#Odyssée, une expérience moderne et perturbante

Ecriture et mise en scène de Pierre Megos, avec Pierre Megos et Uiko Watanabe. Du 7 décembre au 20 décembre 2018 au Théâtre Varia. Crédit photo : Dominique Houcmant – Goldo

Satire du monde huppé de Hollywood, Pierre Megos mélange en temps réel cinéma et théâtre pour créer une œuvre (mostly in English please) qui ne laisse personne indifférent. 

L’acteur gréco-belge Pierre Megos a choisi L’Odyssée d’Homère comme terrain de jeu : il incarne Mister Peter, un réalisateur déchu qui tente de faire son come-back à Hollywood. Rejeté par toutes les boites de production après avoir défiguré la grosse pointure de cinéma Mister Goldstein qui a tenté d’embrasser sa femme (clin d’œil à Harvey Weinstein), l’artiste désespéré a finalement le feu vert pour réaliser son film dont il sera lui-même le héros, le personnage d’Ulysse. La contrepartie ? Que sa femme accepte un diner avec son agresseur…

Au niveau de la mise en scène, Pierre Megos s’est surpassé d’un point de vue technique. Avec un spectacle découpé en trois parties, le spectateur suit la pré-production (acte 1), la production (acte 2) et la post-production du long-métrage de Mister Peter (acte 3). Pendant l’acte un, le décor constitue en un petit tapis de danse et un écran placé à la verticale. Ce dernier, qui sert d’écran de smartphone, retransmet les sessions de Skype de Mister Peter. Pour l’acte 2, la scène se transforme en véritable studio de tournage avec l’écran placé, cette fois, à l’horizontale et servira d’incrustation en direct. Une prouesse technique qui demande un travail millimétré !

En multipliant les mises en abymes, Pierre Megos propose différents niveaux de lecture et troublent les spectateurs. En effet, ils font parfois face à Ulysse ou Mister Peter ou encore Pierre Megos lui-même. Ces allers-retours entre ses trois personnages sont à la fois surréalistes et intéressants ! Même si l’on peut saluer la performance, l’acte deux s’avère interminable et en devient pénible, avec Ulysse comme seul personnage présent. 

L’arrivée de l’acte trois soulage et réactive l’intérêt. Il reste tout aussi perturbant avec une foule de personnages caricaturaux uniquement présents sur écran. Uiko Watanebe, la seule actrice accompagnant Pierre Megos sur scène donne du souffle à cette œuvre quasi cinématographique et nous renoue avec le théâtre « pur et dur ». 

#Odyssée parle de la difficulté d’être un artiste, souvent coincé entre sa morale et ses envies de succès. Un trope épuisé et sur-usé même si Pierre Megos a au moins eu le mérite de le présenter sous une forme nouvelle et avant-gardiste.

Uyen Vu
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Journaliste du Suricate Magazine