La Lune de Jupiter, drame hybride et hallucinatoire

La Lune de Jupiter

de Kornél Mundrucó

Drame, Science-fiction

Avec Merab Ninidze, Zsombor Jéger, György Cserhalmi, Mónika Balsai

Sorti le 22 novembre 2017

Depuis son précédent film, White God, le hongrois Kornél Mundruczó propose un cinéma d’auteur qui n’a pas peur de s’essayer au genre, de mêler les univers et les types de cinéma afin d’aborder de réels sujets sociaux et politiques. Avec La Lune de Jupiter, il tente de mêler le sujet des migrants à une trame de film de science-fiction, voire de film d’action. Cela rend bien entendu le film déstabilisant et assez difficile à appréhender, ce qui explique probablement en partie son absence au palmarès du dernier Festival de Cannes, où il était présent en compétition.

Après s’être fait tirer dessus alors qu’il passait illégalement une frontière, un jeune migrant du nom d’Aryan se rend compte qu’il possède le don de guérir instantanément de ses blessures, ainsi que celui de voler. Jeté dans un camp de réfugiés, il s’en échappe avec l’aide du Dr Stern, lequel a derrière la tête l’idée d’exploiter ses dons surnaturels à des fins lucratives. Poursuivis de toutes parts, les deux hommes apprennent à s’apprivoiser, tandis qu’Aryan tente de dompter ses pouvoirs.

Le film prend des allures de course-poursuite effrénée – principalement lors de sa seconde partie – et il tient d’ailleurs assez bien la route sur un plan strictement technique ou d’efficacité réglementaire de ce type de construction. La Lune de Jupiter est effectivement un film d’action assez efficace, qui reprend à son compte quelques recettes du genre que l’on peut aisément retrouver dans des films classés dans les catégories « blockbuster » et « série B ».

Et c’est là précisément que le film de Kornél Mundruczó est étonnant car il ne fait aucun doute que son ambition dépasse ce cadre-là, à la fois par sa mise en scène – les scènes de lévitation sont à ce titre particulièrement maîtrisées et hallucinatoires – et par les parallèles mystiques et sociétaux qu’il entend mettre sur pied. La sélection du film à Cannes et le passif du cinéaste abondent évidemment dans ce sens. Cependant, la démarche du film a beau être limpide, son sous-texte, ce qu’il veut dire, reste globalement assez abscons.

On a bien compris que la figure du migrant est mise en relation avec un être sacrifié, un être à la fois angélique et inquiétant, dont les caractéristiques sont sources de fascination et de peur. La dimension angélique, voire christique, du personnage d’Aryan est évidente, mais sa signification au sein du film et du discours qu’il tient reste obscure. La Lune de Jupiter n’en reste pas moins un objet de cinéma assez stimulant, car intrinsèquement hybride et vivant.

Thibaut Grégoire
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Journaliste du Suricate Magazine