Rock’n roll, à la recherche du temps perdu

Rock’n roll

de Guillaume Canet

Comédie

Avec Guillaume Canet, Marion Cotillard, Gilles Lellouche

Sorti le 22 février 2017

Lors de la crise de la quarantaine, certain·e·s pètent les plombs, prennent une maîtresse/un amant (les deux ?), quitte femme/homme et enfants, démissionnent… ou font un film, comme Guillaume Canet. Pour son cinquième long-métrage en tant que réalisateur, Guigui a été cap de, je cite, « prouver aux gens que j’en ai rien à foutre de ce qu’on pense de moi » (lors de son passage dans l’émission Les Recettes pompettes). Et en fait, on en pense du bien.

En plein tournage d’un film dirigé par son poto Philippe Lefebvre, Guillaume Canet se prend une grosse claque. La jeune et jolie Camille, qui incarne sa fille à l’écran, lui confie qu’il ne fait plus partie des acteurs qui font fantasmer la (jeune) gente féminine. L’ancien (?) sex-symbol de 43 ans à la petite vie rangée se lance alors dans une recherche du temps perdu, ce qui de l’extérieur a tout l’air d’un pétage de plomb. C’est quoi être « rock » ? Et jusqu’où ira-t-il pour l’être ?

Evidemment Jean-Pierre, il s’agit bien d’un film franco-français. Pour l’apprécier pleinement, il faut connaître (un peu) la culture française et les potes de Guillaume (Gilles Lelouche, Maxim Nucci, Philippe Lefebvre, les frères Attal, etc.). Evidemment, un film de Guillaume Canet avec Guillaume Canet sur Guillaume Canet (et Marion Cotillard) ça peut (faire) gonfler si on a des intolérances. Pourtant, à moins d’être carrément allergique, ce serait bête de se priver de ce film. Cela, pour trois raisons*.

Rock’n roll est un concentré d’autodérision. Amis Belges, nous devrons nous y faire, nous n’avons pas (plus ?) le monopole de cette discipline. Guillaume Canet se moque de lui-même comme du dernier César de sa femme, Marion, qui se prête également au jeu. Le ton est juste, ça va chercher là où le bât blesse et ça écorne dans la bonne humeur les images et les étiquettes. Même Johnny et Laetitia Halliday sont de la partie !

Le film montre l’envers du décor, un quotidien moins glamour que ce que le public s’imagine. Il y a la vie de famille, à l’image de M. et Mme Tout-Le-Monde (ou presque), mais aussi les éventuelles contrariétés de la vie, comme la réussite professionnelle de son conjoint ou le vieillissement, un sujet qui touche particulièrement les acteurs dont le physique est le principal outil. En jouant sur le vrai, le faux, le vrai faux, Rock’n roll brouille les pistes pour la bonne cause (« Arrêter de croire tout ce qu’on vous raconte ! », dans Les Recettes pompettes) et aborde frontalement des sujets sérieux, sans ratiociner, juste pour se marrer.

Enfin, le film adopte une approche jusqu’au-boutiste. Le délire est maintenu de bout en bout. Autrement dit, ça finit vraiment par partir en vrille, mais c’est plutôt de l’ordre du dérapage contrôlé. Impossible de ne pas quitter la salle avec un grand sourire aux lèvres.

Rock’n roll c’est sympa, c’est drôle et ça a fait rire les journalistes en vision de presse. #ahouaisquandmême

*Toute ressemblance avec « What the Fuck France » de Paul Taylor n’est pas fortuite.

Elodie Mertz
A propos Elodie Mertz 118 Articles
Journaliste du Suricate Magazine