De et avec Angela Rabaglio et Micaël Florentz
Cie Tumblewwed
Du 14 avril au 18 avril 2026
Au Théâtre des Tanneurs
Le 12 novembre 2026
Au Centre culturel d’Hasselt
Les artistes franco-suisses Angela Rabaglio et Micaël Florentz explorent la relation entre le mouvement et le son en jouant sur la latence, la désynchronisation et la saturation. Dans une composition très physique et comme tendue dans le vide, les deux interprètes s’entrecroisent dans des partitions distinctes.
Une voix humaine s’élève dans la pénombre. On devine plus qu’on ne voit Micaël Florentz, un micro en main, dans une pâle lumière. D’abord timide, sa voix s’affirme progressivement et chante a capela avec un effet troublant. Certains fragments sonores sont enregistrés à la sortie des enceintes et répétés avec un décalage de quelques secondes. Il traverse le plateau et se fond dans l’obscurité.

Angela Rabaglio apparaît, dos au public, résolument ancrée au sol, et se lance dans un solo tout en énergie, accompagnée de la distorsion d’un enchevêtrement de sons métalliques qui se déforment peu à peu. Elle a fait volte-face et s’apaise, dans un moment suspendu, avant de laisser sa gestuelle reprendre de l’amplitude avec toujours la même précision. Posément, elle quitte la lumière pour aller se tapir dans l’ombre d’un coin du plateau.

Micaël Florentz prend le relais, doucement, comme au ralenti. Les bruits de la bande sonore sont moins agressifs, parfois même mélodiques, avec des touches de musique. Il accélère la cadence, reste sur place, dans des mouvements de corps qui donnent l’impression qu’il cherche à se protéger de quelque chose. Des sons de corps et de voix entourent sa sortie tandis que la voix d’Angela Rabaglio revient. Dans une lumière plus affirmée, revêtue d’une tenue plus claire, elle chantonne doucement. Peu à peu, on distingue comme une comptine fredonnée en suisse allemand. Lorsqu’elle débranche un micro sur pied en bord de scène, le silence se fait et elle sort.
La lumière baisse à nouveau et son partenaire reprend possession du plateau dans une chorégraphie répétitive. Elle le rejoint et ils dansent à l’unisson, côte à côte, dans un premier temps. Leurs mouvements se dissocient peu à peu, puis de plus en plus fort. Ils ne sont plus de front mais face à face, avant de reprend leur position initiale qu’ils vont encore quitter. En décalage permanent, l’un par rapport à l’autre, les deux corps se frôlent, s’éloignent, se rejoignent, s’écartent. La distance est évidente mais la relation palpable.
Quatrième création de la compagnie Tumbleweed, après The Gyre (2018), A Very Eye (2022, prix Maeterlinck de la Critique pour le meilleur spectacle de danse de la saison) et Dehors est blanc (2023), Threshold utilise l’écart, un espace vide, entre les deux interprètes comme ressort invitant à franchir un seuil (threshold en anglais) à franchir. La pièce explore la latence (le décalage temporel) et la saturation (le moment où la matière arrive à une capacité maximale et commence à se dégrader, jusqu’à parfois disparaître). Le duo se déchire, se relaie, se déforme, sans jamais se synchroniser parfaitement.
La pièce met également en lien mouvements et sons. Le décor sonore réalisé en collaboration avec l’artiste Daniel Bleikolm, qui gère le son en live durant la performance, mélange voix, boucles, sons de corps, effets psychoacoustiques, créant une écriture chorégraphique et sonore fragmentée. Sur le sol recouvert d’une moquette noire qui a pour particularité d’absorber les ombres, des micros et systèmes de diffusion comme des baffles sont entrecroisés pour créer un circuit de retardement pour générant la latence.
La matière sonore agit directement sur la perception du geste qui devient lieu de friction, de décalage, de déséquilibre, entre ce qui est entendu et ce qui est vu. La lumière d’Arnaud Gerniers, collaborateur de la première heure, intensifie le trouble en réduisant ou dilatant l’espace, créant des zones à traverser comme autant de seuils à franchir.
