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    La Poupée et le piège de la comédie

    Ça vous est déjà sûrement arrivé. Vous dites quelque chose d’un peu décalé et quelqu’un répond « Oh t’imagines ? Ça ferait un super film ». Et bah pas forcément. Ce que vous avez dit plus tôt, c’est probablement un high concept, une histoire dont l’intrigue peut se résumer par une simple phrase commençant par « et si ». Typiquement : et si un avocat et menteur compulsif n’arrivait plus à dire le moindre mensonge ? La difficulté d’un high concept n’est pas tant de trouver l’idée qui le fera naitre, mais attraper une manière d’aller plus loin, raconter quelque chose de supplémentaire que la simple accumulation de situations où ce « et si » bouleverse la marche normale du monde.

    Et si la poupée sexuelle d’un homme prenait vie un matin ? Voilà le (high) concept du film qui nous intéresse aujourd’hui, La poupée. Sorte de Galatée contemporaine, Audrey ne nait pas ce matin qui la voit se transformer de poupée à humaine, puisqu’elle se rappelle de tout ce qu’elle a vécu lorsqu’elle était inanimée. De la même manière, elle a tout à fait conscience de son statut de poupée et de sa fonction, elle n’existe que pour servir l’homme qui la possède. Alors La poupée va-t-il plus loin que son concept ? Oui, mais peut-être pas assez.

    Oui parce que le film cherche à décrypter pourquoi certains hommes font ce choix de vie, refermant d’autant plus leur intimité pour éviter la honte qu’il éprouverait si quelqu’un apprenait leur secret. Oui aussi, car le long-métrage met en compétition cette (fausse) relation, avec une véritable rencontre. Ainsi, l’élément perturbateur n’est pas uniquement le fait qu’Audrey devienne humaine. Car le quotidien de Rémi est chamboulé par l’arrivée de Patricia dans sa vie, une intérimaire qui débarque en face de lui dans l’openspace. Nait alors un parallèle intéressant autour de cette immobilité. Jusqu’à présent, les jours de Rémi étaient d’une stabilité qui confine à la paralysie. Patricia qui déboule c’est la vie, le mouvement qui se crée. On notera qu’Audrey retrouve sa forme de poupée lorsque Patricia décide de s’en aller, marquant l’arrêt du mouvement dans la vie de Rémi.

    Peut-être pas assez, car le film passe tout de même énormément de temps à empiler les scènes où l’équilibre de la vie de Rémi vacille par la présence de ce nouvel être qu’est Audrey. Le registre du long-métrage étant celui de la comédie, on peut comprendre cette volonté d’utiliser au maximum son concept pour montrer des situations cocasses. Cependant, c’est cette volonté qui prend le pas sur tout le reste. Ne laissant que peu de place à ce qui est explicité dans le paragraphe précédent. Qui plus est, tous les enjeux qui tournent autour d’Audrey restent relativement grossiers. Parce qu’elle ne connait pas grand-chose, de la vie, celle qui, il y a peu, était encore une poupée, remet beaucoup de choses en question, comme un enfant questionnant tout, soulevant le caractère très arbitraire de certaines normes. Cependant, n’allant jamais très en profondeur quant à ces réflexions, ce regard naïf à qui on donne raison très vite (faute de temps) donne à tout le film un ton naïf.

    On peut donc dire que oui, La poupée va plus loin que l’idée qui l’a fait naitre. Seulement, l’espace restreint qui est laissé à ce « plus loin » donne à tout le film un gout de demi-mesure. Ni grosse comédie ni discours très construit. Au final, un film inattendu, sympa et bienveillant, bien qu’un peu frustrant.

    Alan Santi
    Alan Santi
    Journaliste cinéma et théâtre / Responsable jeux de société

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    La PoupéeRéalisateurs : Sophie BeaulieuGenre : Comédie romantiqueActeurs et actrices : Vincent Macaigne, Zoé Marchal, Cécile de FranceNationalité : FranceDate de sortie : 22 avril 2026 Ça vous est déjà sûrement arrivé. Vous dites quelque chose d’un peu décalé et quelqu’un répond « Oh t’imagines ? Ça...La Poupée et le piège de la comédie