« Profession du père », une famille hors norme

Profession du père
de Jean-Pierre Améris
Drame
Avec Benoît Poelvoorde, Audrey Dana, Jules Lefebvre
Sorti le 28 juillet 2021

Avec « Profession du père », le cinéaste Jean-Pierre Améris s’empare du récit poignant de l’écrivain Sorj Chalendon et en dresse un portrait de famille à la fois touchant et acide au début des années 60, dans une France divisée par le conflit algérien.

Que mettre dans la case « profession du père » de sa fiche signalétique scolaire quand on a un paternel qui a vécu mille vies ? Emile Choulans, dix ans, hésite à y inscrire chanteur à succès, parachutiste, champion de judo, agent secret ou encore conseiller particulier du général De Gaulle.  Toutes les aventures rocambolesques, tous les faits d’armes racontés par son père, Emile y croit dur comme fer. Prêt à tout pour en être le digne descendant, il accepte une mission secrète dont le dessein n’est rien d’autre que l’assassinat du général De Gaulle qui a trahi la France en déclarant l’indépendance de l’Algérie.

Dans un registre tragicomique, un peu moins sombre que le roman largement autobiographique de Sorj Chalendon, Jean-Pierre Améris dépeint l’enfance terrible d’Emile, élevé dans le mensonge par un père défaillant et une mère démissionnaire. Dans ce triptyque familial, le réalisateur des « Emotifs anonymes » prend le temps d’exposer la complexité des relations qui se nouent au sein du foyer et la souffrance sourde qui en résulte. A coups de ceinture ou de pompes, le jeune Emile endure petites et grandes épreuves face à un père mythomane, névrosé et tyrannique qui tient sa famille sous sa coupe. Au fil de l’histoire, les missions secrètes et légères confiées au jeune garçon vont laisser place à des actions plus périlleuses. Gagné par la folie de son père, Emile fera monter les enchères en reproduisant avec Luca, un camarade pied-noir de sa classe, ce qu’il vit au quotidien.

Grâce à un excellent casting (Benoît Poelvoorde, Audrey Dana, Jules Lefebvre), le film mêle habilement la comédie et la tragédie tout en décortiquant avec subtilité les mécanismes du déni et de la manipulation. On regrette cependant une mise en scène un peu trop sage mais les dialogues sonnent juste et les personnages sont attachants.

A propos Marie-Laure Soetaert 138 Articles
Journaliste du Suricate Magazine