Un monde sans rivage, comment capter l’infini?

Titre : Un monde sans rivage
Auteure : Hélène Gaudy
Editions : Actes Sud
Date de parution : 21 août 2019
Genre : roman

Connue pour ses livres Plein hiver et Une île, une forteresse, qui nous entraînaient déjà dans des univers étranges, Hélène Gaudy nous revient avec Un monde sans rivage, paru aux éditions Actes Sud.

Cet ouvrage nous raconte l’histoire d’une expédition polaire, celle de Salomon August Andrée, parti avec deux compagnons en 1897 afin d’atteindre le pôle Nord en ballon. Pas assez préparés, plus gentlemen farmer qu’aventuriers, ils n’atteindront jamais le pôle. Sur base du journal d’Andrée ainsi que des photos retrouvés intacts dans la glace, Hélène Gaudy nous retrace cette aventure mais également celle d’autres qui eurent pour objectif de faire reculer les limites du monde connu.

Un monde sans rivage présente plusieurs niveaux de lecture, en fonction de l’intérêt que l’on porte à l’expédition polaire en elle-même, ou, en creusant un peu, en s’intéressant à la psychologie des personnages. Si la partie consacrée aux exploits de Salomon Andrée et de ses confrères semble parfois aride, reflétant l’enlisement de l’expédition, le travail de recherche concernant les autres expéditions est plus divertissant et montre aussi à quel point la soif de découvertes ainsi que les promesses de gloire ont pu pousser des hommes et des femmes à repousser les lignes sur les cartes du monde connu.

La partie la plus intéressante du livre est le profil psychologique que tire Hélène Gaudy de ses personnages, ces aventuriers du dimanche qui pensaient plus à leur retour triomphal qu’aux conditions extrêmes dans lesquelles ils pourraient se trouver. En insistant également sur l’importance du medium photographique, l’auteure nous montre l’importance du paraître et de la sauvegarde des apparences dans ce monde désolé de l’Arctique. Elle nous montre le caractère irréel et flou de ce monde dans lequel ils évoluent, et par la même occasion, suscite une réflexion sur notre monde civilisé.

Un monde sans rivage n’est pas un livre à la lecture facile, mais il vaut néanmoins la peine d’être lu. Telles les étendues du grand Nord, c’est un ouvrage à apprivoiser une page après l’autre, en se donnant le temps de la réflexion sur les grandes questions qu’il pose.

Vincent Penninckx
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Journaliste du Suricate Magazine