Grave, la faim justifie les moyens

Grave

de Julia Ducournau

Horreur

Avec Garance Marillier, Ella Rumpf, Rabah Naït Oufella

Sorti le 15 mars 2017

Élevée par des parents strictement végétariens, Justine découvre la viande lors d’un bizutage au sein de l’école vétérinaire qu’elle vient d’intégrer. Elle ne le sait pas encore, mais cet événement marquera un tournant dramatique dans sa vie.

Notamment projeté à la Semaine de la Critique du Festival de Cannes en 2016, ainsi que dans plusieurs festivals de films fantastiques, Grave jouit depuis d’une réputation on ne peut plus flatteuse. Souvent salué, le premier long-métrage de la réalisatrice Julia Ducournau semble ne laisser personne indifférent. Au point que certains spectateurs se seraient évanouis au cours d’une projection du long-métrage au Festival de Toronto.

À la vision toutefois, l’idée fait gentiment sourire. Non pas que le film ne comporte pas de scènes sanglantes, il y en a en effet quelques-unes. Elles sont néanmoins assez savamment dosées et justifiées pour ne pas se révéler choquantes à outrance. Les amateurs de gore extrême pourront donc repasser, même si la réalisatrice a le mérite de ne pas hésiter à faire durer ses moments les plus durs, intensifiant par ce biais l’impression de malaise qui s’en dégage. Car si Grave n’est pas forcément le choc qu’on était en droit d’attendre, il n’en mérite pas pour autant moins le détour.

Aidé d’une réalisation et d’une photographie particulièrement soignées, le film utilise l’école vétérinaire au sein de laquelle il prend place pour offrir une ambiance tantôt mystérieuse, tantôt oppressante, en adéquation avec les évènements vécus par son héroïne. Sa faim insatiable permet quant à elle de mettre en exergue les pulsions adolescentes, et ce qui commence comme une simple addiction prend peu à peu plus d’ampleur, révélant au personnage principal ce qui pourrait être sa vraie nature. Cette espèce de passage à l’âge adulte ne se fera pas sans heurt et Justine tentera tant bien que mal de lutter contre des pulsions de plus en plus fortes et dangereuses.

À ce niveau, le film n’est pas sans rappeler quelque peu le Trouble every day de Claire Denis, même si ce dernier avait le mérite de tenir son concept jusqu’au bout. Ici, la dernière partie se révèle un peu en deçà du reste et l’on peut regretter l’aspect légèrement moralisateur que revêt le long-métrage, malgré une fin d’une ironie mordante, qui se révèle malencontreusement à la fois trop appuyée et trop vite expédiée.

Il n’empêche, avec son histoire intrigante, son traitement prenant et ses acteurs impliqués (le trio Garance Marillier, Ella Rumpf et Rabah Naït Oufella en tête), Grave parvient souvent à trouver le ton juste et constitue un film de genre original et prometteur pour l’avenir de sa réalisatrice.

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Journaliste