Rhinocéros aux Martyrs

D’Eugène Ionesco, mise en scène de Christine Demotte, avec Isabelle de Beir, Christophe Destexhe, Aurélie Frennet, Gauthier Jansen, Julia Le Faou, Camille Pistone, Pietro Pizzuti, Fabrice Rodriguez, Laurent Tisseyre

Du 12 janvier au 6 février 2016 au Théâtre de la Place des Martyrs

Joué pour la première fois en 1959, le théâtre de la place des Martyrs vous propose de découvrir ou de redécouvrir Rhinocéros, l’un des chefs d’œuvre de Ionesco, grand maître du théâtre de l’absurde, dans une mise en scène vigoureuse et innovante signée Christine Delmotte. Pour couronner le tout, nous y retrouvons Pietro Pizzuti dans le rôle du personnage central : Bérenger.

Dans une petite bourgade sans histoire, un beau dimanche, survient un rhinocéros. Les riverains, qui en tombent des nues, s’engagent dans des débats aussi houleux qu’absurdes à propos du pachyderme. Or il s’avère rapidement que le passage du fauve n’est pas un événement isolé. Il en vient d’autres et, rapidement, le diagnostic est posé : les citoyens sont atteints de rhinocérite, tous succombent les uns après les autres !

La pièce se divise en plusieurs actes selon la progression de l’intrigue. D’un début léger, presque insouciant, on glisse vers une atmosphère pesante, voire oppressante. Que peuvent les syllogismes d’un logicien face à l’appel de la sauvagerie qui réside en chacun de nous ? Que peuvent les lumières face aux fauves colériques et bicornus ? Les rires se font plus rares au fur et à mesure que le comique de l’absurde cède sa place à la détresse de Béranger, son mal-être et ses angoisses quant la tournure que prennent les événements…

Côté mise en scène, Christine Delmotte nous fait osciller entre la sobriété et l’innovation avec un subtil équilibre entre les deux. Le décor dépouillé, presque inexistant, permet aux comédiens de se tailler la part du lion, et les influences qui s’immiscent dans leur prestation sont multiples : du jeu d’acteur classique au pas de danse, de la prestidigitation au body-clapping, impossible pour le spectateur de s’ennuyer. Il bondit de surprise en surprise !

Rhinocéros est loin de se cantonner à la simple distraction. Le spectacle recèle tous les éléments clés pour élever le récit au niveau de la fable ou de la parabole, au même titre que certains chefs d’œuvre du genre tel que La Ferme des animaux. En effet, la réflexion proposée par Ionesco dans cette œuvre trouve ses origines dans la montée des totalitarismes à travers l’Europe de la l’entre-deux guerres. Rhinocéros, plus qu’un divertissement, se veut bel et bien d’une dénonciation des fanatismes en tout genre, et c’est sans aucun doute ce qui rend ce spectacle aussi actuel aujourd’hui encore !

Ivan Sculier
A propos Ivan Sculier 67 Articles
Journaliste du Suricate Magazine

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