Rodin, une biographie sans relief

Rodin

de Jacques Doillon

Drame

Avec Vincent Lindon, Izïa Higelin, Séverine Caneele

Sorti le 24 mai 2017

Cent ans nous séparent de la mort d’Auguste Rodin. C’est dans la perspective de cette célébration que Jacques Doillon avait entamé un documentaire sur le sculpteur avant de changer de cap et d’en faire un film de fiction. Un revirement qui ne s’avère pas gagnant.

À 40 ans, Auguste Rodin reçoit sa première commande de l’Etat, La Porte de l’Enfer d’après La Divine Comédie de Dante Alighieri. Ce gigantesque assemblement est l’œuvre de sa vie et fait entrer dans la postérité des sculptures comme « Le baiser » ou « Le penseur ». Tout en continuant à travailler sur cette commande, il façonne aussi son Monument à Balzac, une œuvre décriée par de nombreux contemporains et contenant pourtant tout le génie du sculpteur. Outre le processus créateur de Rodin et sa réflexion artistique, le film montre la vie sentimentale de l’homme. Bien que marié à Rose, l’épouse patiente et fidèle, Rodin entretient pendant près de dix ans une relation professionnelle et amoureuse avec l’artiste Camille Claudel, devenue son élève puis son assistante.

Ironique constat pour un film sur un sculpteur, Rodin est… plat. Les séquences sur la vie de l’artiste se suivent de façon chronologique, avec plus ou moins de drame ou de réflexion artistique, mais à aucun moment elles ne nous emportent. Elles défilent devant nos yeux comme une biographie imagée, non comme un « biopic » de cinéma. Alors que Jacques Doillon a abandonné la forme du documentaire, le style du long-métrage y ramène sans cesse le spectateur.

Pourtant, les acteurs livrent une bonne performance : Vincent Lindon dans le rôle d’Auguste Rodin mêle autoritarisme, bonhommie et inspiration avec brio; Izïa Higelin dans la peau de Camille Claudel se montre d’abord pleine de vie, de création, puis sombre dans son destin de folie; enfin Séverine Caneele incarne une Rose Beuret rustre, patiente mais aussi blessée dans son amour. Malgré cela, le résultat est une performance globale sans étincelle.

Détail de taille en ce qui concerne le son, le film renforce un cliché bien connu du cinéma français : les acteurs chuchotent plus qu’ils ne parlent, ils n’articulent pas et la compréhension des dialogues en devient laborieuse.

Le film a bien le mérite de nous faire (re)découvrir Rodin et l’art particulier de la sculpture. Mais pas de nous faire passer un bon moment cinéma. Passez votre chemin.

Elodie Mertz
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Journaliste du Suricate Magazine