Westworld (Saison 3), du royaume des illusions à la Terre promise

Westworld
(Saison 3)
de Lisa Joy et Jonathan Nolan
Drame, Western, Science-Fiction, Thriller
Avec Evan Rachel Wood, Thandie Newton, Jeffrey Wright
Sorti en DVD/Blu-Ray/Blu-Ray 4K le 2 décembre 2020

Suite aux évènements de la deuxième saison, plusieurs Hôtes ont réussi à quitter Westworld pour rejoindre le monde réel. Munie de cinq billes renfermant plusieurs consciences, Dolorès est ainsi parvenue à infiltrer la société Delos. Mais dans son entreprise, elle se heurtera à Enguerrand Serac (Vincent Cassel), propriétaire de Inside Inc. et co-créateur de Rehoboam, une intelligence artificielle capable d’anticiper les actions de la population.

Cette nouvelle saison de Westworld se démarque très fortement de ses deux prédécesseurs. Certains spectateurs y verront une trahison, d’autres salueront à coup sûr la nouvelle direction ici prise. Si l’on peut noter un changement notable d’atmosphères tant esthétiques que musicales, on appréciera la prise de risque que constitue cette mutation, autant que la subtile réorientation de son propos.

Au-delà du royaume des illusions

Car si jusqu’ici nous n’étions que les spectateurs d’une comédie humaine mettant en scène des androïdes dénués de tout contrôle sur leur existence, cette troisième saison viendra rebattre les cartes pour nous confronter à la réalité selon laquelle nos comportements sont tout aussi prévisibles que ceux des Hôtes. Là où Rehoboam régit la vie des habitants au sein de la diégèse westworldienne, nous sommes nous-mêmes décryptés par des algorithmes calculant nos habitudes de consommation, nos liens sociaux, nos réactions et nos centres d’intérêt, pouvant alors anticiper certains de nos comportements.

Au-delà de cela, l’introduction du personnage de Caleb Nichols (Aaron Paul) permet elle aussi de modifier notre approche. Si dans la première saison nous n’envisagions pas les Hôtes comme étant « réels », notre perspective aura rapidement évolué avec la leur : ainsi, leur prise de conscience quant à leur propre réalité amorçait un questionnement chez le spectateur qui sera ici prolongé. En s’identifiant avec Caleb, être humain de chair et d’os, ce dernier opérera un processus visant à se questionner sur sa propre réalité. Cette saison 3 sonde ainsi notre libre arbitre et nous invite à un retour réflexif sur nous-même.

Au fond, comme dans la saison 1 Dolorès apprenait à se détourner du monde des ombres pour observer la réalité – selon le mythe de la caverne décrit par Platon –, Caleb sera ici amené à faire de même. Et nous avec lui !

À la recherche d’une Terre promise

Si au premier abord on pourrait croire que la série aura délaissé les références bibliques pour cette nouvelle saison, il n’en est rien ! Car Rehoboam (ou Roboam) fut roi d’Israël à la mort de son père Salomon : c’est lui le responsable du schisme qui divisa Israël en deux royaumes rivaux. Quant à Caleb, il fait partie des douze éclaireurs envoyés par Moïse pour trouver la Terre promise.

De même, Dolorès récupérera cinq billes lui permettant de se créer des alliés. En numérologie biblique, le nombre 5 est le symbole de l’homme, mettant en évidence sa faiblesse. Comme les cinq plaies du Christ en croix. Mais c’est également avec cinq pierres que David parviendra à terrasser Goliath…

Derrière ces thématiques bibliques présentes depuis le commencement de la série, on trouvera encore, dans cette nouvelle saison, un hommage appuyé au cinéma – notamment dans l’épisode 5 qui parviendra à brasser quantité de références comme Apocalypse Now (Francis Ford Coppola, 1979) ou Love Story (Arthur Hiller, 1971). L’épisode final nous renverra quant à lui vers Blade Runner (Ridley Scott, 1982) tant dans certains cadrages que dans sa partition musicale, tandis que l’on pensera également à Fight Club (David Fincher, 1999) à divers moments.

En conclusion, sous une apparence beaucoup plus abordable, cette troisième saison de Westworld réserve son lot de surprises. Si l’on pourra être surpris par la différence de ton et d’esthétique parfois radicale par rapport aux deux premières saisons, on appréciera la volonté de surprendre et on s’habituera rapidement aux passages présentant un changement de rythme.

Sous cet aspect d’un abord moins complexe, ces nouveaux épisodes comportent également leur lot de sous-couches et de messages cachés, tout en nous entrainant un peu plus dans l’univers imaginé par Jonathan Nolan et Lisa Joy. Nous découvrirons ainsi « WarWorld », troisième parc de l’univers Delos consacré à l’Italie entre 1943 et 1945, et quelques bribes d’un cinquième parc que l’on nommera « MedievalWorld » (ou « Fantasyworld »), comme un clin d’œil à une autre mythique production de la chaîne HBO.

A propos Alexandre Alvarez 199 Articles
Journaliste du Suricate Magazine