à 17h et le weekend de 11h à 18h, du 22 mars au 21 juillet 2019.
  • Combien ? 14,50 EUR au tarif plein. Divers tarifs réduits disponibles. À noter : Le ticket d’entrée donne l’accès à l’exposition temporaire et au musée Old Masters (qui accueille les interventions de l’artiste).
Anaïs Staelens
A propos Anaïs Staelens 9 Articles
Journaliste du Suricate Magazine