Phoolan Devi Reine Des Bandits, un album réfléchi qui fait réfléchir

Scénario et dessin : Claire Fauvel
Éditions : Casterman
Sortie : 22 août 2018
Genre : Biographie, roman graphique

Elle avait déjà eu droit à son chapitre dans Les Culottées, mais cette fois c’est carrément une bande dessinée qui lui est dédiée. Et on comprend dès le début de son histoire que Phoolan Devi, Reine Des Bandits sacrifiée au nom d’une Inde plus juste, mérite amplement ses quelques pages de gloire. D’ailleurs sa première infortune est la cause de ses malheurs et la raison de sa lutte : elle est née Mallah (une des castes les plus basses de la hiérarchie indienne) et ce, dans un corps de femme. Mariée de force à onze ans, Phoolan se fait battre et violer. Et lorsqu’elle s’enfuit pour échapper aux supplices que le vieux porc à qui on l’a promise lui fait subir, c’est la honte d’un village qui s’abat sur elle. La vie de notre héroïne devient une succession d’épreuves douloureuses – qu’elle traverse toujours la tête haute – qui la mènera vers le banditisme. Et si ce sont les voyous dacoits qui vont lui apprendre le maniement des armes, c’est sa morale qui va lui fournir une raison de les utiliser. Phoolan devient alors la cheffe d’un gang qui parcoure l’Inde dans le but de faire entendre la voix des opprimé(es).

Le parcours improbable de Phoolan Devi – qui bien plus qu’un lot d’aventures funestes devient un véritable combat pour la démocratie et l’équité – est donc déjà tellement riche qu’il offre à lui seul un véritable terrain de recherche scénaristique et graphique à l’auteur qui, comme Claire Fauvel, sait s’en saisir.

Claire Fauvel qui décide intelligemment de mettre l’accent sur le combat et sur les valeurs de Phoolan plutôt que sur les viols et les violences dont elle sera la victime, évitant ainsi de tomber dans le piège du trash pour le trash. Ce qui donne un album réfléchi et qui fait réfléchir, sans chercher à choquer à tout prix. L’agressivité du récit est aussi adoucie graphiquement, par le trait léger de Fauvel et par les couleurs chatoyantes qu’elle utilise pour représenter l’exotisme de l’Inde. D’ailleurs, tout laisse penser que l’auteure, en gardant son caractère poétique, adapte son dessin à son propos, car la chaleur et l’expressivité de Phoolan Devi Reine Des Bandits semblent bien loin de l’innocence et de la naïveté de La Guerre de Catherine. Et à certains endroits, Fauvel va même jusqu’à prendre quelques libertés graphiques, ce qui donne de petites cases merveilleuses et improbables de couchers de soleil et autres représentations de paysages, dont le lecteur observateur ne manquera pas d’apprécier la richesse. Finalement, s’il y a certaines parties un peu rapides, ce n’est que trop normal quand on reconnaît la complexité de l’histoire racontée. Et ces vitesses sont plus que pardonnables car Phoolan Devi Reine Des Bandits se dévore d’une traite tellement l’histoire est bien ficelée et la manière de la raconter bien adaptée.

Cheyenne Quévy
A propos Cheyenne Quévy 59 Articles
Journaliste du Suricate Magazine