Rafiki, une romance lesbienne dans l’Afrique d’aujourd’hui

Rafiki

de Wanuri Kahiu

Drame

Avec Samantha Mugatsia, Sheila Munyiva, Jimmi Gathu

Sorti le 26 septembre 2018

Kena est une jeune Kényane sur le point de terminer ses études secondaires. Alors qu’elle vit seule avec sa mère dans un quartier populaire, elle rêve de devenir infirmière, voire médecin. C’est aussi un garçon manqué qui joue au foot et tombe sous le charme de Ziki, la fille du candidat qui se présente contre son père aux élections locales. La rivalité des deux familles attire l’attention sur cette amitié un peu suspecte dans une société où l’homosexualité est largement considérée comme une maladie voire un péché mortel.

Inspiré par la nouvelle Jambula Tree de l’écrivaine ougandaise Monica Arac de Nyeko, Rafiki (“amie” en français) est le premier film kényan à avoir été sélectionné au Festival de Cannes (dans la catégorie « Un certain regard »). Quelques jours avant sa projection au Festival, le film a toutefois été interdit de diffusion au Kenya au motif qu’il promeut l’homosexualité et porte atteinte aux bonnes mœurs (la sodomie est passible de 14 ans de prison dans le pays).

Les scènes intimes restent pourtant très pudiques et l’intrigue est assez conventionnelle : une attraction entre deux jeunes femmes de milieux sociaux différents, une idylle cachée, une dénonciation qui mène à une scène de lynchage, l’incompréhension des familles, le rejet par la communauté… et des héroïnes qui réagissent chacune différemment à la pression sociale exercée sur elles.

Alors que ses détracteurs reprochent à Wanuri Kahiu de réaliser des films à la mode occidentale avec des acteurs africains, celle-ci revendique au contraire une approche originale qui célèbre la culture africaine dans ce qu’elle a de « drôle, de féroce et de frivole ». Rafiki livre en effet un message plutôt optimiste et ce sont paradoxalement les hommes, notamment à travers le personnage du père de Kena, qui suggèrent la possibilité d’un pardon, sinon d’une acceptation, de cet amour interdit. Un espoir porté par une bande-son électrisante, 100% féminine et 100% africaine, avec notamment Muthoni Drummer Queen et Njoki Karu.

Soraya Belghazi
A propos Soraya Belghazi 100 Articles
Journaliste - Responsable Arts/Expos/Musées du Suricate Magazine